mercredi 1 mars 2017

Radio Stella (scope)







Elles t'appellent quand tu t'éveilles
pour que tu rejoignes à la fin des temps
Toi l'immortelle, toi revenue de tout
A la grande cité des étoiles

Ni maison ni toits ni meubles futiles
Il n'y qu'une chambre donnant sur l'espace
Des balcons toujours en révolution
A la grande cité des étoiles

Couchée dans une transe en danse
sur le vieux lit du fou qui prend tes cheveux
comme le feu d'un dernier soleil t'embrasse
A la grande cité des étoiles

samedi 18 février 2017

Tournefeuille



après ce long voyage à travers le ter régional Toulouse-Auch
m’est venu cette image tout à fait
exquise encore parfaitement
délicieuse encore qui parle à la place
du chauffeur des rails
des avions dans le ciel vers d’autres destinations
depuis Tournefeuille

comme dans un romantisme occidental
traversée des cloisons traversée
des mers de béton buildings attachés par le sol
et des foules rassemblées dans la roseur
pour tourner comme une révolution
rassemblée en galaxie

car si le rythme des jours et des nuits
vient cycliquement donner une impression du voyage
il n’y a bien que les feuilles du symbole
écriture, populo, démago, carte tgv première pro
qui donnent aux cercles sublimes de Tournefeuille
ses nervures d’automne et ses beautés

les Pyrénées au loin jouant les murailles éternelles




vendredi 17 février 2017

Croquis Queyrassins




I.



l'écho de l'équipée habille les monts
il roule et repose, lac de frissons tendres, passifs presque
au bas, la vallée
par le mouvement des gouttes

les pas à pas observés depuis la lunette
immense, solaire de Dieu
(ou des dieux, quelque part dans le temps
et la nature qui écrase)

le soir, au milieu des roches le monde y trouve un refuge
un agrume de vieux bois
alors le ciel offert sans nuages à l'odeur fortejaune, mauveronde
du cèdre bleu lavé par la pluie
les flocons et le trait sonore des skis perdus
au milieu, comme un intrus
bien vite parti, rapidement effrayé

sous les parapluies de neige passent bien de rares enfants
aux pas-parapentes, en cordée sur le rire
le rire sans danger
le rire du froid
étrange, qui nous rend à nos faiblesses
à quelques simplicités
tout à fait étranges
oubliées

en escalade sur les étoiles premières
(pour toi mon neveu
extraordinaire bénédiction de la pente)

en escalades sur les peaux noircies par le gel
le soleil qui tanne, qui frappe comme un bon salaud
fait les rides rougies
les feux du fond des crevasses humaines
les soupirs d'égarement sur les hauts sommets
les horizons à hauteurs d'aigle

on parle doucement aux lumières des forts
à Château-Queyras, la Forteresse insulaire parmi le ciel,
comme tant d'autres -
pour ces sommets silencieux qui dans notre attention extrême
expirent lentement frottés dans l'azur



II


Le paysage est figé dans l'averse
peinture pointilleuse/iste/ce que vous voudrez
ici nous laissons les touristes décider, après tout

le silence porte le blanc
au repos des heures - brille
sans nulle attention aux ombres
visiteur isolé
unique transport
passé en marge - au bout des temps

tout disparaît sous le frais manteau
recommencé
on pense que tout disparaît encore
avec un peu de hauteur

chemine, dans la brume chemine
parmi les branches transies
monte encore un peu, oui monte aux cimes
seul dans le craquement infini
d'un versant qui bavarde peu
dans le denivelé, la solitude en rayons poudroie
comme une peinture qui poudroie
le danger sous la glace
des points, des points de beauté, des points qui prélassent
qui dévient sans prévenir

un trait passe sur la toile immaculée
et le crampon du pinceau tombe sans un cri
vers les bas-fonds de l'âme
gelées depuis la nuit des temps



III


L'homme enclavé par la nature
est rendu humble
rendu homme car prisonnier
à jamais

il se tient, lucide, tenu sous le regard
d'une église perchée
la plus haute tour avant les montagnes
bien sûr
pistée par les loups

il y a là-haut les phares du ciel
on y guette les minuscules prodiges
la beauté ignorée
secrète
en confiance

survient parfois un grondement lourd
sévère des pierres
et des morts pris un peu au hasard
et un peu d'orgueil

il gagne toujours, oui
parfois un peu en avance, parfois
d'une nuit passée avec inquiétude
au belvédère qui veille sur vos rêves
loin des bassesses, le recueillement du monde

traversé par un snowboarder qui vit là
par obligation
sa folie n'accepte que les sauts dans la poudre
jusqu'au soleil, mettre son corps dans le plus joyeux danger
puis en rire
dans un respect mutuel 

mercredi 15 février 2017

Aspie





Visiter les radios du rêve
pour approcher, de passages
entre les courants marins de la poésie, les stations, bivouacs à rimes
feux de camps phrygiens, barricades modernes
aux effigies tristes et fades rimbaldiennes
un peu trop à la mode
les stations hurlent encore dans les tunnels vides
les stations haute fréquence
envoient dans les voûtes ancestrales du son
leurs échos de belle légèreté, pour dire...

Traverser les murs des villes, les tranchées des villes
les océans spasmodiques, modestes des âmes anciennes
à cheval sur l'inconscience
qu'on possédât à l'aube, aux premières jeunesses
dans le diable du détail et les jambes de feu des savanes
primitifs mes frères
quand les peaux cuivrées s'allongeaient dans la clarté
auprès des arbres sombres et mauves
le ciel avait le goût du gaz

Avancer au bord des gouffres
pour mieux sortir en sueur des embouchures des labyrinthes
ô bibliothèques d'expériences, cellules de prisons, promesses d'églises
et les primogénéités fabuleuses du palais mental
de la grande Forteresse
toi mon âme, vous ma vie, toi mes vies
physiquement dépendante du grand chaos lavé à la face du mot
oui, tu me tiens, pêchu, charnu, de plus en plus complet
dénuement quand pèle le soleil bleu
aux tâches de naissance - héritage - qui font crier tous les livres écrits
depuis la première bouche
rayon simple des soleils bleus

Habiter pleinement les cataclysmes
l'apocalypse qui surviendra durant notre retraite dernière
dans les monastères de la folie à grands renforts de millions de corps
tout cela n'est qu'un seul et même poème
être en soi face au monde
être au monde
saisi - stop - dans le plus grand silence des mouvements universels, qui nous dépassent
mais se donnent à voir - stop - 
pour pleurer des larmes qui oscillent, indécises, à chuter
en salut
de la joie d'être là, et la tristesse au sublime

Blonde Lagune




Encore quelques miles à moto
à conduire
sans casque
le vent d'eau ruisselle
des chevelures affolées, gouttes douces
galopantes sous la houle
le grondement des grains
d'eau furieuse la pluie folle tempête
aux mille morsures
mur d'eau

passe la pancarte gangrénée
par la sale maladie
du temps
les algues s'amourachent des pierres
s'installent en forêts
baignées tendrement des mousses
blessées des maelstroms, déchets, noyés
enlacés au bord de la Blonde Lagune

Assis sur la bordure, un vieux
banc attend la dernière
descente - goûter - à l'élément comme dans un fruit
croqué infini, le jus porte les saisons
bouches éternelles, les ombres et les forces
du ciel profond qui plonge sur l'onde

Si rien ne bouge, on attend devant
que passe le rehaussement
du moteur abandonné au Blonde Lagune
au repos, un concert
de souvenirs, sorties
des bars, des naissances,
insomnies, discussions, passions
cachées de nuits, seuils de portes
conjugales, la porte et ses murs aux mille morsures
cours d'enfant, écoles ouvertes, et rues blanches
tapées du soleil qui incurve les cambrures de l'âme
cuivre les paupières des amours oubliées
et puis
toutes ces anecdotes sans importance
sans définitions
qu'on porte pour les relâcher au ponton fragile
dans la musique hypnotique de soi
bicoque de solitude, la seule qui tienne encore debout
fière et ouverte, en descente mordante
sur les plages de fins de vie du Blonde Lagune

vendredi 13 janvier 2017

Radio Michaux








Un jour.
Un jour, bientôt peut-être.
Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.
Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien,
Je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.
Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînements « de fil en aiguille ».
Vidé de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.
A coup de ridicules, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes mes semblables.
Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime.
Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

