samedi 20 juin 2015

Pastiche Endemol

pastiche jadséen







Le gigolo des démiurges


Ma vie se repose dans un loft délicieux
Où se croisent idiots, au mental déficient,
Je côtoie les cruches qui badinent sous mes yeux
Sur les nominations de ce troupeau bêlant

J'ai caché à la vue de toute caméra
Plus secrets, plus lisses qu'une chambre télé,
Mes talents fort subtils, pour qui observera
Mon langage châtié parmi les familiers.

Parcourant les jardins, baignant dans la piscine,
Je jouai bien le beau, devant les objectifs
J'ajoutais tout de même, à des mots imbéciles,
La banalité à mes fielleux poncifs.

Ô je riais ! En silence ! parmi les dingues !
Mon rire recouvrait les discussions futiles
Fussent-elles allongées durant les loadings
De mon Samsung Quatre et ses applis serviles...

Ennui ! Lassitude ! Fiévreux à rien faire !
Mon esprit prélassant ses pensées s'activait
A mater les connes, par-devant, par-derrière,
D'un plaisir affiché ! Ce que mes yeux baisaient !

Je goûtai à la joie de la facilité
De paraître aux dîners aussi contemporain,
Parmi les ruminants, alors à la tablée,
Je suivais la mode comme un sérieux mondain

- M'avait-on découvert ? Un jour je le pensai !
Un jour uniquement, pendant l'immunité !
Répondant à l'épreuve avec un bon attrait
Je me crus dénoncé par ma vivacité !

Sans voir les visages des téléspectateurs,
Je devinais les voix appelant pour voter
Je devinais leurs cris s'il y avait erreur
Au sein de l'émission : prime-time en soirée

Ils avaient appelé, émotion ! Ma grand-mère !
Qui m'a dit seulement, du haut de son malaise
« Ne leur lâche rien, même dans ta misère... »
- J'ai alors contenu des larmes mauvaises...

J'ai combattu depuis pour amuser, et plaire
Et livrer l'audimat à du spectaculaire
Et donner à la meute affamée, populaire
Leur pain quotidien, leur ration solaire.

Je brillai, mille feux sur mon jolis minois !
Feu ! Feu ! A volonté ! criaient les producteurs,
Je sentis la hargne dans les derniers mois
- Jusqu'à me nominer dans une furieuse ardeur

Pour que je finisse par quitter l'aventure
Avec un bon chèque signé par la boîte
Pour que je parte enfin, l'émotion perdure
Tant que demeure la télécommande moite

Dans la main de mes fans, ignorant le théâtre
Et les rôles construits pour une histoire
Et l'argent ! Business ! La money qui fait battre
Des sottises infinies qui remplissent les soirs

Je me suis cru bateau épris de la tempête
Ivre de connaître toutes les gloires possibles
Mon intelligence se fit une conquête
Des cerveaux affaiblis, des cerveaux pris pour cibles

« Aveugle que j'étais ! » me disais-je en finale
« Je suis une putain », et de luxe, s'iou plait !
« Je ne suis qu'un pantin agrandi par l'anal
De mes démiurges, riches d'avoir oser.

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