samedi 21 octobre 2017

Inktober (deuxième jet)




Shattered



Au bout du tableau
sur la pointe des cheveux laissés en désordre
sur les avenues noires de la folie
du châle noir aux cheveux noirs d'Hepzibah
vivaient encore des pulsatilles brisées

des bouts de choses enfouies au sous-sol de l'impensable
l'émotion encavée le déferlement du mal
et ces petits riens qu'on cache à la vue du monde impossible
sans drapeau
sans étendard
que des fétiches fracassés, cassés en deux

pour avancer malgré les félûres, visibles presque
invincibles presque
qui rayent l'âme et l'illuminent comme un vitrail qui aurait trop vécu
sur le châle noir d'Hepzibah

les pulsatilles ont le goût du sang au contact du couteau
des lames qui pénètrent si fort le coeur
qu'il devient interdit de vivre
et pourtant,
sur les routes noircies de la folie les émotions pulsatillent
la mer alors à le goût des bracelets qu'on garde autour du coeur
en souvenirs de cure
à la mémoire des astres filants dans l'espace illimité
du temps qui fait blanchir les mots
comme des mèches bouclés furieuses enflammées
ont pu malgré toutes les brisures intimes
dans l'infime, aimer la souffrance

être vivant au bout de ces choses qu'on enfouit au sous-sol
dans l'orage éternel d'un ciel impossible
les cheveux noirs d'Hepzibah






Teeming



Les rues débordent d'une vitalité en voie d'extinction
dans le cynisme, le nihilisme, les réseaux sociaux
la télévision, le système, les verres à la chaîne
l'absence de tout alimentée par les plus absents, les plus
désespérés de ne rien faire
ce monde grouille de vide
et le vide le lui rend bien

Les immeubles s'éclairent de vies en voie d'extinction
patiemment, dans un long travail de sape
il s'agit pour les supérieurs hiérarchiques, les dirlos
les commandeurs, les décisionnaires, ceux qui tiennent un truc
quoi que ce soit pourvu de tenir un truc
de tuer dans l'oeuf ce qui remue, ce qui bouge, ce qui ressent
on envoie la guerre sociale sous d'autres formes

mais
ce monde définitivement grouille de vie
et le vide le lui rend bien

par vertige, dans l'éveil de la conscience
les rythmes lents des jours furieux prennent consistance dans les nuages
comme un boléro soudain qui va renverser
ces gens éteints qui nous confisquent les clés du bonheur




Fierce


Je mords comme j'écris
Je mords comme je chante
Je mords comme je parle
Je mords comme je ris
Je mords comme je joue
Je mords comme je pense
Je mords comme j'imagine
Je mords comme je rêve
Je mords comme je marche
à décliner à l'infini

Je mords comme j'invente la vie
dans le goût d'une peau
et la férocité puissante qui garde en bouche
l'instant où son cri résonne
l'instant heureux
l'instant exquis
que je mords avec tendresse




Mysterious


Engoncée dans son chapeau d'Albion
ses cheveux incendiaires n'éclairent plus mon monde

Enfoncée dans son manteau d'or d'émeraude
de tous les motifs de mes synesthésies d'amour

elle part en voyage, un instant hors de moi
de ma présence et de mes regards

un mystère surgit entre deux âmes, à un moment
coupe le lien, renoue les solitudes de naguère

un mystère que l'on voit bien s'allonger sur la plage
lointaine qu'on ne comprend pas

qu'on ne voudra jamais tout à fait comprendre
puisque elle est l'unique rose de ma jungle

secrète et mystérieuse





Fat


La grosseur est parfois flatteuse
quand elle en parle depuis son porte-cigarette et son boudoir
comme d'une sucrerie interdite
qui colle un peu trop aux dents




Graceful


J'ai donné des cours d'élégance
à l'assemblée des âmes en présence
option théâtre et option danse
j'ai donné pour plusieurs licences

J'ai donné des cours d'élégance
des heures de poésies avec insistance
on en réclame chez les instances
les hautes sphères en révérences

J'ai donné des cours d'élégance
la tenue et le maintien qu'on avance
le regard qui rêve et puis qui balance
du rêve au réel les mots et la chance

J'ai donné des cours d'élégance
Entre Louise Brooks et toute ma France
Poètes, chanteurs, cette maintenance
Des mots de l'âme du coeur des panses

J'ai donné des cours d'élégance
Honoraires libres et sans dépenses
Master de la vie revue si elle s'élance
Vers l'horizon et quelques vacances

J'ai donné des cours d'élégance
Si l'humanisme un jour ensemence
Les terres et les générations en partance
Allez, une nouvelle heure avant le silence





Filhty



J'ai aussi donné des cours d'insultes
Mais ça devenait un peu trop culte
Les ignares adorent pourrir l'inculte
Or l'insulte mérite mieux
qu'une culbute





Cloud



Ils passent en silence pour nous faire rêver
se perdre en eux, à deux parmi leurs nuées
Ils passent en troupeaux pour nous faire aimer
La transhumance patiente des illimités
D'une grande migration éternelle, de mystères
chargée, de contemplation ravie, le lointain
en coton magnifié, drapeaux impossibles aussi
de quelques états célestes aux anges de guerre

Aux soldats de vent pour des moussons sans fin
Les bancs merveilleux des cétacés grisonnants
Rugissements parmi les siècles, tableaux éternels
Ils passent en silence pour nous faire écrire encore
Encore dans le temps qui ravage le sol en souffrance
Loin des légèretés humaines et des bassesses sourdes
Le nuage joue de l'alchimie et sa métamorphose constante
provoque chez nous le rire de dieu et celui du fou





Deep



Chaque couleur porte en elle la profondeur
et la légèreté
l'approfondissement de son essence
ce qu'elle dit
ce qu'elle donne à ressentir
comme une épice
unique au monde

s'enfoncer dans les gouffres d'une couleur
est un travail pour le plongeur mental
le palais devient océan
les neurones une jungle
les yeux blanchis à la face du mot
nagent et se noient patiemment

pour fonder dans la chair des lettres une nouvelle couleur
dense et légère sur la langue échauffée