CLOWN, abattant dans la risée, dans l’esclaffement, dans le grotesque, le sens que contre toute lumière je m’étais fait de mon importance.
Je plongerai.
Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert
à tous,
ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée
à force d’être nul
et ras…
et risible…



Henri Michaux – Clown

jeudi 5 janvier 2017

L’État Zapoï





L’État Zapoï est la république des pores
une démocratie constante
la politique de la joie
Chaque révolution met feu à la Grande Ourse
et au pêcheur de constellations
De frottements atmosphériques
entre les météores
quelques simples poèmes
provoquent des vœux nouveaux
pieux, qu'on enfonce, foncent
quelques simples poèmes
la politique de la joie


Au sein du silence, les couloirs d'amour exposent
dans tous les palais
présidentiels, plébiscités, unanimes
d'un soupir
échappé
abandonné
délivré
conduit et il s'écarte, s'écharpe, s'étripe et s'étire...
puisqu'on vit en république des pores, toujours, au bord
du bord des frontières
pour prendre de force les cités tenaces, les villes retenues
les murailles impossibles, et les hommes d'enfer,
pour créer dans un palpitant rythme emboîté

la grande cité des étoiles !


L'immense pays Zapoï, de son autre nom
il se déploie, il développe
des béances comblées qui se vident et qui rejoignent
dans l'océan grandeur, dans la plus belle fierté d'un profond
ciel d'abandon
dans les impasses aussi - où l'on fomente le crime
le crime parfait, le crime
de passion
les mains qui tiennent les mains
le poing levé vers les slogans en rimes légères
et tragiques
les musicalités vitales
les luttes et les rêves entrechoqués
sur les quais


on patiente comme des marchandises, allez
de containers de poèmes et, pour les nouvelles générations sans âge
nous deux nous parlons d'un État poétique totalitaire
ô Zapoïs

Hepzibah encore






Les jours noirs se collent au châle
noir d'Hepzibah
le son sous le vêtement
s'échappe et s'enflamme
comme un feu d'artifices en hiver
il refuse, par caprice, la fumée tendre du soleil
confidente
ascendante
donne aux tombeaux de quoi cueillir
sans rien dire les fleurs
dédiées aux - strictement -
déçues

Hepzibah, marchande de peaux humaines
du cinéma des âmes
où les souvenirs tapent les feuilles mortes
sur l'avenue qui décolore
la femme désunie
les épaules écroulées ne tombent jamais
tout à fait
vraiment
les os visibles, les orbites creuses
rien ne chute
tout à fait
vraiment
sur les avenues qui parlent en tableau de maîtres
le noir du châle exposé aux yeux-phares

la tristesse comme la compassion
est un muscle
la voilà sauvée, elle est sauvée
celle sombre qui voulait fuir

dans sa marche l'hiver noir
allonge encore les cils
au retour du couvent rempli par la grâce
de filles quantiques dont elle est la mère supérieure
elle allonge des yeux les branches des arbres givrés
emmitouflés d'hiver
le ciel de neige soupire et laisse errer

la féerie du soir
une pensée fleurie, sauvage
sur le regard noir d'Hepzibah

lundi 2 janvier 2017

L'Usine à rêves



Il faut détruire l'Usine à rêves
et tenir ses survivants dans nos éternelles valises.
Elle forme, sur les rives éprises de brouillards
les berges des moulins à vers
désertées, des vies manquées le long du quai des Sciences
Poétiques, éternel mot valise, son survivant
ciel de fumées en chaque saison, ciel de vents contraires
l'Usine à rêves

Le château est devenue usine de productions
à mesure cadencée, à mesure recrachée
à mesure sur mesure, par roulements fabuleux lancés aux lointains
à la forge forcée des révolutions de l'énonciation
des poches d'univers parmi les pauses cafés, toujours affamées
d'absolu, trouées, bruyantes, fumée liquide,
relents des feux -
puissance des pages forçats
où commence pour la Léproserie le jugement terminal
de la vie marquée
au noir des outils, casquettes camouflant les cérébralités prolos

Avec des baies vitrées jetées sur l'imaginaire
des mondes fabriqués de pièces vides
des murmures propulsés avec la violence du mouvement originel
primogène mouvement
les accidents tenus contre les murs, dans un silence
exquis à la saveur de la brûlure, dans les interstices des peaux
en fusion un silence
d'enfants transis de faim

Les laboratoires créent encore, avec les mains en cloques,
perdus parmi les jungles de l'île concentrationnaire,
de la Forteresse immense, inarrêtable, la demeure de la Poésie,
là où les farines des moulins à vers modèlent la beauté
en goûts, couleurs, textures - odeurs d'émotions
géo-métriques
Repaire dans l'abîme, contre des pores autorisés
Refuge dérisoire, face aux désillusions comme des chutes en chaînes
à provoquer les réactions des mots chimiques
les efforts déployés dans les formules
dans la guerre interminable contre l'immense haut-de-forme
l'immeuble de velours / le propriétaire universel
le temps qui réduit en ruines l'idéal de l'Usine à rêves

Au volant de la conduite de quelques fragments
de nos lignes de vie fracassées -
utilisées comme instruments de percussions dans un instant
nos morcellements de joie
dans le but de partager d'insouciance l'impuissance entre les pôles
et les secrets jamais entendus à la surface des flots des Lofoten
inédits - à la face du monde
les lendemains tout frais d'hommages
d'honneurs sales
avilis
l'avenir qu'on salue a tué l'Usine à rêves
le bâtiment pris dans la lente ponte du monde
fait d'attente et d'ennui

l'Usine forme encore sur ses bords des erreurs
elle se construira quand le rêve renaîtra, encore,
quand il sera pur
sera mûr
par / pour les soirs d'espérance éclairés de simples guirlandes
mêlant dans le travail le feu et le rire
mélangeant la forge et le lit - et les mouvements éteints reprendront
dans le cirque et dans le fer
pour puiser la chair-soleil, les yeux-sables, les mains-montagnes
et le ventre du désert et son nombril d'oasis
les impasses aux lignes de fuites célestes :
le poète annonçant l'énonciation
car il est celui qui pratique le mot plus qu'un autre, untel bien-portant
sans la quarantaine salutaire, programmée,
en dehors du papier de vers qui nettoie toutes les convictions connues
dangereuses à vivre
Il peut détruire, ou vendre, ou relever,
d'un étage ou d'une poche ou d'une nouvelle Science
l'Usine à rêves

Vous, barbares passifs, impassibles destructeurs !
la pire espèce d'indifférence
Entendez les appels du Syndicat des Vers !
La puissance retrouvée du son dans sa belle viscosité
L'échappée des moments - relâchements - reprises
mâchonnement continu - retenu,
vapeurs essentielles diluées dans le fer
La lutte finale de l'énergie pure qui se déploie dans une fumée de brouillard
noir, l'énergie qui est le plus beau et riche des produits de ce monde
de l'Usine à rêves
(en faillite)

Cheminées, marteaux-pilons, hommes noirs et bleus, outils, claviers, forces mentales
potentialités surnaturelles, toutes les belles œuvres sont convoquées
celles qui sont ravagées, les tâches de la terre, les vagues suffocantes terribles
de cet océan d'enfers organisés
sur les murailles planétaires, atmosphériques, seul au sein du champ des lunes
l'Usine à rêves
invente dans le gris le turquoise nouveau des tropiques ternes
fabrique les nouvelles couleurs, les autres formes, les hors-de-cartes, les hors-le-vers,
tourne les mondes qui tambourinent ailleurs
entre d'autres mains
nos sœurs, nos signes, nos mains qui sont les nôtres
de tous les pas, de tous les pays
et par tous les pavés des peuples
au turbin, au charbon, au raclement des laves qui nous raclent les gorges
des Usines à rêves


mardi 22 novembre 2016

Ma Fille de Joie







Toi l'héritière de Walt Whitman
Écoute du fond de tes doigts
Hérite de ses mots, ma Dame, 
Entame ton chant, ma Fille de Joie

Ta chanson plaintive, et morte, marine
Lancée des plages choquées d'absence, 
Frappe l'horizon, et sa langue saline, 
Lape des baisers, des vents de sens

De sens arrière, par vent contraire, avance
En longeant les cotes tempétueuses
Tu ouvres un rire, tes falaises dansent
Pour l'océan et ses houles heureuses ! 

