samedi 21 octobre 2017

Inktober (deuxième jet)




Shattered



Au bout du tableau
sur la pointe des cheveux laissés en désordre
sur les avenues noires de la folie
du châle noir aux cheveux noirs d'Hepzibah
vivaient encore des pulsatilles brisées

des bouts de choses enfouies au sous-sol de l'impensable
l'émotion encavée le déferlement du mal
et ces petits riens qu'on cache à la vue du monde impossible
sans drapeau
sans étendard
que des fétiches fracassés, cassés en deux

pour avancer malgré les félûres, visibles presque
invincibles presque
qui rayent l'âme et l'illuminent comme un vitrail qui aurait trop vécu
sur le châle noir d'Hepzibah

les pulsatilles ont le goût du sang au contact du couteau
des lames qui pénètrent si fort le coeur
qu'il devient interdit de vivre
et pourtant,
sur les routes noircies de la folie les émotions pulsatillent
la mer alors à le goût des bracelets qu'on garde autour du coeur
en souvenirs de cure
à la mémoire des astres filants dans l'espace illimité
du temps qui fait blanchir les mots
comme des mèches bouclées furieuses enflammées
ont pu malgré toutes les brisures intimes
dans l'infime, aimer la souffrance

être vivant au bout de ces choses qu'on enfouit au sous-sol
dans l'orage éternel d'un ciel impossible
les cheveux noirs d'Hepzibah






Teeming



Les rues débordent d'une vitalité en voie d'extinction
dans le cynisme, le nihilisme, les réseaux sociaux
la télévision, le système, les verres à la chaîne
l'absence de tout alimentée par les plus absents, les plus
désespérés de ne rien faire
ce monde grouille de vide
et le vide le lui rend bien

Les immeubles s'éclairent de vies en voie d'extinction
patiemment, dans un long travail de sape
il s'agit pour les supérieurs hiérarchiques, les dirlos
les commandeurs, les décisionnaires, ceux qui tiennent un truc
quoi que ce soit pourvu de tenir un truc
de tuer dans l'oeuf ce qui remue, ce qui bouge, ce qui ressent
on envoie la guerre sociale sous d'autres formes

mais
ce monde définitivement grouille de vie
et le vide le lui rend bien

par vertige, dans l'éveil de la conscience
les rythmes lents des jours furieux prennent consistance dans les nuages
comme un boléro soudain qui va renverser
ces gens éteints qui nous confisquent les clés du bonheur




Fierce


Je mords comme j'écris
Je mords comme je chante
Je mords comme je parle
Je mords comme je ris
Je mords comme je joue
Je mords comme je pense
Je mords comme j'imagine
Je mords comme je rêve
Je mords comme je marche
à décliner à l'infini

Je mords comme j'invente la vie
dans le goût d'une peau
et la férocité puissante qui garde en bouche
l'instant où son cri résonne
l'instant heureux
l'instant exquis
que je mords avec tendresse




Mysterious


Engoncée dans son chapeau d'Albion
ses cheveux incendiaires n'éclairent plus mon monde

Enfoncée dans son manteau d'or d'émeraude
de tous les motifs de mes synesthésies d'amour

elle part en voyage, un instant hors de moi
de ma présence et de mes regards

un mystère surgit entre deux âmes, à un moment
coupe le lien, renoue les solitudes de naguère

un mystère que l'on voit bien s'allonger sur la plage
lointaine qu'on ne comprend pas

qu'on ne voudra jamais tout à fait comprendre
puisque elle est l'unique rose de ma jungle

secrète et mystérieuse





Fat


La grosseur est parfois flatteuse
quand elle en parle depuis son porte-cigarette et son boudoir
comme d'une sucrerie interdite
qui colle un peu trop aux dents




Graceful


J'ai donné des cours d'élégance
à l'assemblée des âmes en présence
option théâtre et option danse
j'ai donné pour plusieurs licences

J'ai donné des cours d'élégance
des heures de poésies avec insistance
on en réclame chez les instances
les hautes sphères en révérences

J'ai donné des cours d'élégance
la tenue et le maintien qu'on avance
le regard qui rêve et puis qui balance
du rêve au réel les mots et la chance

J'ai donné des cours d'élégance
Entre Louise Brooks et toute ma France
Poètes, chanteurs, cette maintenance
Des mots de l'âme du coeur des panses

J'ai donné des cours d'élégance
Honoraires libres et sans dépenses
Master de la vie revue si elle s'élance
Vers l'horizon et quelques vacances

J'ai donné des cours d'élégance
Si l'humanisme un jour ensemence
Les terres et les générations en partance
Allez, une nouvelle heure avant le silence





Filhty



J'ai aussi donné des cours d'insultes
Mais ça devenait un peu trop culte
Les ignares adorent pourrir l'inculte
Or l'insulte mérite mieux
qu'une culbute





Cloud



Ils passent en silence pour nous faire rêver
se perdre en eux, à deux parmi leurs nuées
Ils passent en troupeaux pour nous faire aimer
La transhumance patiente des illimités
D'une grande migration éternelle, de mystères
chargée, de contemplation ravie, le lointain
en coton magnifié, drapeaux impossibles aussi
de quelques états célestes aux anges de guerre

Aux soldats de vent pour des moussons sans fin
Les bancs merveilleux des cétacés grisonnants
Rugissements parmi les siècles, tableaux éternels
Ils passent en silence pour nous faire écrire encore
Encore dans le temps qui ravage le sol en souffrance
Loin des légèretés humaines et des bassesses sourdes
Le nuage joue de l'alchimie et sa métamorphose constante
provoque chez nous le rire de dieu et celui du fou





Deep



Chaque couleur porte en elle la profondeur
et la légèreté
l'approfondissement de son essence
ce qu'elle dit
ce qu'elle donne à ressentir
comme une épice
unique au monde

s'enfoncer dans les gouffres d'une couleur
est un travail pour le plongeur mental
le palais devient océan
les neurones une jungle
les yeux blanchis à la face du mot
nagent et se noient patiemment

pour fonder dans la chair des lettres une nouvelle couleur
dense et légère sur la langue échauffée




Furious



Écrire se fait furieusement
pour un enfant de colère qui jamais ne se calme
ni ne se calmera

La colère agite le bocal à rimes
où tournent, poissons fidèles, des poèmes rougis à la marque
des esclaves du mot

Avec furie, fureur des siècles
Qui connaissent chaque parcours du tatouage de guerre
brûlé au feu des batailles poétiques

Dans les forages minutieux
Puisque l'ardeur du dessein se fait au fond de la terre muette
au fond des tunnels, la rage

La mise en danger, l'énervement
Ont mis la beauté entaillée par nos ongles d'encre
des griffes endiablées

Sur nos Muses qui ne souffrent d'aucun vaccin véritable



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