Furious



Écrire se fait furieusement
pour un enfant de colère qui jamais ne se calme
ni ne se calmera

La colère agite le bocal à rimes
où tournent, poissons fidèles, des poèmes rougis à la marque
des esclaves du mot

Avec furie, fureur des siècles
Qui connaissent chaque parcours du tatouage de guerre
brûlé au feu des batailles poétiques

Dans les forages minutieux
Puisque l'ardeur du dessein se fait au fond de la terre muette
au fond des tunnels, la rage

La mise en danger, l'énervement
Ont mis la beauté entaillée par nos ongles d'encre
des griffes endiablées

Sur nos Muses qui ne souffrent d'aucun vaccin véritable



mercredi 11 octobre 2017

Inktober (premier jet)




Swift 



Le vers est le sentier le moins rapide
pour aller d'un point a à un point final
quand fourche la langue
se manque la rime
s'enfuit au loin le train
du dernier poète
misérable et silencieux qui y croit encore
un peu
vite
plus vite encore
à la vitesse de sa parole
la puissance de son expression
la distinction la clarté et enfin
l'élégance dans la diction


tout cela meurt dans une patience infinie
qui laisse longuement éclater ses fruits
dans le long temps
et cruel
et dur, et fort, et lancinant
puisque le vers est le sentier le moins rapide
d'un point a a un point final.





Divided 




M - Es-tu là ?
LP - Je suis toujours là.
M - Oû ?
LP - Entre ton âme et la nuit qui se fait blanche.
M - Comme un spectre noir, tu reviens, toi mon frère, toi mon...
LP - Je ne suis jamais parti. Je somnole, froid et amer
M - Qu"as-tu fait ?
LP - A ton insu ? Mourir. Je suis mort plusieurs fois dans le même cataclysme.
M - Le jour reste ton ennemi, c'est cela ?
LP - Le jour est l'adversaire inévitable pour le rêve lucide. Tu es aveugle et tu peins des mondes qui n'existent pas. Ou plus.
M - Non, il s'agissait de nos mondes. Ton berceau. Ta voix. Ton corps.
LP - Que t'est-il arrivé ?
M - J'ai essayé de survivre à ma gueule brûlée d'encre.
LP - La chirurgie poétique, ton grand rêve.
M - La science poétique, mon dernier rêve fou.
LP - Le progrès, la science, l'évolution, la médecine poétiques. Toute cette cuisine ravalée plusieurs fois. Je l'ai vomie. Tu le savais avant : seuls comptent ce que nous étions.
M - Ce que nous sommes.
LP - Plus maintenant. Tu es parti, tu as fui loin. Comme fuit le soleil sous la mer.
M - Elle est retrouvée...
LP - Quoi ?
M - L'éternité, nous l'avons lue ensemble. L'éternité est retrouvée, et j'en reviens.
LP - Qu'as-tu appris ?
M - Que je n'ai plus besoin de ta voix qui portait dans le gouffre. Les tranchées de boue d'ombre d'eau-forte et de gnôles d'âmes, tout ça est terminé.
LP - Change ta majuscule, et Dieu crève un peu dans tes veines en feu.
M - Peut-être, mais tu es du voyage, que tu le veuilles ou non.
LP - Je ne veux plus rien. Je ne suis qu'un concept, une notion. Un apprentissage. Une déraison.
M - Alors tais-toi, mon autre reflet, et agonise lentement. La poésie se mange toute seule.
LP - Par cruauté.
M - Par vitalité. Du son.
LP - Par le mépris des escales passées. Les pavés battus meurent de t'avoir connu.
M - Rien ne meurt tant que je ne l'aurai pas décidé - dans et par les mots.
LP - C'est donc ça, ton secret ? Posséder le monde dans ton verbe ? Aporie !
M - Non. J'ai pour ambition de compresser l'univers. J'ai des respirations de galaxies furieuses dans chaque poumon. Je parle la langue des apocalypses cérébrales, de toutes les folies mentales, et j'ai créé des dialectes d'un instant. J'ai suivi les alchimistes, les altruistes du vers, les morts-de-tout, les affamés d'absolu, et les forçats des crânes. Ma peau est le réceptacle compatissant de ce monde malade. Mon cœur écoute et crache la bonne parole aux cétacés immenses, et dans la suspension des événements, je ris encore d'un regard présenté comme un ciel d'été. L'impasse est entre tes murs, jamais dans mes horizons.
LP - Alors tu n'as plus besoin de moi, ni de personne.
M - J'entre dans les rêves de tout le monde, sans que le mien l'ait su. Je ne connais qu'une seule division : l'originelle.
LP - J'ai terminé ici ma mission.
M - Jusqu'à la fin des siècles, la vie partagée.






Poison



Le vers est dans le fruit
et le lecteur croque volontiers dans la pomme
le poison se répand dans le sang des âmes
et crache quelque émotion maladive et étouffée
la poésie est une maladie du cerveau 


encore faut-il en disposer librement.