Ma Fille, ô ma Fille de joie constante
Ta roche éclabousse un bonheur d'écumes
Ma Fille, si ta surface est consentante
Laisse donc rugir la mer qui fume...




II



J'ai demeure à l'Impasse des Plaisirs
Là où travaille ma Fille de Joie 
J'habite où elle habite, à loisir, 
Dans sa mansarde là sous son toit. 

A chaque palier je l'appelle fort
La voix tonne dans la cour intérieure...
Elle me répond parfois qu'elle dort
Mais je sais qu'elle est d'humeur.

D'humeur à quoi ? A la promenade
Pour me croiser comme chaque jour
Pour simuler une belle sérénade
Et monter ensemble, toujours, toujours, 

Monter pour toucher le profond-ciel
Trouver le rire caché parmi les draps
De ses cheveux et de feu et de miel
On brûle et on coule, en bas, tout bas, 

Mon argent a le son du mot clair
Qui illumine et conte tout son foyer 
Oh, elle ne vit pas en solitaire 
J'habite sa Joie, elle mon loyer. 

samedi 19 novembre 2016

jeudi 17 novembre 2016

Hepzibah







Il s'enroule le jour
dans le châle noir des cheveux
noirs d'Hepzibah

secouée par le vent
la ville d'arbres noirs se plie durant des nuits
infinies - on entend s'élever
les incantations d'enfants
fous - langages familiers
rire en fusée
et l'argot pendu aux branches

secouées par le vent et le châle
noir d'Hepzibah - la ville est bordée d'une douceur
inépuisable
toute discussion est définitive
avec cette femme éprise du jour
enrôlée de noir
et armée seulement, en pleine tempête,
par sa tendresse 

mardi 1 novembre 2016

Radio Polis




Sable Rouge








d'enforageusement - 



L'écart creuse cruellement le désert aride 
puisque, sur les grains, sur la peau d'attente, sur la surface des choses
lointaines qu'on sent crépiter de larmes
demeurent dans la sécheresse, dans l'éloignement continu des pluies
du remous du fracas des vagues de fer - océanopolis 
puissante déchaînée aux plis soudains d'une mer infinie, indéfinie 
par le nombre
par le sang laissé en suspension 
soudaine par le fond des flots qui s'échouent, échos profonds
ancre oubliée sur les lèvres des abysses
d'abandon et de silence

l'eau a déserté ici-tout-bas le sable mouillé de nuit
rouge comme un phare, une colère tonne, sonne, pulse dans le vide
Il se creuse encore parmi les roches 
les pierres précieuses
les pierreries perforées de performances, soleils poétiques -
brillantes, où jamais tout autour la joie ne renonce
jamais ne se couche au lit des mers des lassitudes 
mathématiques appuyées
de lasses guerres, de l'air qui délasse le goût salé des galets 

Les forges sont forées encore à l'orée des échouages forts
pris, surpris, inouïs, dans les paumes bruyantes des tempêtes folles
elles ferment les yeux, les cavités secrètes des empires
des clandestins en partance
en fugue vers l'autre bout d'une vie 
elles ferment les sentiers, les impasses de jadis, 
les quais des pores qui débordent de marchandises
tapissés de jades, des basaltes d'élégance, lapis dans les mots 
émeraude en tête, au cœur de la verdure des châteaux laissés pour compte
les portes fermées, vitres brisées, les ronces et les orties
des feuilles et des herbes en folie coupantes comme des lames 

Des ruisselets fabuleux coulent pour les chercheurs d'or en faillite
on annonce là, dans la rage des forages 
comme il s'agit de chercher, de trouver, de rencontrer, de s'enrichir
sans aller s'éloigner au loin sans oasis, sans 
la puissance de tous les renoncements 
les serments fidèles portés en bracelets divins
comme la puissance d'une douceur retrouvée
accueillie et réchauffée 
la tendresse inconscience dans sa plus profonde inhumanité
inexistence
intangible et instable

Les premières pluies reviennent à la saison des mots 
et verte et chaude, la végétation luxurieuse riante palpite et s'agite
chante tel le madrépore, séduit telle la sirène 
ou raconte, solitaire dans la musique, du désert d'océans plein de vie


la romance des béances outragées  

Glissement





J'ai fait la chanson de la rime triste
Annoncé la fin du vers, du vers soliste
Je termine le show des mots artistes
Ils s'aiment et sonnent au long d'une liste

J'ai fait la chanson de la rime triste
Je termine le show des mots artistes
La musique résonne et, comme améthyste
Brillait, correspondait puisqu'elle assiste

J'ai fait la chanson de la rime triste
La musique résonne et, comme améthyste
Même jouée pour les ignares et les touristes
Le son du sens chantonne ou insiste

J'ai fait la chanson de la rime triste
Même jouée pour les ignares et les touristes
Sans plaire à tous ses spécialistes
La chanson joyeuse maquille en triste

J'ai fait la chanson de la rime triste
Sans plaire à tous ses spécialistes
L'écrire a toujours, parfois, ce petit myst-
-Ère incompris, exquis et doux tel un délice

La Rivale





Je doute d'une oreille 
Passée aux vers sublimes
Criblée de sons-merveilles
Je doute de l'oreille intime

Celle qui entend plus la rime
Que le langage quotidien 
Celle qui croit toucher la cime
De l'émotion, de son satin 

Celle qui éveille la chair en fleurs
La peau lissée de mots doux
Les partitions qui n'effleurent 
Qu'un savoir de roudoudous

L'oreille bercée des charmes fous
Qui balancent les larmes au rire
Les vers un peu, un peu beaucoup
Qui passionnent jusqu'à souffrir 

lundi 3 octobre 2016

Assiégé







La constance est le mouvoir des peaux
même dans l’épée
dans le sacré du serment
et au sein des pensées les plus fortes elle se dévoile
la conviction d’aimer

c’est une guerre perdue, mais de victoire en victoire
une forteresse abandonnant ses murs
enfin d’accueillir en liesse
dans les poussières de la survie
le grain de soleil ou
les deux grains de beauté offerts au monde

ils ont ouvert les grilles du refuge
en tant que yeux impériaux, yeux conquérants, yeux téméraires
militaire de génie qui s’effondre dans les largesses de l’univers oui
mais s’effondrent davantage
devant l’étendue du cœur
la pulsation rythmique constante
elle donne du sang stretto, et des mots décents
ainsi que ses lettres de noblesse à l’architecte
dépossédé certes – conquis certes
mais libre du nouvel air entre les cloisons frénétiques
une nouvelle odeur, elle dure et elle s’installe
pour tapisser les reflets des tableaux du serment
signés dans le boudoir des mots

oh ces yeux frivoles, ces yeux de fraîcheur
qui osent poser des campagnes douces au milieu des saisons pleines
oh ces grains de beauté saisis, ignorant l’intensité d’une patience
la tendresse dans la sagesse
ignorant aussi qu’elle n’est pas dramatique
la constance qui ne peut avoir, mais elle fait être, elle fait naître, elle fenêtre
son sourire n’est qu’un horizon bleu
ceint à sa poitrine haletante
son bonheur est de siéger là parmi les pierres
les réchauffer contre sa peau qui bouge, nuit après nuit
pour nourrir les lotus pâmés sous les lunes

dans ce mouvoir des peaux
fragiles et pures
l’éternité est une étreinte
la constance l’amour
et les pores perdurent encore dans l’enlacement
dans la forme la plus intime de postérité
ici la constance a rendu ces deux mots
qui s’appellent, qui s’emmêlent
qui s’engueulent et s’affrontent
qui questionnent ou déchirent
- ces verbes précisément qui vivent puisqu’on est deux -
ces deux mots immuables


revendication : nous aimons l’autre
homme femme, la poésie est une Joie
Uniquement Joie, éternellement Joie
puisque l’amour est chez nous une langue vivante
qui se déclame à voix basse
dans le haut-parleur
d’un livre
d’un regard
d’un cœur
et puis des lèvres bavardes qui déposent un rire
et quelques feuilles tranquilles sur le bord de l’existence

