mercredi 28 septembre 2016

Métropoélitain (scope IV)





(2009)




entre Glacière et Corvisart




Je marche sous le soleil rieur
de l’après-midi
avec deux trois airs en tête
toutes les pensées aux pieds, de mes pieds
fatigués, fatigantes pensées
lourdes, trop lourdes
qui coulent de ma tête et s’étalent
sur le sol ;
je pense à toutes ces choses dites
que je ferai demain,
dans un mois dans un an

Je marche sous le soleil vers Italie
le temps s’est arrêté à un feu rouge.
Une femme passe près, tout près, bien floue
ses rondeurs éblouissent encore les courbes
de la lanterne
et ses rides me racontent leurs histoires
et ses yeux et sa bouche
ont la fraîcheur de l’amour
comme une candeur à rebours ;
elle est toutes les femmes du monde
et je suis son seul homme.

Je marche sous les arbres et le soleil
sans trêves en rêveries
sans pensées au raz de la panse ;
juste rempli d’une sensation fulgurante
brève
que le bonheur est







(2016)






Métropoélitain



Cette ville porte ma face d'ange
ailleurs et hagarde

la misère parcourt les fils
tenus de nuages aux cimes des arbres aux crânes des mômes
des sorties d'écoles, l'avenir en récréation
joies simples et espoirs fidèles
les tourbillons de l'avion en papier de mon neveu
qui est ma foi la plus intense
en nous

pendant que les bouches de métro aspirent les pas
la misère parcourt les marches
pour que tu respires et crèves en lâche
les hommes tombent par-terre
la poésie ne peut relever
son propre cadavre
et elle regarde, et elle regarde, pour écrire sans frémir

J'ai partout le trajet lyrique
mes yeux fourmillent et prient en butinant sur les feuilles de la matière
comme une grande armée de coccinelles chanteuses
sacrifiées
invoquant dans le renouvellement le désordre
les grandes forêts calmes au milieu de nos pensées
tandis qu'ici et là, les messages sacrés poursuivent la grande discussion
du siècle en extinction d'âmes, les messages des gaz de misère
et les cris des trottoirs
camouflent aux insectes qui ruchent dans mon cœur
la beauté des êtres et les rondeurs des femmes qui hantent mon bracelet

puisque l'odeur de la ville est plus forte et plus âcre
que les miennes, mais elle porte et supporte toujours
ma face d'ange et la ville et la misère qui parcourt nerveusement
les écrans fatigués les arrières-mondes et le ciel bienheureux
juste là

2 commentaires:

Mayday a dit…

D'un charme particulier est cette superposition poétique marquant la perception évolutive dans le temps, d'un même thème . La lecture de cette série de quatre scopes - celui-ci étant de loin mon préféré, vous vous en doutez - est d'autant plus agréable de par la pertinence du choix de mettre les poèmes dans l'ordre chronologique de leur écriture: l'effet rétrospectif du scope en prologue magnifie brillamment l'aspect progressif de votre perception poétique et inversement.Vous me confortez ainsi dans ma position tenant tête à ce cher ami qui persiste à affirmer que le scope est mieux en épilogue; le principe du scope, étant selon lui, un retour arrière après lecture et non pas, comme ici, la mise en valeur de l'évolution de l'œuvre.

Merci encore pour ce précieux partage.

Séraphin a dit…

Merci de votre lecture.

Le scope n'obéit qu'aux lois qu'on veut bien lui donner. Votre ami n'a pas l'apanage de l'utilisation parfaite ; ni vous, ni moi.