Underwater



Des bulles remontent des profondeurs
Les voyez-vous ?
Des airs s'échappent vers le ciel surface
Les entendez-vous ?
Des dialectes courent le long des golfes
Les parlez-vous ?
Nous parlons, nous l'autre peuple de la terre
Les langues qui passent dans les tempêtes
Dans les furies enfouies dans le fracas du sel
Et nous savons de vous, vous blêmes et froids
Les rictus pauvres et tendres des noyés


Des nageoires transpercent les ondes du monde
Les suivez-vous ?
Des évents soufflent la vie au vent des larges
Les respirez-vous ?
Des yeux vous guettent de voyage en voyage
Les voyez-vous ?
Nous allons, nous ne faisons qu'aller partout
Dans les villes abyssales qui s'enfoncent
Au bout de l'obscurité, au loin vers le fond
Le fond de la terre où l'eau se noircit toujours
Pour mieux garder nos secrets en coquillages




Long 



Il écrivait de longs vers pour y dire plus de choses, importantes et essentielles sans doutes
et puis il n'eut jamais assez de feuilles
pour tout dire




Sword



Un stylo vaut bien une épée
La feuille un bouclier
et on envoie des cohortes de poètes
d'écrivains armés pour la guerre
Ainsi bardés de belles figures pour prendre la pose
le poing levé jusqu'à ce qu'on vienne les
abattre tôt ou tard 


Une fois sur le champ de bataille
quand l'escroquerie apparaît
Ils ne possèdent que leur misère
D'autres leurs orgueils, ou la blessure
Puisque dans le miroir du sang
Ni la feuille ni la plume ne font bonnes
armes quand il faut se battre
Contre les chimères sorties des brumes
Et les éclats de la vie tapés des bombes


Le reste de la compagnie manquait de tripes
disait le soldat solitaire au milieu des morts
Alors qu'il retournait dans sa campagne insulaire
parmi la mer de blés mûrs, ses enfants
et il s'arrêtait en cassant son matricule
il pensait à sa femme il se disait
arrêter de penser à se battre pour une cause
puisque chaque homme ne dispose d'aucune arme
sinon une épée qui tranche le destin rieur




Shy



Elle prit son temps, roula ses yeux au fond du ciel
voulut se faire bois pour devenir la table qui servait
leur repas d'amoureux transis


Elle prit son temps, ses yeux descendus du ciel
palpitaient avec la tendresse de l'évidence à dire
juste à dire sans rougir


Elle prit son temps, ses billes d'azur s'allongèrent
d'annoncer l'émotion exacte, la faire jaillir enfin
un je t'aime timide et fou







Crooked



La peinture de la nuit
est un dos courbé traversé
d'entailles rondes
descendantes
profondes
sanglantes et bavardes


La peinture à l'arrache
est un dos pour une dessinatrice
qui utilise ses doigts précieux
en couteaux tirés
sème les étoiles
en tranchant dans le vif


La peinture couleur chair
prend les rondeurs des draps
chauds qui pioncent
comme une sculpture
antique et belle
qui ronfle peut-être un peu


Comme une peinture vivante qui brûlerait
d'infamies d'artiste





Screech



Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
Elle poussait ce cri pour faire semblant
mais ce qu'elle voulait
se situait exactement entre chaque lettre


comme un secret bien hurlé




Gigantic



Il passe au fond du ciel
A pas lourds de géant
Il passe du fond du ciel
Aux semelles de vent 


Encore assis au bar
Le fier Mongol poétise
De l'absinthe et de l'art
Quand le souvenir l'attise


Parmi les luttes et les rêves
Les discours à l'assemblée
L'exil et l'idéal sans trêve
Il écrit des vers par milliers


Trouver plus loin que le réel
Pour un groupe de rouges
Refaire les mondes en surréel
Si la liberté jamais ne bouge


Jouez, jouez une fois au moins
De toutes les façons possibles
Jouez avec vos vies sans fin
L'essence de l'univers en cible


Des paroles simples s'envolent
Sur des cahiers de mômes
Sur les cheveux noirs volent
La fumée du poète fantômes


ENVOI
Les géants rimailleurs nous laissent
Des traces de vers et de rimes vieillies
En vers d'ailleurs, libres et sans laisse
Leurs hauteurs attendent la prochaine poésie






Run



Les couleurs courent derrière les mélodies
Disait-on chez les poètes
Les formes courent derrière les couleurs
Le sens suit en soufflant, à la file
La compréhension tente de doubler le peloton
Et puis ça s'arrête
ça repart
ça fait une pause
ça discute fermement
et une échappée soudaine, inattendue
reprend la course folle qui continue sur les chemins
aléatoires de quelques joggeurs du dimanche
concentrés sur leur musique
solitaires exténués


Tout ce monde fuit en avant
la beauté en guise d'arbitre



mercredi 4 octobre 2017

Plan de travail




A l’heure où le ventre sonne
Le bas réclame bien son tour
Le monde s’abouche aphone
Au plan de travail de nos amours

Le repas chauffe rapidement
Quand on goûte juste pour voir
Pour savoir la chair avidement
Son âme fragile en abreuvoir

Quelques épices crépitent folles
Jusqu’à dresser les deux assiettes
Les couverts croisés s’envolent
Et la nappe n’est pas en fête

Mordre le plat de nacre doux
Est un passe-temps de gastronome
Un cuisinier sait en mettre partout
Si l’affolement vrille en arômes

A l’heure où l’appétit vient rôder
Comme un loup devant l’agneau
Les rôles s’échangent, les tabliers
S’échappent en coups de couteaux

A l’horloge résonne le beau crime
Le bas réclame toujours un tour
Le monde sourd revient d’une cime
Au plan de travail de nos amours



dimanche 1 octobre 2017

Demencial




Au début parcourent des pulsations de sortilèges
avec des recettes fabuleuses :
son rire qui chasse le malheur,
le cou, à l'ambre de mes dents affamées,
son regard qui brille dans la nuit,
son regard de ciel
devient mon azur de vie


l'horizon qui palpite de se coucher ailleurs sur la terre


la folie se fixe en divines punitions
dans la croyance des degrés, de perdition,
la foi dans l'ivresse
la feuille de vigne des grandes
largesses aux heures tardives
où résonnent la bonne promenade
légère et tendre, douce
mordue
pour peu que les feux tiennent à tenir la chandelle
pour une dernière leçon
entre le boudoir sérieux et l'alcôve
à clé
planquée


