samedi 18 juin 2011

Trainspotting Hotel

Ça commence par le regard qui farfouille dans la station de métro. Rien d'inédit à Oberkampf, comme à son habitude, le carrelage jaune et orange est d'une nature calme, malgré les groupes de sans-abris qui viennent discuter ici quand la capitale s'acoquine avec les négatifs du thermomètre.
C'est d'abord un regard posé partout, surtout sur un couple qui se regarde étrangement. Lui, il a l'air fatigué, épuisé, hors de cette station aux teints étonnamment sombres. Elle, elle semble méchante, teigneuse, et déterminée. Ils se séparent, avant que le métro n'arrive, comme s'ils étaient fâchés. On les regarde en faisant semblant d'admirer les pubs, et on détourne les yeux curieux quand ils les surprennent. Comportement métropolitain typique pour survie en milieu urbain.

Puis ils s'en vont. On croirait à un sketch comique : il est immense et elle toute petite, toute fine ; le métro n'est pas encore arrivé en station, mais on l'entend qui vient, son bruit se fait plus violent, les rails commencent à crier de plus en plus fort, jusqu'à totalement couvrir leurs éclats de voix qui parviennent de l'escalier.

Et ça continue, pour un prétexte d'enfant gâté. Parce que ce métro là est tout nouveau, avec de beaux sièges et de belles lumières aveuglantes, on attend le prochain. On veut absolument les banquettes en cuir souvent déchirées de l'ancien, son sol sale et ses brusques embardées. On a l'impression qu'il y a une véritable vie, une âme qui se cache dans la crasse avinée des fonds de rame.

Le silence revient dans la station. Le couple, lui, est de l'autre côté du quai. Il a récupéré un verre dans une poubelle - on le sait, on l'a vu -, et ils boivent tous les deux à un des robinets qu'on trouve souvent dans les couloirs. Le ton est donné, car on sait qu'une certaine partie de la population, uniquement, utilise ces robinets. Les autres parties n'y touchent jamais, car il doit sûrement y avoir des maladies et une mort certaine dans les tuyaux. Un métro se fait entendre, et ils se dépêchent de revenir en criant. Pendant ce temps, on lance la musique, on monte, et on attend que le temps passe en regardant les autres vivre.

On retrouve, après deux stations, l'homme, debout, passant entre les banquettes. Il fait la manche, le bonhomme, et celle qui l'accompagne le suit, en retrait. Il semble qu'il s'intéresse à vous, il veut communiquer. En tout cas, c'est ce que sa tête penchée sur vous, ainsi que sa voix contre votre oreille, semblent faire croire. Dommage, c'était le début d'une chanson. On tend une oreille orpheline d'écouteur, et on s'entend dire qu'on voyage à sec, sans un sou en poche. Vérité ou pas, lui, il croit que c'est un mensonge, bien sûr. Les autres sont riches, mais ils ne veulent pas donner. On note au passage les gouttes de sueur à son front, bien qu'on s'extasie en cette soirée de ce sublime mois de novembre. On note aussi ses yeux fatigués, qui ne préfèrent pas dire ce qu'ils cachent. Il passe, habitué à votre refrain, et elle le suit, en râlant.
Sans faire attention à vous, ils s'arrêtent devant vos oreilles, et vous entendez un peu d'eux-mêmes. Elle semble intenable. Insupportable et irritée, elle est contre quelque chose, mais on ne saisit pas bien quel est le problème. Lui, il dévoile un autre ton que celui de la mendicité...à base de "tu vas voir ce soir, tu vas avoir mal" ; on comprend vite l'idée principale. Et l'autre, toute petite dans sa rage, se met presque à pleurer, le visage gardant la même expression froncée.

Ça se poursuit, dans l'indifférence la plus totale. Mendicité et menaces, une main énorme qui s'approche du visage, la bouche qui bave un avenir sombre, et elle qui baisse la tête, sans jamais perdre son air de colère.
La musique, elle a continué pendant tout ce temps, et elle parlait pour vous. On suit des yeux ce couple qui s'en va vers d'autres silences gênés quand le refrain arrive comme une danse.

Une danse qui fait mal, et qui vous souhaite cruellement votre bonne soirée. La vie reprend le fil de son insouciance. Qu'elle perdure.



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