Actualités



Il demeure un son, un écho vibrant de ce que les gens furent, ce qu'ils étaient dans les mots et dans les notes. Les chansons entamées le matin, quand personne n'est à l'écoute d'eux, les musiques qui passent et repassent durant le travail, au bureau, pendant les lectures du dimanche après-midi, accompagnant les charges de playmobils. Les airs qui restent en tête, qui ont vécu dans leurs esprits, à mes proches qui m'ont appris la richesse de la musique, et à me souvenir, en chansons, du temps qui passe sans s'arrêter, mais qui s'arrête parfois, dans la magie de la mémoire, au plus profond des notes douces et chaudes de l'enfance. Pour les faire revivre, ces instants sacrés qui finissent par ne plus nous quitter.







La grandma




Les paternaux








La soeur





Radio Maubeuge

mercredi 28 septembre 2016

Tendre Claque




Et surtout ton dernier baiser...





Au bout des doigts commence
la fin du monde
les petits bouts de soi posés sur un clavier
palette, lèvre, glaise, élément, ciel, peau
matériaux disponibles aux mains de la création

ça vit, ça vieillit et ça meurt sans disparaître
après l'exhalaison dernière

Au bout des doigts commence
la fin du monde
et elle se termine allongée d'illuminations douces
de timides tremblements de terre
qui vibrent comme autant de guerres secrètes

impitoyables dans leur silence

bousculent sans gêne ni pudeur ni pincettes
le bruit fort et bref d'une claque au cœur aux fesses
et sur le visage qui finit un jour de briller

Métropoélitain (scope IV)





(2009)




entre Glacière et Corvisart




Je marche sous le soleil rieur
de l’après-midi
avec deux trois airs en tête
toutes les pensées aux pieds, de mes pieds
fatigués, fatigantes pensées
lourdes, trop lourdes
qui coulent de ma tête et s’étalent
sur le sol ;
je pense à toutes ces choses dites
que je ferai demain,
dans un mois dans un an

Je marche sous le soleil vers Italie
le temps s’est arrêté à un feu rouge.
Une femme passe près, tout près, bien floue
ses rondeurs éblouissent encore les courbes
de la lanterne
et ses rides me racontent leurs histoires
et ses yeux et sa bouche
ont la fraîcheur de l’amour
comme une candeur à rebours ;
elle est toutes les femmes du monde
et je suis son seul homme.

Je marche sous les arbres et le soleil
sans trêves en rêveries
sans pensées au raz de la panse ;
juste rempli d’une sensation fulgurante
brève
que le bonheur est







(2016)






Métropoélitain



Cette ville porte ma face d'ange
ailleurs et hagarde

la misère parcourt les fils
tenus de nuages aux cimes des arbres aux crânes des mômes
des sorties d'écoles, l'avenir en récréation
joies simples et espoirs fidèles
les tourbillons de l'avion en papier de mon neveu
qui est ma foi la plus intense
en nous

pendant que les bouches de métro aspirent les pas
la misère parcourt les marches
pour que tu respires et crèves en lâche
les hommes tombent par-terre
la poésie ne peut relever
son propre cadavre
et elle regarde, et elle regarde, pour écrire sans frémir

J'ai partout le trajet lyrique
mes yeux fourmillent et prient en butinant sur les feuilles de la matière
comme une grande armée de coccinelles chanteuses
sacrifiées
invoquant dans le renouvellement le désordre
les grandes forêts calmes au milieu de nos pensées
tandis qu'ici et là, les messages sacrés poursuivent la grande discussion
du siècle en extinction d'âmes, les messages des gaz de misère
et les cris des trottoirs
camouflent aux insectes qui ruchent dans mon cœur
la beauté des êtres et les rondeurs des femmes qui hantent mon bracelet

puisque l'odeur de la ville est plus forte et plus âcre
que les miennes, mais elle porte et supporte toujours
ma face d'ange et la ville et la misère qui parcourt nerveusement
les écrans fatigués les arrières-mondes et le ciel bienheureux
juste là

dimanche 18 septembre 2016

Radio de la Grande Ourse

Caravansary






Etre logé à l'auberge de la Grande Ourse
mal léchée 
Hibernation mal lunée sortie des grottes
devant l'herbe violette 
et rudes
les dernières neiges éternelles de l'été astral avalent 
les rayons des sphères inquiètes
Aux psaumes d'élégance... 

c'était pas loin du burning man
l'ange qui brûle d'être un sale ange, un mauvais
type de poète qui tend les bras
pour mieux écrire vers ses appels de phare
c'était pas loin de l'auberge
l'Oasis Rouge, le sang qui fait revivre, en pulsations
pouls à pouls, veine contre veine, fractale partagée

tout ça - les couleurs, les formes - est invariant
comme une ironie profonde pour désigner les brisures fabuleuses
qui agitent les yeux
plongent dans les oreillers 
tendresses d'arc-en-ciel, tendresses 
visionnaires
les nuages de sable et l'enfer de l'homme
les baisers qui courent qui roulent qui surfent 
dans les rires puissants s'éveillent 
parmi les dunes
s'émerveillent au soir des feux
lancés comme un carnaval la tête du Caravansary 

sous les voiles, sous la chaleur suffocante 
des mots des murmures des morts 
et des chambres molles
les visages psalmodient l'amour
comme une réponse à tous les voyages
et les chairs demandent à l'amour de nouveau
sous les voiles découverts, cachés du terrible haut soleil
divinité crainte au suppôt du malheur
de nouveaux visages

attendons le soir, ma clarté, dans les alcôves du son
au mieux dans tes entrailles
ta chair porte l'eau, le fruit et un péché délicieux 
le jus d'une nouvelle ère
la chanson à l'oud - enfermé
puisque tous mes sens se souviennent, j'ai juré sur notre empire
l'emplacement connu de nous seuls 
de nous uniquement
jamais les voyageurs, les nomades et les paumés ne trouveront
la place religieuse de l'auberge
qui porte bien des noms selon les langues et que nous appelons, nous
mon bonheur 

qui traîne son voile contre tous les astres comme traîne
la fin brûlante du Caravansary

mercredi 14 septembre 2016

Eriatarka (scope III)

août 2014






LIV. Métiers




Nous tapons dans les soirées éteintes
sous une plage tendue de lampions en feu
des airs pour l'assemblée d'étoiles cardiaques
celles qui palpitent comme de grands cils blancs


penchées sur la bonne tenue du monde
la mer en miroir des galaxies
nous sert un alcool d'algues fermentées
les rochers aux visages dévorés par les vagues


elle reste là, offerte, contenue, dans le sable de nos encres
les grains épars de feuilles poussées par le vent


il y a, à cet endroit, toute une population
marginale et majoritaire

les antiquaires du réel vendent leurs meilleurs moments
les collectionneurs de crépuscules
bavardent en échangeant les cieux dans des boîtes
les machinistes de l'âme réparent un deuil de famille
les guides de contemplation dévoilent des paysages secrets
à savourer l'Instant de la Nature
les gastronomes du rêve mettent la nuit en sauce aigre-douce
dégustation de beignets fourrés à la lunaison, encore chauds
des cheminots font rouler les petits trains sur la migration de nuages
ils relâchent au fond de leurs pipes des vapeurs voyageuses
les vétérans de l'enfance racontent les marelles en guerre
tandis qu'une pianiste lances des bulles de note bleue
les terrassiers et les quaterbeers déplient leurs comptoirs
au moment où l'homme d'entretien lustre les constellations
un vieux professeur fait valser ses plantes grimpantes
puis court vers un cours de cracheur de feu, deuxième année
les marins chantent les escales de leurs amours
suivis par des jazzmen défoncés à la trompette
et quelques bluesmen qui entament Eternity of Life
auprès des soleils capturés pour le barbecue
Nos oniristes ont déposé des invités prestigieux, une diva-chat de contrebande.