Arrive la compréhension de l'essence la plus simple
des mondes qu'elle garde aux fers
secrets, inconscients, murmures d'or
tenus hors du reste
du reste du réel
qui passe et se conduit au loin
sans trop chercher à répondre à quelque vague question
à son enchantement


sa langue traverse mon coeur en deux
parle à l'âme comme un feu de cheminée l'hiver
se confie de crépitements soudains
pour fondre à deux, dans le même sens,
vers la même route
sans être séparé, sans être ensemble, être là
là avec soi, avec l'autre
plonger naturellement dans la plus grande fragilité


comme le silence d'un chaudron d'herbes, de bois de pluies
qui transpire et qui maintient
l'eau chaude claire des nuits infimes
doucement folles, sortilège de démence
qui, dans sa dernière bonté humaine, donne le goût
de ses lèvres
du bonheur du déluge


une drogue qui se prend sans penser à mal
naïve et pure
innocente à travers les âges, toujours elle
se retrouve sur le chemin de la vie en rimes


alors je laisse le souhait, le discret souhait
de vivre encore en demencial, demencialement
ce qu'elle voudra


ce qu'elle voudra et aussi
qu'elle laisse parfois son âme dénudée juste pour moi
son âme, abandonnée et endormie
un trésor d'humanité
sur mon lit défait qui la nuit rêve d'avoir frôlé la vie

à l'ambre de son cou.

vendredi 22 septembre 2017

Promenade






Les trottoirs respirent légèrement
Les fleurs étourdissent de leurs corolles
D'un goût d'iode, amoureusement,
On se promène comme on décolle

Bras dessus, et les mains en rappel
Le long du rire qui surgit d'un coup
Les pas au ciel de nuit font l'appel
Des mots. Quelques baisers fous

Reviennent entre les feux patients
Les dépassements qui pétaradent ;
On se regarde de l'oeil lancinant
Qui veut aller vers le prochain rade,

La prochaine destination heureuse
Pour des genoux qui cicatrisent
Une autre absinthe ! Verte et fameuse
Au fond des gorges où l'envie frise

De la boisson à la promenade
Des yeux collés à l'âme piétonne
Oh, une bouche est une sérénade
Et dans la rue les lèvres résonnent...

lundi 11 septembre 2017

La Dryade





Un relevé d'âme au regard des arbres
passer le doigt dedans
comme on se frotte
frotte
aux lignes du temps
des millénaristes qui siègent hauts et silencieux
dans la plaine de nos croyances
infinies suspendues
dans le temps, entre les prières paiennes


elle passe, nue et folle, enfant
sauvage née du feu et de la pluie, de la création
pure
la Dryade portée par le feuillage
pudique
les lèvres comme des fraises au soleil, les cheveux
en essence profonde de son parfum brun
capiteux doux
un parfum de sortilège
un sort pour les deux hémisphères
du coeur qui pulse partout en nous

l'azur clair de nuit du sourire
de l'iris
qui palpite pour mieux vibrer avec le monde
quand le monde se pend
sur sa bouche partout en nous

la créature des feuillages
des envolées soudaines,
fille de la terre, amie de l'eau aux veines de feu
aux aspérités célestes,
la créature des feuillages noircis au fusain
parcourt comme un rituel la forêt du monde
cimes des hommes, cimetières médiévaux
des villes endormies qu'elle réveille
en hurlant en riant, l'âme en grelot
gueuleuse des rues
qui sont autant de bois calcinés
transis dans le temps
qu'elle porte au bras
au sourire
et dans les braises
que j'attise avec tendresse
pour mieux incendier tous les feux de joie

partout en nous

dimanche 10 septembre 2017

Des tours de brouillard




Tout un pays vit dans des tours de brouillard
La narine penchée au ciel 
absent, sans bleu, sans soleil, sans manque
et la fumée basse, et lourde, et blanche
envahit les pièces 
des grandes hauteurs 







*




Troupeau

Les immeubles paissent dans les prés vides
Au milieu du grand rien général
Seuls, solitaires, de grands troupeaux s'élèvent 
Il suffit d'habiter
la terre déserte 




*






Après la pluie on n'entend encore que de l'eau
la misère a le charme électrique
du silence qui sait se débrouiller




*






For Sale

Les fenêtres ont le charme des cimetières
des pays en guerre, des charniers d'architectes
La folie sans goût




*





Gardiennage

- On fait quoi dans ce job ? 
- On se fait surveiller. 



*




Attention école

Partout les enfants apprennent 
quelles leçons donner ? Que dire au futur ? 
La fumée, les tours, l'identique

Malgré tout, les rires sursautent toujours autant
dans les récréations du monde
Le bonheur peut bien faire trente étages
nos élèves vivent d'insouciance

mon espoir s'accroche - encore un peu


*






Another Brick in the Wall - Pink Floyd. 




*





L'Amazone

Dans le no man's land des routes 
la jeunesse chinoise s'enroule
d'une certaine élégance qui vit dangereusement


*







Pause






*





Fascination

jeudi 31 août 2017

Estivité





Ô vous qui fûtes mon cœur
réveils solitaires au bout de la tranchée bleue
la nuit s'alourdit au fil du rêve, tenue
nue encore dans la clarté de l'opale
elle est affaiblie seulement de jour
quelques pétales, ces impressions floues

Ô vous qui fûtes mon cœur
pas lancés à la conquête du monde
quand les ailes d'avions font recettes d'anges
passer au dessus de la foule muette, fermées
les hautes montagnes soupirent d'azur d'eau
ce typhon hurle et se consume de ses mots

Ô vous qui fûtes mon cœur
sommeils enfouis dans les châles voyageurs
les broutilles des bagarres tellement sordides
les fins de bouteille aux douanes des ports
des quais rencontrés des yeux d'esquive et
partout l'art de la fugue et de la dissimulation

Ô vous qui fûtes mon cœur
rêves dans les fièvres quand l'air crève
en pirouette sur le crâne pour mieux fléchir
les toupies les girouettes guident nos choix
empruntés, toujours de l'élégance
la mode de l'âme, l'écharpe au ventricule

Ô vous qui fûtes mon cœur
violons divins, sonneries lancinantes, lointains
archets furieux, percussions sinistres
les symphonies de nos dernières et fameuses
amours vantées comme des oisillons pris là
à la tempête qui déclare la guerre à la vie

