jeudi 9 octobre 2014

Triptyque (Messages personnels)




La conscience de l'apparence - Quelle place admirable j'occupe en face de l'existence tout entière avec ma connaissance, comme cela me parait nouveau et en même temps épouvantable et ironique ! J'ai découvert pour moi que la vieille humanité, la vieille animalité, oui, même tous les temps primitifs et le passé de toute existence sensible, continuent à vivre en moi, à écrire, à aimer, à haïr, à conclure - je me suis réveillé soudain au milieu de ce rêve, mais seulement pour avoir conscience que je rêvais tout à l'heure et qu'il faut que je continue à rêver, pour ne pas périr : tout comme il faut que le somnambule continue à rêver pour ne pas sombrer.


Pardonnez-moi mes amis, j'ai osé peindre au mur mon bonheur.


Il suffit de créer des noms nouveaux, des appréciations et des probabilités nouvelles pour créer à la longue des "choses" nouvelles.


De l'origine de la poésie - [...] On voulut graver les désirs humains dans l'esprit des dieux au moyen du rythme, après que l'on eut remarqué qu'un homme retient mieux dans sa mémoire un vers qu'une phrase en prose, par la cadence rythmique on pensait aussi se faire entendre à de plus grandes distances ; la prière rythmique semblait s'approcher davantage de l'oreille des dieux. [...] Chez les pythagoriciens, la poésie apparaît comme enseignement philosophique et comme procédé d'éducation  : mais bien avant qu'il y eût des philosophes, on accordait à la musique la force de décharger les passions, de purifier l'âme [...] Lorsque la juste tension et l'harmonie de l'âme venaient à se perdre, il fallait se mettre à danser - c'était là l'ordonnance de cette thérapie. [...] Et l'on admet que, non seulement dans le chant religieux, mais encore dans le chant profane des temps les plus reculés, le rythme exerçait une puissance magique, par exemple lorsqu'on puisait de l'eau ou lorsqu'on ramait : le chant est un enchantement des démons que l'on imaginait actifs dès que l'on en usait, il les rend serviables, esclaves et instruments de l'homme. Et dès que l'on agit, on a une raison de chanter - les esprits viennent à la rescousse pour chaque action : les formules magiques et les enchantements semblent être les formes primitives de la poésie.



La moralité, c'est l'instinct du troupeau dans l'individu.



Nietzsche, le Gai Savoir.






-


14. La société qui repose sur l'industrie moderne n'est pas fortuitement ou superficiellement spectaculaire, elle est fondamentalement spectacliste. Dans le spectacle, image de l'économie régnante, le but n'est rien, le développement est tout. Le spectacle ne veut en venir à rien d'autre qu'à lui-même. 


71. Ce que le spectacle donne comme perpétuel est fondé sur le changement, et doit changer avec sa base. Le spectacle est absolument dogmatique et en même temps ne peut aboutir réellement à aucun dogme solide. Rien ne s'arrête pour lui ; c'est l'état qui lui est naturel et toutefois le plus contraire à son inclination. 

74. C'est en étant jetés dans l'histoire, en devant participer au travail et aux luttes qui la constituent, que les hommes se voient contraints d'envisager leurs relations d'une manière désabusée. [...] Le sujet de l'histoire ne peut être que le vivant se produisant lui-même, devenant maître et possesseur de son monde qui est l'histoire, et existant comme conscience de son jeu

106. La classe idéologique-totalitaire au pouvoir est le pouvoir d'un monde renversé : plus elle est forte, plus elle affirme qu'elle n'existe pas, et sa force lui sert d'abord à affirmer son inexistence. Elle est modeste sur ce seul point, car son inexistence officielle doit coïncider avec le nec plus ultra du développement historique, que simultanément on devrait à son infaillible commandement. Etalée partout, la bureaucratie doit être la classe invisible pour la conscience, de sorte que c'est toute la vie sociale qui devient démente. L'organisation sociales du mensonge absolu découle de cette contradiction fondamentale. 

159. Pour amener les travailleurs au statut de producteurs et consommateurs "libres" du temps-marchandise, la condition préalable a été l'expropriation violente de leur temps. Le retour spectaculaire du temps n'est devenu possible qu'à partir de cette première dépossession du producteur.



Guy Debord, La Société du Spectacle






-


Qu'elle est pénible cette coutume des vivants d'invoquer les morts ! Cependant, je ne peux pas m'empêcher de penser que la croyance que l'être survit en conservant, dans le monde à venir, la forme qui fut déjà sienne dans un monde antérieur est encore plus triste. 
Yasunari Kawabata, La Danseuse d'Izu






L'univers le plus inhumain devient humain par la force de l'habitude.
Yasunari Kawabata, Les Belles Endormies 





Dès qu'on légifère, la ruse trouve des échappatoires.
Yasunari Kawabata, Le Maître ou le tournoi de Go





Au-delà d’une certaine dose de ragots, l’odeur du monde d’ici-bas vous pénètre par tous les pores et votre corps s’alourdit de cette crasse-là.
 Natsume Soseki, Oreiller d'herbes.







J'aspire à une poésie qui m'affranchisse de préoccupations triviales et me donne l'illusion de quitter - ne fût-ce que pour un instant - ce monde de poussière.
 Ibid.






C’était l’heure étrange, suspendue aux confins du soir, où l’on peut encore se passer des lumières et où, même au sein d’une joyeuse compagnie, on peut être surpris par un vague sentiment de la fragilité des choses.
Yukio Mishima, La Mer de la Fertilité : Neige de printemps






Quiconque manque d'imagination n'a d'autre choix que de fonder ses conclusions sur la réalité qu'il voit autour de lui. Mais, d'autre part, ceux qui sont doués d'imagination ont tendance à bâtir des châteaux forts dont ils ont eux-mêmes tracé le plan et à en condamner toutes les ouvertures.
Yukio Mishima, Le Soleil et l'acier
(nb. zieuter La Forteresse Vide, de Bruno Bettelheim) 






En fait la poésie était le symbole de la stabilité immuable du monde.
Yukio Mishima, Après le Banquet







Le secret de la politique, je vais te le dire, le secret de la politique, c'est qu'il n'y a pas de vérité. La politique commence lorsqu'on a compris qu'il n'y a pas de vérité. La politique doit donc fabriquer la vérité.
Yukio Mishima, Le Palais des Fêtes







Les personnes insignifiantes aiment que leurs actes soient bruyants.
Lao She, Quatre générations sous un même toit. 






Elle se dit qu'il est comme un gamin qui découvre une boîte d'allumettes. Il sait que ça brûle, mais il ne peut s'empêcher de jouer avec. Et elle espère qu'il reviendra quand il aura grillé toute la boîte.
Jirô Taniguchi, Quartier Lointain





Le ciel est si mystérieux. C'est comme s'il était immuable, au delà des hommes, au delà du temps, et si c'était ça, l'éternité, un simple ciel.
Ibid. 






- Hum ! On dirait que tous les figurants sont au complet...
- Tout est fin prêt pour le dernier acte... Et juste après le rideau tombe...
- Attends, va pas trop vite, j'ai pas entendu applaudir encore...

Katsuhiro Otomo, Akira Tome 5.











Aucun commentaire: