jeudi 31 août 2017

Estivité





Ô vous qui fûtes mon cœur
réveils solitaires au bout de la tranchée bleue
la nuit s'alourdit au fil du rêve, tenue
nue encore dans la clarté de l'opale
elle est affaiblie seulement de jour
quelques pétales, ces impressions floues

Ô vous qui fûtes mon cœur
pas lancés à la conquête du monde
quand les ailes d'avions font recettes d'anges
passer au dessus de la foule muette, fermées
les hautes montagnes soupirent d'azur d'eau
ce typhon hurle et se consume de ses mots

Ô vous qui fûtes mon cœur
sommeils enfouis dans les châles voyageurs
les broutilles des bagarres tellement sordides
les fins de bouteille aux douanes des ports
des quais rencontrés des yeux d'esquive et
partout l'art de la fugue et de la dissimulation

Ô vous qui fûtes mon cœur
rêves dans les fièvres quand l'air crève
en pirouette sur le crâne pour mieux fléchir
les toupies les girouettes guident nos choix
empruntés, toujours de l'élégance
la mode de l'âme, l'écharpe au ventricule

Ô vous qui fûtes mon cœur
violons divins, sonneries lancinantes, lointains
archets furieux, percussions sinistres
les symphonies de nos dernières et fameuses
amours vantées comme des oisillons pris là
à la tempête qui déclare la guerre à la vie

Ô vous qui fûtes mon cœur
passants, familles, échoppes, marchés, bruits
dites-moi vos plus belles histoires à la rade
les soirs de danses folles et les rondes magiques
les sorts qu'on lance lorsqu'on s'enlace pour de
bon, les sorts d'espérance et les prières vertes

Ô vous qui fûtes mon cœur
voix d'outre-tombe, chanteurs à textes oubliés
cantatrices ravagées par l'alcool et les concerts
les poèmes les vers et la recherche, tout en quête
s'enfuir vers l'autre-monde et puis répéter
pour réussir sa sortie s'incliner et boire, il faut

Ô vous qui fûtes mon cœur
modèles vivants déposés à la surface attiédie
du regard émeraude et sans détours sans failles
sans fissures sans frissons sans escales et sans
le sel qui donne la soif au milieu du globe, le sel
qui offre les dialectes anciens du Gulf Stream en feu

Ô vous qui fûtes mon cœur
langages des hauteurs, patois des profondeurs, langues
juvéniles, langue engluée dans les secrets noirs
langues où la bouche vend avec ses derniers billets
le dernier départ pour un long-courrier sans retour
où le mutisme à la contemplation sourde s'accoude

Ô vous qui fûtes mon cœur
villes ouvertes en deux par les caprices humains
villes d'enfer, villes de feu, villes d'éléments fous
cerveaux d'architectes malades de la démesure
cerveau de poésies fleurissantes aux coins cardinaux
villes-poèmes ouvertes par les caprices soudains

Ô vous qui fûtes mon cœur
amours anciennes qu'on renfloue, vieille carcasse
placardée sur le mur aux mille morsures aux étoiles
aux mèches blondes qui dépassent du casque
cela se passait dans l'histoire des rivages grecs
les arènes romaines aux prisons  actuelles

Ô vous qui fûtes mon cœur
aventures en funambule entre les néons des jeux
les boîtes à filles, les déambulations dans l'horreur
la saleté typique de la crasse viscérale des états
les hypocrisies rondes et souriantes sur la route
des barrières des barbelés et des camps d'usines

Ô vous qui fûtes mon cœur
mers enchaînées déchaînées variétés du large
îles inquiètes au loin dans les brumes en marge
des bateaux délabrés, cimetière de corps repeints
défaits comme ramenés du fond du sable
arrêtés pour affabulation entre les mailles du filet

Ô vous qui fûtes mon cœur
familles lancées dans l'attente des événements
le divertissement est installé à tous les étages
pour les tas de mioches, marmaille dénudée
dans la misère et les terrains vagues de la folie
la jeunesse pousse et l'avenir grandit

Ô vous qui fûtes mon cœur
poisons qui circulent dans les grandes artères
les volontés, vœux du soir, visions claires
les sorcelleries jamais éteintes et les satanismes
glorieux, fameux, les chancellements de l'âme
pour basculer dans l'ébullition de la conscience

Ô vous qui fûtes mon cœur
enfants rieurs, enfants joueurs, enfants cloués
le bruit éternel des jeux dans les cours cloutées
la rumeur infini des pas dans les couloirs et là
l'attente les regards l'attente la marche forcée
du futur qu'on saisit à bout de tout ce qu'on a

Ô vous qui fûtes mon cœur
héritiers de qui, de quoi, de rien, d'un mot
un geste pour une bulle portée sur un buvard neuf
un tapement frénétique sur les claviers forçats
sur les encres dépassées par le reste d'un monde
qui ignore vos battements passés, impérissables

Ô vous qui fûtes mon cœur




1 commentaire:

Mayday a dit…

Vous qui fûtes mon sang
Écoulement par les fentes rougies
Des mémoires rouge pomme
Rouge croqué dans le galbe d'un couchant
Qui bat comme une larme
Tranchant des regrets, attentes fatales
Maux affûtés, plaies suintantes, plaies engloutissantes jusqu'au
Dernier bout de l'impossible
Le dernier bout du vers
Le dernier bout du fruit