Ô vous qui fûtes mon cœur
passants, familles, échoppes, marchés, bruits
dites-moi vos plus belles histoires à la rade
les soirs de danses folles et les rondes magiques
les sorts qu'on lance lorsqu'on s'enlace pour de
bon, les sorts d'espérance et les prières vertes

Ô vous qui fûtes mon cœur
voix d'outre-tombe, chanteurs à textes oubliés
cantatrices ravagées par l'alcool et les concerts
les poèmes les vers et la recherche, tout en quête
s'enfuir vers l'autre-monde et puis répéter
pour réussir sa sortie s'incliner et boire, il faut

Ô vous qui fûtes mon cœur
modèles vivants déposés à la surface attiédie
du regard émeraude et sans détours sans failles
sans fissures sans frissons sans escales et sans
le sel qui donne la soif au milieu du globe, le sel
qui offre les dialectes anciens du Gulf Stream en feu

Ô vous qui fûtes mon cœur
langages des hauteurs, patois des profondeurs, langues
juvéniles, langue engluée dans les secrets noirs
langues où la bouche vend avec ses derniers billets
le dernier départ pour un long-courrier sans retour
où le mutisme à la contemplation sourde s'accoude

Ô vous qui fûtes mon cœur
villes ouvertes en deux par les caprices humains
villes d'enfer, villes de feu, villes d'éléments fous
cerveaux d'architectes malades de la démesure
cerveau de poésies fleurissantes aux coins cardinaux
villes-poèmes ouvertes par les caprices soudains

Ô vous qui fûtes mon cœur
amours anciennes qu'on renfloue, vieille carcasse
placardée sur le mur aux mille morsures aux étoiles
aux mèches blondes qui dépassent du casque
cela se passait dans l'histoire des rivages grecs
les arènes romaines aux prisons  actuelles

Ô vous qui fûtes mon cœur
aventures en funambule entre les néons des jeux
les boîtes à filles, les déambulations dans l'horreur
la saleté typique de la crasse viscérale des états
les hypocrisies rondes et souriantes sur la route
des barrières des barbelés et des camps d'usines

Ô vous qui fûtes mon cœur
mers enchaînées déchaînées variétés du large
îles inquiètes au loin dans les brumes en marge
des bateaux délabrés, cimetière de corps repeints
défaits comme ramenés du fond du sable
arrêtés pour affabulation entre les mailles du filet

Ô vous qui fûtes mon cœur
familles lancées dans l'attente des événements
le divertissement est installé à tous les étages
pour les tas de mioches, marmaille dénudée
dans la misère et les terrains vagues de la folie
la jeunesse pousse et l'avenir grandit

Ô vous qui fûtes mon cœur
poisons qui circulent dans les grandes artères
les volontés, vœux du soir, visions claires
les sorcelleries jamais éteintes et les satanismes
glorieux, fameux, les chancellements de l'âme
pour basculer dans l'ébullition de la conscience

Ô vous qui fûtes mon cœur
enfants rieurs, enfants joueurs, enfants cloués
le bruit éternel des jeux dans les cours cloutées
la rumeur infini des pas dans les couloirs et là
l'attente les regards l'attente la marche forcée
du futur qu'on saisit à bout de tout ce qu'on a

Ô vous qui fûtes mon cœur
héritiers de qui, de quoi, de rien, d'un mot
un geste pour une bulle portée sur un buvard neuf
un tapement frénétique sur les claviers forçats
sur les encres dépassées par le reste d'un monde
qui ignore vos battements passés, impérissables

Ô vous qui fûtes mon cœur




mardi 22 août 2017

Myricaria




Les immeubles poussent comme du myricaria
depuis 1972, date hystérique,
depuis, celle qu'on nomme T46
nage comme elle vit
avec sa famille - en survivante.

Elle a survécu aux pêches
sans scrupules
aux traques maladives
la grande maladie humaine
de l'aliment beau
de la nourriture forte
la famille de T46
prise dans les repérages de la grande faim
qui pousse comme le myricaria

Elle prenait sa respiration en surface
elle a survécu et doit le dire à ses fils
ses petites-filles, leurs descendantes,
la prochaine matriarche à venir
après elle - dans la baie entre les deux pays
qui poussent comme le myricaria
depuis 167 ans.

Elle dit "il était une fois ces géants,
ces bateaux, ces villes, aux rues de sang,
du sang des miens..." elle sanglote et chante...
"Ces rues en sang, aux cris d'écorchés
d'échoués, tout un peuple saigné en filets.
Il était une fois, mes enfants,
l'homme chasseur
irrespectueux, furieux, sanguinaire,
il poussera, poussera encore, vous savez
comme le myricaria qu'on ne trouve plus
qu'au plus loin de ces immeubles qui poussent
à la surface folle

sans ces furies lointaines, les chants de l'air expulsé,
la symphonie des surfaces s'apaise
même dans le fracas puissant du sel
même dans les éclats d'eau
les rugissements des grands mouvements
le langage du fond des gouffres
le peuple, la famille, le clan de T46
la suit
nage derrière une vieille nageoire
survivante.