On attendait le ministre de la Poésie
mais il n'est pas venu








septembre 2016





Eriatarka 




Le moment est venu
pour l'Eriatarka sauvage 
l'air pur promené en sortilège 
cadencé sur les cimes des cactus 
fabuleux
parfum qui se renifle, nifle
respire un instant installe en profondeur 
promet des grains de cerveaux, granulés de l'être
en partance

tarmac du bas du dos virtuose classique 
vers la nuque la montée 
de l'avion pour un rêve 
haute définition 
il faudrait - au moment précis - des majuscules
à taille humaine
pour dire la puissance vitale quand elle est apparue

guide dans le désert 
le corps comme boussole
autour, des araignées circulent depuis une rose des vents
et le cirque maquillé de toute la création 
jusqu'au Soleil 

la beauté du bloc opératoire
une chirurgie plastique poétique 
fantastique
pour renouveler les sons cherchés
ramenés en drague
enroulé au sein d'une seule et unique bague
l'aile cassée
d'un coin perdu de l'univers
explosion continue
extension perpétuelle
étendue pas de géants
de ceux qui passent au fond du ciel 
silencieusement terrifiants

la beauté aussi des géométries 
particulières qui t'accueillent chuchotant l'abysse 
de l’œil 
puits ancestral, l'eau du corps
l'eau bouillonne
sur les planètes, les pores en fonctions réparatrices 
il se lance des véhicules fusionnés 
avec l'énergie qui ventile de nouveaux vents frais

elle parcourt les explosions neuronales au bord des orbites
papillons dessinateurs pour un tracé nouveau
les conceptions orbitales qui parlent par empreintes 
d'un nouveau langage
une nouvelle constitution
et des lois poétiques pour parvenir à changer 
la vie sans majuscules

demeure des crocs en sang de la meute ailée
l'Eriatarka sauvage a commencé 
et sur le fauteuil du médecin-juge
s'opère une dernière révolution
le virage des êtres, nouvel aspect 
en création - artifice
projection infinie dans les recoins des trous noirs 
pour traquer, ça et là, dans un désert qui nous ressemble
les éléments partagés de nos réalités

entre quelques couleurs perçues différemment
pour donner de la voix
ne pas être d'accord, créer l'événement 
au cœur du mot 
puis mourir d'une crise cardiaque (poétique)
finir dans la latitude à température ambiante 
de la morphine allongé oublié en état cérébral 
proche, éteint progressivement tout près,
de la ligne d'horizon 

avec comme dernier mot prononcé à la commissure de l'extinction
ô toi, la dernière voix
sauvage


"tu t'es réveillé sur le bord de l'univers" dit la voix
non pas sauvage, mais vieillissante. Puis elle se tait et opère
un animal esseulé pris dans un piège à loups




vendredi 9 septembre 2016

La Gare (scope II)

2008




La Passagère
(d'après Catherine Deneuve, Hôtel des Amériques)


Assise au bar d'une gare silencieuse
Elle fume une cigarette
elle fume nerveusement, comme si
Elle faisait semblant

parmi les vagabonds endormis du hall
elle lit un auteur oublié
qu'elle adore
en attendant son train
un train, n'importe lequel, quand elle voudra
voyager après le café du matin
ou celui du soir, elle n'en sait rien.

A l'aube elle va se promener
au bord de la mer pendant des heures
à l'heure de ses départs
Elle laisse voguer ses billets
sur le rythme des vagues régulières.

Assise au bar d'une gare silencieuse
d'une ville de nulle part
la passagère attend un train
pour retrouver des souvenirs
sur le quai du départ

aller sans réfléchir
Vers d'autres cloisons plus libres
Oublier la musique de l'amer
Le rythme des vagues régulières.



2015



ma tête repose dans une gare du bord de mer
silencieuse, dont les vagues bordent les rails
les bancs de sable s'essoufflent, poussières
effacées au vent salé des voyages

les convois passent vers d'étranges cités
sans horizons, destinations aléatoires dans un soupir d'idéal
pleins de têtes juvéniles, mal rasées,
chantant à tue-tête la mort lointaine et la femme

sans voir, dans la traînée du transport
le sanglot étranglé qui chemine en panache
la petite âme camouflée dans les corps d'hommes
qui s'inquiète et soupire des machines infernales

les animaux suivent ces générations amères
aux abattoirs dressés en campagne de fortune
leurs trains passent sur les cimes et les frontières
sans qu'un chauffeur puisse rêver à la lune

je m'éveille sur le quai de ma gare abandonnée
pauvre tête isolée près  d'un chemin précis
des mots s'inscrivent sur le sable des journées
puis finissent enfouis dans la marée des nuits







Autour de la République (scope I)

novembre 2012



Les poubelles contaminent les immeubles
Haussmann regarde son effigie brûler
Dans les yeux de Billie la rue s'immole 
Les immondes sortent des égouts
Eden - Warning  ! - 
On a renversé le haut et le bas
Les rats sont des anges et les dieux se noient.   




Voilà ton monde ! Voilà le nouveau millénaire ! La date d'hesperos orgasmiques a signé le début d'une nouvelle ère. Tes enfants connaissent le feu, le crachat des bombes, leurs rêves filent dans des zeppelins qui frôlent des Apaches reprenant le territoire, à cheval sur la haine. Entrée dans le nouveau siècle, emportée par la grande régression, l'immense dépression, cacophonie d'impressions. Vois-tu Billie, la brindille du pyromane a mis le feu aux poudres, et le ciel rugit au nom des Seigneurs. Les plus américains des penseurs, toujours selon les mêmes pris au cou de leurs savoirs, voient des symboles dans le vide de la violence, trouvent du sens dans la fumée. Régression, à la conquête de l'Orient, les savants flous aux actes fous se la jouent bad boys cow-boys auréolés d'hosties. On renoue avec l'Histoire, on se lie avec son passé, alors que le chemin parallèle est le même, aux virages croisés, insupportablement loufoques de la crise du déjà-vu. Vas-y, mon vieux, vas-y vas-y, abreuve-moi, je sors du désert. La Nihil Street au coeur du temps, les bars-cactus pour se piquer au peyotl. Cherche du sens, Billie, cherche du sens dans les flammes. Ton briquet s'allume dans ta main qui cogne la raison, ton briquet valdrille comme un joyeux drille, et son spectre écarte sa bouche et montre les crocs, appuie sur la détente, et il explose l'arrière-salle de ta pensée. Projections pour adultes en noir et orange, la chair contre le feu de cheminée, les peaux de bêtes des animaux morts. On jouit sur la tête humaine, et tout se propulse à l'heure orgasmique des hesperos fabuleux.



