mardi 16 juin 2015

Pastiches


pastiche ynosiste (I)




je ne m'étais convaincu d'une chose
vivre ici relevait du sacré
disposer pleinement des cieux
des pluies vaines

que les mouvements perpétuels me laissaient
au sein de la nature
la gloire d'observer la forêt depuis le balcon

N'avais-je jamais attendu
quelconque main d'étoile ?
Un baiser soudain
fou furieux
déposé
par la douceur de l'espace lointain ?

Comme s'éprend la main de la roche
qui saisit pleinement
le grain d'une terre qui m'appelait

le chant des pierres dirige le siècle...

Pourquoi faire résonner ces pièces
si l'ombre où tout se tait, au vent
clair qui nous fauche
Emporte par la glace soudaine
les lèvres prises à la douceur du temps

Parade d'innocence
au quotidien des lumières
des hameaux
des fenêtres ouvertes
qui demeurent, constantes, dans leurs respirations apaisées






pastiche ynosiste (II)



Je possède
dans un jardin oublié
mes souvenirs d'enfant encore sauvages
qui se formaient
dans le jus d'une tarte chaude

comme une jouissance sourde
teintée d'innocence

la langue est un souvenir pour un homme absent
qui remue dans le silence vers les femmes
dans un grand chambardement intérieur
un triangle qui perce les anciennes peaux
tournoient
La mémoire des angles lumineux sur des gyrophares nocturnes

S'éteint encore une dernière lampe
c'est la nuit et l'abîme
qu'anime le cycle des véhicules

La voix amicale touche à l'Immensité
le repos du soleil
qui ne rencontre pas cette question
irritable
Gratte au cœur
parce qu'elle n'est pas tout à fait présente
qu'un écho trop bavard à mon existence

J'ai laissé comme une valise
d'un abandon volontaire
amoureux
partout sur une ligne napolitaine
où le soleil fait briller les filles en joie
le jaune transparent d'une jupe en fleurs

Donne à mes désirs de jeune premier
au sourire parfait
des théâtres en cinq actes dans leurs boudoirs 








pastiche sojoute (art. rimancien)




Amour de noroît



I


Des cargos passent au longs cours de tes cils
grands aviateurs immobiles du grand large
sur le rail d'Ouessant, à livrer
dans la fragilité indicible du brouillard tendre
et la pudeur infinie du monde
ces marchandises inconnues
font briller tes yeux
phares de toutes mes tempêtes solitaires
- tellement hautes, tellement fortes,
aux marées, aux vagues folles -
bouteilles marines fracassées dans le sel
liquoreuses et coureuses au commerce
qui des vents mondiaux devient une bourse pour poèmes

Tes porte-conteneurs comme des bouches de fret
déchargent sur le rebord de ma fenêtre
font escale dans mes ports
o existence frénétique
entre deux points de non-retour
Horrible - d'une hideur si profonde
pendant que je jalouse tous les océans qui te portent
de t'enrober - plutôt que moi
les courants, les fleuves secrets, ruisselets d'amour
osent t'habiller en soufflant sur ta coque
navire merveilleux
tu voles encore sur la rivière tumultueuse
de ton lit voyageur





II


Un drap tendrement
remplace ta peau
o marine o literie
chaleur solitude
font la planche sur l'onde
sans mots d'éclat
ni fracas de l'eau charnelle





III


il est des esprits gangsters
à faire trembler à la cuillère
un thé gentleman attiédi tout juste
dans l'attente de l'écume

pour des aristocrates déchus
vendeurs des poèmes de contrebande
et vous écrivent l'amour le soir au noir
au bruit de la mitraille féminine
à la houle d'insomnie des formes tempétueuses
elle vandalise les rues liquéfiées
d'un vif crachat sur le sentiment
le faux-semblant entendu dans l'intérêt
d'élégance
le visage d'une femme entre les mains
sanglantes
va t'en, va t'en
de ton costume
tu as poussé le crime jusqu'à l'audace de perdre
une caresse philosophique inconnue de Kant
survient un cri
alors suivi d'un silence
assourdit
du sombre vol d'une mouette aux abois
par mon foie exposé au ciel
(je relis près d'un port paralytique
dans l'attente d'une île meilleure
ressuscitée des eaux
ressuscitée de moi-même)




IV


Mon corps a aimé les filles de peu
mais
peu de filles ont aimé mon corps
je me dénude vers la dernière mer
mon lit funèbre livré à tous les vents de noroît
tatoué par des lolitas d'écaille
sirènes récréatives dans les jeux ensablés

elles se frottaient en chœur contre les bouchots
au matin mon haleine
tenait davantage du plateau de fruits de mer

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