Aquascutum





Bienvenue au pays de Big Brother
La mer salie de tankers les plages vides pulsent
sous surveillance
Big B vadrouille sur Aquascutum
clignotements
et des bruissements mécaniques sucent l'oreille
au pays des drones

le mot ici défile au pas, ceinture vissée oui
casquette clouée oui
boutons renforcés aussi
le visage endurci dans la pierre
pour arborer le long de la promenade
un bel et fort manteau de pluie
Big B veille au grain, au grain de brouillard
à tousser l'usine le marché le monde
Aquascutum sommeille
de force


Respirations précises des bottines
des képis fièrement
portés des gants enfoncés des képis
encore
engoncés pour cacher le sang
le long de la promenade sur la mer d'A...
ici la moustache pour les riches
le long-col portant les mille secrets
des corridors habités de châteaux
de sable
de force

- car au loin sur les chaluts éventrés
on compte encore sur l'oralité
qui échappe, tradition
millénaire, tradition
interdite au regard total de Big B.

les sous-sols laissent surgir
depuis les entre-fosses, les interstices
des tours
des poches décousues, les yeux
déteints par la brume
polluée par le sel
détrempé le poisson ivre
irradié
ça laisse émerger, revenir
à la surface
le goût perdu du faible cri d'une antique

rébellion

ancienne écrasée

puis formatée / moulée / vissée / enfoncée
renforcée
surveillée le long de la douce promenade
parmi les familles les naissances les mains rouges timides
frappées
les heures avant le typhon
plongeant
la guerre en musique

sous l’œil du chef qui fume près des canons des avions
des tanks
les pluies fines font des silences entendus
d'autres pluies sourdes et chaudes - elles arriment
sur les manteaux de pluies ici imperméables
ou si peu,
ou si rares, d'Aquascutum



Un poème pour pleurer





Voici un poème pour pleurer
Il n'écrit pas ton histoire
Il ne dit aucune vérité
Il va - sans étoiles et sans soirs.

Un texte pour verser - juste
Quelques douleurs méritantes,
De joie, peut-être - il ajuste
Le bonheur aux larmes lentes

Du souvenir - il est nostalgique ;
mais il avance vers ton futur.
Un avenir sûrement prolifique
De larmes douces sur des mots sûrs

Qui furent si durs, et tristes
Autrefois, pour pleurer pour de vrai,
Car la poésie - si elle attriste
Ne chagrine pas longtemps. Elle sait

Qu'une larme vaut bien un baiser,
Efface les traces par l'horloge,
Tue tendrement le sentiment rimé
- Et la mort patiente en loge...

Voici un poème pour pleurer
Qui ne dit rien - qu'il le faut -
Parfois - au désespoir se délester
Et rester heureuse en peu de mots

Un poème pour pleurer.

dimanche 20 août 2017

Message personnel




- Dieu des humbles, sauvez cet enfant de colère !





*



Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares ?
Du moins as-tu cueilli l'ennui, puisqu'il est mûr,
Toi que voilà fumant de maussades cigares,
Noir, projetant une ombre absurde sur le mur ?

Tes yeux sont aussi morts depuis les aventures,
Ta grimace est la même et ton deuil est pareil :
Telle la lune vue à travers des mâtures,
Telle la vieille mer sous le jeune soleil,

Tel l'ancien cimetière aux tombes toujours neuves !
Mais voyons, et dis-nous les récits devinés,
Ces désillusions pleurant le long des fleuves,
Ces dégoûts comme autant de fades nouveau-nés,

Ces femmes ! Dis les gaz, et l'horreur identique
Du mal toujours, du laid partout sur tes chemins,
Et dis l'Amour et dis encor la Politique
Avec du sang déshonoré d'encre à leurs mains.

Et puis surtout ne va pas t'oublier toi-même
Traînassant ta faiblesse et ta simplicité
Partout où l'on bataille et partout où l'on aime,
D'une façon si triste et folle, en vérité !

A-t-on assez puni cette lourde innocence ?
Qu'en dis-tu ? L'homme est dur, mais la femme ? Et tes pleurs,
Qui les a bus ? Et quelle âme qui les recense
Console ce qu'on peut appeler tes malheurs ?

Ah les autres, ah toi ! Crédule à qui te flatte,
Toi qui rêvais (c'était trop excessif, aussi)
Je ne sais quelle mort légère et délicate ?
Ah toi, l'espèce d'ange avec ce vœu transi !

Mais maintenant les plans, les buts ? Es-tu de force,
Ou si d'avoir pleuré t'a détrempé le cœur ?
L'arbre est tendre s'il faut juger d'après l'écorce,
Et tes aspects ne sont pas ceux d'un grand vainqueur.

Si gauche encore ! avec l'aggravation d'être
Une sorte à présent d'idyllique engourdi
Qui surveille le ciel bête par la fenêtre
Ouverte aux yeux matois du démon de midi.

Si le même dans cette extrême décadence !
Enfin ! — Mais à ta place un être avec du sens,
Payant les violons voudrait mener la danse,
Au risque d'alarmer quelque peu les passants.

N'as-tu pas, en fouillant les recoins de ton âme,
Un beau vice à tirer comme un sabre au soleil,
Quelque vice joyeux, effronté, qui s'enflamme
Et vibre, et darde rouge au front du ciel vermeil ?

Un ou plusieurs ? Si oui, tant mieux ! Et pars bien vite
En guerre, et bats d'estoc et de taille, sans choix
Surtout, et mets ce masque indolent où s'abrite
La haine inassouvie et repue à la fois...

Il faut n'être pas dupe en ce farceur de monde
Où le bonheur n'a rien d'exquis et d'alléchant
S'il n'y frétille un peu de pervers et d'immonde,
Et pour n'être pas dupe il faut être méchant.

- Sagesse humaine, ah ! j'ai les yeux sur d'autres choses,
Et parmi ce passé dont ta voix décrivait
L'ennui, pour des conseils encore plus moroses,
Je ne me souviens plus que du mal que j'ai fait.

Dans tous les mouvements bizarres de ma vie,
De mes « malheurs », selon le moment et le lieu,
Des autres et de moi, de la route suivie,
Je n'ai rien retenu que la grâce de Dieu.

Si je me sens puni, c'est que je le dois être.
Ni l'homme ni la femme ici ne sont pour rien.
Mais j'ai le ferme espoir d'un jour pouvoir connaître
Le pardon et la paix promis à tout Chrétien.

Bien de n'être pas dupe en ce monde d'une heure,
Mais pour ne l'être pas durant l'éternité,
Ce qu'il faut à tout prix qui règne et qui demeure,
Ce n'est pas la méchanceté, c'est la bonté.