Oh, Billie, remets le son à fond. J'entends contre tes oreilles les chanteurs métropolitains faire étinceler leurs cordes à la centrale énergique écologique de leur désespoir recyclé. Oh, Billie, vidange vidange ta bécane, remets de l'essence dans ton zippo ; les pubs sur les murs te suivent, sortent en murmures d'airs, les bras criant, la tête muette pétrie de vies horribles, de vies passées. Elles ont trop parlé sans rien dire, elles ont vendu du vide, comme tout le monde, c'était là leur Destinée. Les jambes suivent et les affiches exterminent les regards absents. Quand le monde attaque le monde, les surhommes bouffent les autres. Le papier bouffe la pierre et la pierre tombe dans le puits. Fais reluire la Lune, en gros plan sur ton écran poète. Remets le son à fond, bouge la tête, et fais rouler la pierre au fond, tout au fond. Fais jaillir les lumières dans les puits qui s'élèvent hors du sol. Un chanteur publiciste se clamant poète sans savoir lui-même que ses mots sont des flammes, des moteurs d'espoir, lui, ce gars absent de sa propre intelligence a parlé de Pentonville, de Killamangiro. Les prisons s'élèvent et s'écroulent, mais les affiches aux murs se décollent et mordent jusqu'au sang, vampires délirium, aspirent l'argent pourpre, l'argent sacré. Elles se baladent avec des balles d'argent dans les poches, et on dit que c'est là leur faiblesse. Les plus fantaisy des écrivains, selon les premiers de classe bien coiffés parlant du monde par l'oeil vicieux. Il te fait peur Billie, il te fait peur, tu veux lui foutre le feu à l'iris, à la pupille, le cramer jusqu'à cristallin, lui inscrire la brûlure en césure à l'hémistiche l'envers en persistance rétinienne. Tu veux le voir calciné, rectangulaire de suffisance, de notoriété. Fais rouler la pierre de ton briquet, et envoie la détonation dans la guimauve des rues mauves au crépuscule. Orange et noir. T'attends la rue rougie, mais la rue ne vient pas. T'attends toujours la rue rougie...





Oh, Billie, Billie Laïko
Qui chante en l'air et rêve trop
T'attends la rue, rougie aux rêves
A l'espoir et ses arcanes, les livres
Te parlent et te disent bientôt
Bientôt Billie Billie bientôt







avril 2016




Il y avait de l'espoir, un peu fou
un peu mouillé parfois
qui disait que ça irait mieux, ensemble

Bien sûr c'était le bordel
mais c'est un bordel nouveau, un bordel de nuit, un bordel étoilé
dans les voix, les bras levés et la place qui tournait

Il y avait de l'espoir, des consciences, de la curiosité
et toutes ces sortes de choses qu'on trouve uniquement
dans la parole libérée sous les yeux de la République







L'étoile et la fumée 



Nous avons attendu
Les yeux rougis par le gaz des états en sueur
Que la rue révoltée se lève, résiste et rêve

Nous avons attendu
Sur les pavés secoués par les marathons sociaux
Dans les courses solitaires des hommes bafoués

Nous avons attendu
Les jeunesses mondiales rehaussées de conscience
Portées à l'ébullition des utopies en charpie

Nous avons attendu
Nous, poètes des lendemains rimés, promis,
Que la poésie nouvelle s'empare de ce siècle

Nous avons attendu
Les yeux posés sur tous les possibles
Que batte ouvertement le cœur du monde

Maintenant

Les poèmes sont des feux, des micros, des tonalités
Des tentes, des mains levées, des sanglots, des cris
Des anonymes, des rires, et la liberté au bout des doigts

D'inventer le nouveau monde présent en suspension
Dans les slogans, les pancartes, les discours
Toi, notre monde, Toi, nos vies rassemblées

Unies, celles qui retrouvent enfin les gorges engagées
Les poings levés depuis les brumes, les tempêtes
Agrippés d'espoir, follement, allant de la fumée des rues

A l'étoile nouvelle qui soulève la Nuit.








Ici la vie converge

Il faut changer d'époque
revoir tous nos dictionnaires dépassés
Il faut changer tous les mots
Les écrire, les lancer, qu'ils nous parlent
comme nous les réinventons

Il y a ce mot au centre
au milieu de l'espoir
parmi les luttes parsemées
les marches individuelles
les mots médiatiques, les mots de rien
les petits mots, les fugaces, les consommés
rapidement, le temps d'une bouche en feu

Il y a encore ce mot au cœur
qui convie toutes les idées à sa peau
au son qui l'habite, aux maux qui le saignent
Il est indigné, ou rêveur, ou révolutionnaire
ou bien toutes les définitions que tu veux
Il est jeune, vieux, il est là depuis toujours
et sur les lèvres de ces nouveaux-nés
des places citoyennes

Il est bien là, ce mot devient un mode de vie
Il occupe l'endroit, les esprits, les yeux
car il devient un paysage, il se transforme en page
en sage politicien, en sage qui se donne à qui voudra
Celui qui veut le serrer contre lui dans la patrie de l'amour
Il est pour toutes les mains des bâtisseurs, toi, moi, ton voisin
ton frère, nous tous les architectes de l'avenir
et nous dessinons encore malgré la peur et le mépris

la plus belle convergence





On ne chante pas pour la gloire, on chante parce qu'on a les poumons pleins de joie. 
Et faire crever l'ancien monde ! 






mercredi 7 septembre 2016

Amenaki






Amenaki
est le nom porté par l’écho de mes rêves
par delà les océans visités
les flots où tu fredonnas longtemps
les ressacs qui nous portaient, à la dérive de nos désirs
Les hivers sous les pôles
les voyages entre tous les états de la terre et du ciel
Je me souviens de toi
lorsque nous étions deux explorateurs du continent des profondeurs
autant que de nous-mêmes

Mastodonte des fonds marins qui a partagé
ma vie de nage, de luttes, de survie
Amenaki, ton nom en clics
Je t'appelais dans l'immensité qui devenait notre demeure
par ma voix, par mon sonar qui te donnaient
quand nous jouions à créer de nouveaux mondes devant nos corps
immenses imposants, le tien le plus beau parmi les mers
Le sonar est une sculpture et nous avons modelé
Une eau d'amour pour notre famille

Je te rejoins toujours dans la nage du sommeil
Pour bondir au ciel
Transpercer la surface
De bonheur
Parler toute la journée
Manger nos tonnes de vies happées
Amenaki, toi l'être qui a partagé mon sel
à qui j'ai donné la famille connue à travers la mer australe

Souviens-toi
des nuits solitaires loin de tout rivage, de tout fond, de tout sable
à respirer à la surface sous la lune complice
à s'enfoncer dans les profondeurs noires du monde
inexploré
inconnu sauf de toi, de notre peuple...

Toujours tu reviens, ma nageoire fabuleuse.
Toi que je nomme maintenant baleine, d'un langage froid
qui ne dira jamais tous mes sentiments
toutes mes émotions, la sagesse qui s'évapore dans ce léger
corps frêle loin de l'eau...
Je sens encore ta puissance, ta course et ton souffle
comme la pensée issue de ton cerveau de sept tonnes
Amenaki, mon oiseau des mers astrales !

Où nages-tu maintenant ? Dans quelques piscines ?
Quelques bassins ?
Dans quelle mer ? Vers quel abri ?
Je ne puis goûter le sel du voyage à tes cotés
toi qui puisa mon eau, moi qui vivais dans la tienne !
Et me reviennent en rêves, les jeux
De toute la famille qui savait donner du rire sur des kilomètres

Car on doit encore parler dans le dialecte du Gulf Stream
De toi, Amenaki, et de celle qui nagea longuement
La matriarche des rêves en sonar
Les océans nous ont sacrés dans tous les bancs
poètes les plus voyageurs
et sans doute, par nature
les plus énormes chasseurs de cieux que la vague éternelle
puisse connaître

mardi 6 septembre 2016

Messages personnels (Exil)





Merci, poète! -- au seuil de mes lares pieux,
Comme un hôte divin, tu viens et te dévoiles ;
Et l'auréole d'or de tes vers radieux
Brille autour de mon nom comme un cercle d'étoiles.

Chante ! Milton chantait ; chante ! Homère a chanté.
Le poète des sens perce la triste brume ;
L'aveugle voit dans l'ombre un monde de clarté.
Quand l'oeil du corps s'éteint,l'oeil de l'esprit s'allume.





*






Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis : Veux-tu t'en venir dans les champs ?

Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c'est le mois où l'on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?

Elle essuya ses pieds à l'herbe de la rive ;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !

Comme l'eau caressait doucement le rivage !
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.





*







Quoi donc ! la vôtre aussi ! la vôtre suit la mienne !
O mère au coeur profond, mère, vous avez beau
Laisser la porte ouverte afin qu'elle revienne,
Cette pierre là-bas dans l'herbe est un tombeau !

La mienne disparut dans les flots qui se mêlent ;
Alors, ce fut ton tour, Claire, et tu t'envolas.
Est-ce donc que là-haut dans l'ombre elles s'appellent,
Qu'elles s'en vont ainsi l'une après l'autre, hélas ?

Enfant qui rayonnais, qui chassais la tristesse,
Que ta mère jadis berçait de sa chanson,
Qui d'abord la charmas avec ta petitesse
Et plus tard lui remplis de clarté l'horizon,

Voilà donc que tu dors sous cette pierre grise !
Voilà que tu n'es plus, ayant à peine été !
L'astre attire le lys, et te voilà reprise,
O vierge, par l'azur, cette virginité !

Te voilà remontée au firmament sublime,
Échappée aux grands cieux comme la grive aux bois,
Et, flamme, aile, hymne, odeur, replongée à l'abîme
Des rayons, des amours, des parfums et des voix !


Nous ne t'entendrons plus rire en notre nuit noire.
Nous voyons seulement, comme pour nous bénir,
Errer dans notre ciel et dans notre mémoire
Ta figure, nuage, et ton nom, souvenir !

Pressentais-tu déjà ton sombre épithalame ?
Marchant sur notre monde à pas silencieux,
De tous les idéals tu composais ton âme,
Comme si tu faisais un bouquet pour les cieux !

En te voyant si calme et toute lumineuse,
Les coeurs les plus saignants ne haïssaient plus rien.
Tu passais parmi nous comme Ruth la glaneuse ,
Et, comme Ruth l'épi, tu ramassais le bien.

La nature, ô front pur, versait sur toi sa grâce,
L'aurore sa candeur, et les champs leur bonté ;
Et nous retrouvions, nous sur qui la douleur passe,
Toute cette douceur dans toute ta beauté !

Chaste, elle paraissait ne pas être autre chose
Que la forme qui sort des cieux éblouissants ;
Et de tous les rosiers elle semblait la rose,
Et de tous les amours elle semblait l'encens.

Ceux qui n'ont pas connu cette charmante fille
Ne peuvent pas savoir ce qu'était ce regard
Transparent comme l'eau qui s'égaie et qui brille
Quand l'étoile surgit sur l'océan hagard.

Elle était simple, franche, humble, naïve et bonne ;
Chantant à demi-voix son chant d'illusion,
Ayant je ne sais quoi dans toute sa personne
De vague et de lointain comme la vision.

On sentait qu'elle avait peu de temps sur la terre,
Qu'elle n'apparaissait que pour s'évanouir,
Et qu'elle acceptait peu sa vie involontaire ;
Et la tombe semblait par moments l'éblouir.

Elle a passé dans l'ombre où l'homme se résigne ;
Le vent sombre soufflait ; elle a passé sans bruit,
Belle, candide, ainsi qu'une plume de cygne
Qui reste blanche, même en traversant la nuit !

Elle s'en est allée à l'aube qui se lève,
Lueur dans le matin, vertu dans le ciel bleu,
Bouche qui n'a connu que le baiser du rêve,
Ame qui n'a dormi que dans le lit de Dieu !

Nous voici maintenant en proie aux deuils sans bornes,
Mère, à genoux tous deux sur des cercueils sacrés,
Regardant à jamais dans les ténèbres mornes
La disparition des êtres adorés !

Croire qu'ils resteraient ! quel songe ! Dieu les presse.
Même quand leurs bras blancs sont autour de nos cous,
Un vent du ciel profond fait frissonner sans cesse
Ces fantômes charmants que nous croyons à nous.

Ils sont là, près de nous, jouant sur notre route ;
Ils ne dédaignent pas notre soleil obscur,
Et derrière eux, et sans que leur candeur s'en doute,
Leurs ailes font parfois de l'ombre sur le mur.

Ils viennent sous nos toits ; avec nous ils demeurent ;
Nous leur disons : Ma fille, ou : Mon fils ; ils sont doux,
Riants, joyeux, nous font une caresse, et meurent. -
O mère, ce sont là les anges, voyez-vous !

C'est une volonté du sort, pour nous sévère,
Qu'ils rentrent vite au ciel resté pour eux ouvert ;
Et qu'avant d'avoir mis leur lèvre à notre verre,
Avant d'avoir rien fait et d'avoir rien souffert,

Ils partent radieux ; et qu'ignorant l'envie,
L'erreur, l'orgueil, le mal, la haine, la douleur,
Tous ces êtres bénis s'envolent de la vie
A l'âge où la prunelle innocente est en fleur !

Nous qui sommes démons ou qui sommes apôtres,
Nous devons travailler, attendre, préparer ;
Pensifs, nous expions pour nous-même ou pour d'autres ;
Notre chair doit saigner, nos yeux doivent pleurer.

Eux, ils sont l'air qui fuit, l'oiseau qui ne se pose
Qu'un instant, le soupir qui vole, avril vermeil
Qui brille et passe ; ils sont le parfum de la rose
Qui va rejoindre aux cieux le rayon du soleil !

Ils ont ce grand dégoût mystérieux de l'âme
Pour notre chair coupable et pour notre destin ;
Ils ont, êtres rêveurs qu'un autre azur réclame,
Je ne sais quelle soif de mourir le matin !

Ils sont l'étoile d'or se couchant dans l'aurore,
Mourant pour nous, naissant pour l'autre firmament ;
Car la mort, quand un astre en son sein vient éclore,
Continue, au delà, l'épanouissement !

Oui, mère, ce sont là les élus du mystère,
Les envoyés divins, les ailés, les vainqueurs,
A qui Dieu n'a permis que d'effleurer la terre
Pour faire un peu de joie à quelques pauvres coeurs.

Comme l'ange à Jacob, comme Jésus à Pierre,
Ils viennent jusqu'à nous qui loin d'eux étouffons,
Beaux, purs, et chacun d'eux portant sous sa paupière
La sereine clarté des paradis profonds.

Puis, quand ils ont, pieux, baisé toutes nos plaies,
Pansé notre douleur, azuré nos raisons,
Et fait luire un moment l'aube à travers nos claies,
Et chanté la chanson du ciel dam nos maisons,

Ils retournent là-haut parler à Dieu des hommes,
Et, pour lui faire voir quel est notre chemin,
Tout ce que nous souffrons et tout ce que nous sommes,
S'en vont avec un peu de terre dans la main.

Ils s'en vont ; c'est tantôt l'éclair qui les emporte,
Tantôt un mal plus fort que nos soins superflus.
Alors, nous, pâles, froids, l'oeil fixé sur la porte,
Nous ne savons plus rien, sinon qu'ils ne sont plus.

Nous disons : - A quoi bon l'âtre sans étincelles ?
A quoi bon la maison où ne sont plus leurs pas ?
A quoi bon la ramée où ne sont plus les ailes ?
Qui donc attendons-nous s'ils ne reviendront pas ? -

Ils sont partis, pareils au bruit qui sort des lyres.
Et nous restons là, seuls, près du gouffre où tout fuit,
Tristes ; et la lueur de leurs charmants sourires
Parfois nous apparaît vaguement dans la nuit.