Paul Verlaine, Sagesse, 1881.

dimanche 6 août 2017

La chinoise bleue




Sortie d'une flûte en porcelaine
la chinoise bleue est une fleur de nuit

une étoile de fièvre en lapis-lazuli
comète tricotant l'espace mental du malade

Invoquée par la sueur et les visions les délires
venue à pas de spectre par le chant du grillon

dans les incantations violentes des pluies
de l'eau-forte dans les tornades comme expression

c'est un typhon qui dévore tout avec son fantôme
en finit avec les migrations des merveilleux nuages

tard dans la nuit la femme persiste au miroir
soliste à  l'orchestre de sifflements pointus

elle se dévêt alors pour mieux envelopper
dans ses châles où bruissent des villes fortes

immenses et froides qui portent l'enseigne
du cœur vaporeux de la chinoise bleue


Radio Beijing

Qingdao centre




Des rues vides des rues grises
Des hauteurs illimitées
Des espaces sans barrières
Le possible est là - à perte, de vue.

Où l'horizon s'épuise dans le bâtiment
je suis la fourmi dans Qingdao
comme le grillon chante dans le parc
comme les klaxons courent sur les toits
de l'échangeurs à étapes
balcons sur autoroutes
chambres sur pots d'échappement
salons sur gaz
à tutoyer le ciel la vue la ville
je suis la fourmi dans Qingdao

j'erre d'échoppes en échoppes
mille odeurs, la friture, le gaz, tortues vivantes prêtes
à quoi au fait...odeurs de viande, de crasse, misère
et sourires, l'odeur des sourires, des billets de Mao
dix mille odeurs, en fond le gaz la fumée comme relent
ingrédient éternel de la marche
je suis la fourmi dans Qingdao

des rues vides des rues grises
elles sentent le neuf et le déjà fatigué
elles respirent à l'agonie leur inauguration
dans leurs néons du soir, pour faire claquer le ciel
pour donner dans la guirlande cache-misère
je suis la fourmi dans Qingdao
au travail dans l'usine du Tiers-Monde
même si elle devient banque
aux billets qui voltigent sur les terrains vagues
au quatre coins de nulle part

De la beauté expire ici au bout
d'une rue où des vieilles dansent ensemble
deux chiens obéissants attendent du coin de l’œil
la fin des pas la fin de la nuit la fin des lumières
je suis la fourmi dans Qingdao
qui parfois danse, parfois sourit, mange toujours
et marche
et continue
et marche
dans l'horreur et la fascination soudaine
véritable révélation
du bonheur entre les tours

je suis la fourmi dans Qingdao


Qingdao port




Prise par la moiteur qui fusionne dans l'air
la ville croît dans le ciel épais
à ce point précis où les nuages
s'étouffent
toussent
zigzaguent entre les tours de blocs bétons

D'une caresse sur les vitres les foyers
le vent se venge des montagnes doubles
des impasses des murailles
et la mer toisée se calme et s'irise
immobile et conquise
elle étouffe
tousse
délaisse des épaves crevées pêcher

Les containers du monde entier - le nôtre
vient s'armer pour la grande guerre de productions-
consommations-transports-démolitions
D'un trait on traverse des pays de produits
des caisses multicolores
étouffent
font tousser

Prisonnier de la moiteur
Le chant de la Chine croît dans son ciel.

Erhu




Comme un bâton tenu au bord d'un lac
épais et pollué
Le récit se fait lentement
dans la patience moite du ciel blanc immuable
blanc toujours
par idéo-
grammes
l'autre écriture, enfin une autre, une possible
une autre un autre monde enfin
l'univers autrement

l'histoire est longue, de passage
des fumées âcres rejoignent le ciel impassible et lourd
rarement transpercé

seul au milieu de quelques travaux
un violon chinois
l'erhu, de son nom autre,
lui seul transperce sans aucune violence ni tendresse
il chante fort
parmi les grillons
sur la surface du lac
les rampes en insignes secrets paraissent répondre
à quelques mots inconnus du poète
pourtant

la mélancolie parvient, impalpable
on s'absente étrangement, nulle part, le visible s'étend s'allonge s'éprend
dans le choc des larmes cisaillées
des tristesses coupantes
déchirantes d'élégance, de retenue
à quelques émotions connues du poète
l'émotion langage unique, elle transpire dans la moiteur légère
au vol fougueux des moustiques fous

la politesse froide touche l'artiste et l'artiste
le musicien à l'erhu et l'écrit du musicien
d'un rire franc, celui qu'on camoufle, celui qu'on sait
celui qu'on partage sans rien dire
entre les verres qui nous donnent à voir
le monde autrement
sans le son peut-être
avec nos mélodies intérieures

celles qui résonnent en boucle dans nos hauteurs naturelles

qui se touchent en échos

puis disparaissent

chacune portée par des courants contraires

Le blues de J.




Glaciale fut la ville aimée,
Aimée malgré ses froids murs,
Dans ses frissures écartelées,
Oui...Glaciale fut la ville dure...

J'allais, promenant mon blues en peau
Mon visage noir mon sang frais
Mon indigo sang, comme oripeaux,
Oui...J'allais partout où ça vivait.

Fière, à ses genoux dans le supplice
Que tambourinait mon cœur fanfare !
Supplier en soumise est un vice...
Oui ! Fière enrougie, sous plein de fard.

J'entrais en guerre, dans la paix,
La plus intense, de toutes mes vies,
La plus immense, un feu de forêts,
Oui ! J'entrais liquide dans l'incendie.

Brûlée, à jamais pour la bonne
Cause, la bonne poésie, l'amour
La bonne affaire qui toujours sonne...
Oui !! Brûlée gueulante à l'arrière-cour

Je restais au palais emmuré(e)
Prisonnière, et toujours volontaire...
La visite d'une âme amourachée,
Oui...Je restais transie jusqu'à tout taire.

Amoureuse des pièces et de l'art,
L'art divin de la langue plurielle...
Oh...elle m'embrassait de mots, le soir,
Oui, Amoureuse meurtrie d'une Citadelle.





vendredi 16 juin 2017

Radio Tandem

Chemins


Dix-sept ans

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin
- A des parfums de vigne et des parfums de bière...