Car ils sont revenus, et c'est là le mystère ;
Nous entendons quelqu'un flotter, un souffle errer,
Des robes effleurer notre seuil solitaire,
Et cela fait alors que nous pouvons pleurer.

Nous sentons frissonner leurs cheveux dans notre ombre ;
Nous sentons, lorsqu'ayant la lassitude en nous,
Nous nous levons après quelque prière sombre,
Leurs blanches mains toucher doucement nos genoux.

Ils nous disent tout bas de leur voix la plus tendre :
"Mon père, encore un peu ! ma mère, encore un jour !
"M'entends-tu ? je suis là, je reste pour t'attendre
"Sur l'échelon d'en bas de l'échelle d'amour.

"Je t'attends pour pouvoir nous en aller ensemble.
"Cette vie est amère, et tu vas en sortir.
"Pauvre coeur, ne crains rien, Dieu vit ! la mort rassemble.
"Tu redeviendras ange ayant été martyr."

Oh ! quand donc viendrez-vous ? Vous retrouver, c'est naître.
Quand verrons-nous, ainsi qu'un idéal flambeau,
La douce étoile mort, rayonnante, apparaître
A ce noir horizon qu'on nomme le tombeau ?

Quand nous en irons-nous où vous êtes, colombes !
Où sont les enfants morts et les printemps enfuis,
Et tous les chers amours dont nous sommes les tombes,
Et toutes les clartés dont nous sommes les nuits ?

Vers ce grand ciel clément où sont tous les dictames,
Les aimés, les absents, les êtres purs et doux,
Les baisers des esprits et les regards des âmes,
Quand nous en irons-nous ? quand nous en irons-nous ?

Quand nous en irons-nous où sont l'aube et la foudre ?
Quand verrons-nous, déjà libres, hommes encor,
Notre chair ténébreuse en rayons se dissoudre,
Et nos pieds faits de nuit éclore en ailes d'or ?

Quand nous enfuirons-nous dans la joie infinie
Où les hymnes vivants sont des anges voilés,
Où l'on voit, à travers l'azur de l'harmonie,
La strophe bleue errer sur les luths étoilés ?

Quand viendrez-vous chercher notre humble coeur qui sombre ?
Quand nous reprendrez-vous à ce monde charnel,
Pour nous bercer ensemble aux profondeurs de l'ombre,
Sous l'éblouissement du regard éternel ?







*







Tu me parles du fond d’un rêve
Comme une âme parle aux vivants.
Comme l’écume de la grève,
Ta robe flotte dans les vents.

Je suis l’algue des flots sans nombre,
Le captif du destin vainqueur ;
Je suis celui que toute l’ombre
Couvre sans éteindre son coeur.

Mon esprit ressemble à cette île,
Et mon sort à cet océan ;
Et je suis l’habitant tranquille
De la foudre et de l’ouragan.

Je suis le proscrit qui se voile,
Qui songe, et chante, loin du bruit,
Avec la chouette et l’étoile,
La sombre chanson de la nuit.

Toi, n’es-tu pas, comme moi-même,
Flambeau dans ce monde âpre et vil,
Ame, c’est-à-dire problème,
Et femme, c’est-à-dire exil ?

Sors du nuage, ombre charmante.
O fantôme, laisse-toi voir !
Sois un phare dans ma tourmente,
Sois un regard dans mon ciel noir !

Cherche-moi parmi les mouettes !
Dresse un rayon sur mon récif,
Et, dans mes profondeurs muettes,
La blancheur de l’ange pensif !

Sois l’aile qui passe et se mêle
Aux grandes vagues en courroux.
Oh, viens ! tu dois être bien belle,
Car ton chant lointain est bien doux ;

Car la nuit engendre l’aurore ;
C’est peut-être une loi des cieux
Que mon noir destin fasse éclore
Ton sourire mystérieux !

Dans ce ténébreux monde où j’erre,
Nous devons nous apercevoir,
Toi, toute faite de lumière,
Moi, tout composé de devoir !

Tu me dis de loin que tu m’aimes,
Et que, la nuit, à l’horizon,
Tu viens voir sur les grèves blêmes
Le spectre blanc de ma maison.

Là, méditant sous le grand dôme,
Près du flot sans trêve agité,
Surprise de trouver l’atome
Ressemblant à l’immensité,

Tu compares, sans me connaître,
L’onde à l’homme, l’ombre au banni,
Ma lampe étoilant ma fenêtre
A l’astre étoilant l’infini !

Parfois, comme au fond d’une tombe,
Je te sens sur mon front fatal,
Bouche de l’Inconnu d’où tombe
Le pur baiser de l’Idéal.

A ton souffle, vers Dieu poussées,
Je sens en moi, douce frayeur,
Frissonner toutes mes pensées,
Feuilles de l’arbre intérieur.

Mais tu ne veux pas qu’on te voie ;
Tu viens et tu fuis tour à tour ;
Tu ne veux pas te nommer joie,
Ayant dit : Je m’appelle amour.

Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre,
Si nul devoir ne le défend ;
Viens voir mon âme dans son antre,
L’esprit lion, le coeur enfant ;

Viens voir le désert où j’habite
Seul sous mon plafond effrayant ;
Sois l’ange chez le cénobite,
Sois la clarté chez le voyant.

Change en perles dans mes décombres
Toutes mes gouttes de sueur !
Viens poser sur mes oeuvres sombres
Ton doigt d’où sort une lueur !

Du bord des sinistres ravines
Du rêve et de la vision,
J’entrevois les choses divines… –
Complète l’apparition !

Viens voir le songeur qui s’enflamme
A mesure qu’il se détruit,
Et, de jour en jour, dans son âme
A plus de mort et moins de nuit !

Viens ! viens dans ma brume hagarde,
Où naît la foi, d’où l’esprit sort,
Où confusément je regarde
Les formes obscures du sort.

Tout s’éclaire aux lueurs funèbres ;
Dieu, pour le penseur attristé,
Ouvre toujours dans les ténèbres
De brusques gouffres de clarté.

Avant d’être sur cette terre,
Je sens que jadis j’ai plané ;
J’étais l’archange solitaire,
Et mon malheur, c’est d’être né.

Sur mon âme, qui fut colombe,
Viens, toi qui des cieux as le sceau.
Quelquefois une plume tombe
Sur le cadavre d’un oiseau.

Oui, mon malheur irréparable,
C’est de pendre aux deux éléments,
C’est d’avoir en moi, misérable,
De la fange et des firmaments !

Hélas ! hélas ! c’est d’être un homme ;
C’est de songer que j’étais beau,
D’ignorer comment je me nomme,
D’être un ciel et d’être un tombeau !

C’est d’être un forçat qui promène
Son vil labeur sous le ciel bleu ;
C’est de porter la hotte humaine
Où j’avais vos ailes, mon Dieu !

C’est de traîner de la matière ;
C’est d’être plein, moi, fils du jour,
De la terre du cimetière,
Même quand je m’écrie : Amour !







*










Nef magique et suprême ! elle a, rien qu'en marchant,
Changé le cri terrestre en pur et joyeux chant,
Rajeuni les races flétries,
Etabli l'ordre vrai, montré le chemin sûr,
Dieu juste ! et fait entrer dans l'homme tant d'azur
Qu'elle a supprimé les patries !



Faisant à l'homme avec le ciel une cité,
Une pensée avec toute l'immensité,
Elle abolit les vieilles règles;
Elle abaisse les monts, elle annule les tours;
Splendide, elle introduit les peuples, marcheurs lourds,
Dans la communion des aigles.



Elle a cette divine et chaste fonction
De composer là-haut l'unique nation,
A la fois dernière et première,
De promener l'essor dans le rayonnement,
Et de faire planer, ivre de firmament,
La liberté dans la lumière.






Victor Hugo, Oeuvres complètes, Poésies II, Robert Laffont