*




Impasse 

J'ai décidé de vivre libre
Je pousserai partout
Je serai l'imprévu sur la route
Et je monterai les marches
J'ai le temps




*



Phare


*





Autoportrait sur eau



*





Relief




*




Expression


Je n'ai rien à dire
Et ce sera dit dans un musée
dans les galeries dans les expos
Je n'ai rien à dire
et tout le monde le saura

Le blanc finalement
est peut-être trop bavard ? 

Eden


Le bout de la ligne

- Et toi ça mord ? 
- Je ne pêche pas. 


*



Secret

Dmitri Shostakovich - Waltz No. 2



*




Jour de marché

Derrière les stands Paris remue
comme en coulisses d'une pièce 
un peu entendue, puis un peu fatiguée

derrière le rideau, quels paysages ? 


*



Ville lumière

Juste pour faire concurrence
Un peu au hasard des vallées
et du soleil qui brille pour tout le monde



*




Croire




*


Monk Chill

Un cloître devient rapidement une baignoire 
de lumière, prières, et ces choses puissantes
autour partout de la Joie




*


Mystique de l'insularité 

De loin - L'île accueille le divin
De près - Odeurs des restaurants
Intra-muros - Centre commercial









Lignes de vie


Palette

Reflets de ciel : les écrans de vie
Alimentés par voie express
ont carrés célestes
sur avenue


*


Cernée

La foi avance comme un cargo
Par-delà les cimes et les blocs
posés ça et là sans rien demander d'autre
qu'un peu de...en plus. 


*





Nervures

Un navire de veines se dirigent vers le ciel
La tête étouffée dans la pollution
vire au rêve sur la planche



*






"J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse."

jeudi 25 mai 2017

Maracaïbo







Les fleuves ont les cuisses noires
des bas-résilles en feu, deltas rouges
depuis l’espace la course est terminée
allez - à l’estuaire du rêve
relâchez – les souvenirs
mêmes gestes savants
mêmes techniques lointaines
d’éclusier
seul sur l’émotion à niveaux, à niveaux
par vagues.

Oubliées – forêts bleues enfouies
contre le temps
Des motifs floraux posés sur les yeux
d’enfants
aux peaux tirées
du ciel au reflet de l’onde forte
Se contemplent les cargos qui pulsent comme des villes
fortifiées forteresses au large, assiégées
au large long-courriers à la lenteur soyeuse,
au large sur le toucher rude, liquide
délicats passants des creux ridés au large
des léchures sacrées sur le sillon des océans

Armes pourrissantes, s’aiguise en forgeron
sur le ciel, se fait avaleur de moissons,
six mois d’eau
corps liquidé, corps vidé,
corps de ruissel-
lements
Laissant valises et bouteilles, flasques
rayées pages arrachées de Pes-
soa
le mal de Fondane, des bibles historiennes
pour un peu oublier les ravages
des ponts les gabiers
hurleurs la rage des mers qui tournent
prédatrices sans repos
au bord des quais déserts
des pieds des pas
des ronflements de peur


Les fleuves s’arrêtent un jour
de passer dans les villages
connus, ils délaissent les cimetières de bateaux,
mêmes gestes
dans le remugle choisi
élu d’une coque laissée au sable


Eau porteuse pourtant des plus grands bras du monde
les containers valsent sans poésies
dans les poches, caisses conforts du monde
équipé
à tous contre tout et les mémoires vont sans les
vers
se baignent ailleurs – mare de rires
gras

Voguer pour un peu, encore un petit peu, à la bouée
dans la baie tapissée par les chaluts des mémoires
laissées pour mortes
dragage du sable des années
se vide l’océan puissant
d’une vie
S’amarrer au silence et à l’absence
au frétillement de l’instant, tremblement des inquiétudes
douces encore, pour un peu
Oublier jusqu’aux noms des choses sublimes
sentir sur la langue la profondeur en moins de rien
de cette ville ancienne, chantée à une époque, selon la formule…
cette ville commence par un M…
par un M...et puis...et-


-et ce nom perdu lui va encore
si bien, si bien,
que tout s’enfonce et coule – anonymat
final

mercredi 26 avril 2017

Radio Caval


Sable Rouge





- d'évasement  -




Ses pleurs ont la chaleur du sable
le toucher du sable
brûlé par tous les feux
à toutes les chapelles
carnage livré aux chiens 
des doigts forts
- stylos éternels enroulés 
par la moiteur d'un ciel brut
les dégâts ont le goût de la pluie
drue -

Les grains se déversent en nappes lacrymales
pages nouvelles d'accents du sud
du sud vers le sud de nulle part
vers le plus grand
désert connu / trouver dans la chair
du soleil
les objets des anciens corps laissés ça et là :
musiques anciennes, transes
abandonnées
livrées quand les deux
hémisphères s'écartent
pour  loger les constellations
l'enfant sauvage et le rire du fou
et l'espoir porté entre les mains de chaque humanité
recommencée sans
cesse sans cesse
et encore une fois de plus, puisqu'on renverse
les sabliers

ils se pâment d'avance
lacs souterrains enfin ! oasis de pureté enfin !
le ciel déverse des prisons d'orages
l'infini alors devient deux mains
qui s'étreignent
qui palpitent qui pulsent au rythme terrible
de la soif qui s'éprend au fond des vases
quand on s'évade
derrière la dernière dune qui dormait paisiblement
quand on relâche
les fruits mûrs des rochers
impassibles et durs

Je reviens toujours ici, ma peau se tient
correctement
dignement parce je suis
ici
ma peau est
un paysage
de sable, de rouille, de rayons et d'un cri
dans la nuit
un blues qui porte un prénom murmuré à voix basse
respiration en grains pourpres, à la file du langage
malin
un secret bien gardé au bord
de nos cavernes
qui sont des plages vivantes, des cœurs
en phase terminale 
d'indigo sang



mourir entre tes bras, à l'insu du jour