vendredi 20 juillet 2018

Guyotat





Station balnéaire fouettée de vent
charnier de mouettes molles
corps de poésies au bas de ses falaises
une faille commune
l'homme liquide a le pouvoir
dans le sucre dans l'écrasement
Un quai
promené par des rares pierreries immortelles
apparaît disparaît
selon la brasse des dieux
Guyotat
la poésie sur une plage
de sabre blanc poudre d'ossements
d'éparpillés gisements gisants
pillés d'émerveillement par la douleur
par la douleur allongée la paralysie absolument
d'un coma, coma drain
on assassine le dernier pays d'essences

Trakanova






comme un spam d'insultes à la foudre
une boîte mail
pour chaque perso de Pessoache
elle pensait pourfuir l'ascension sur le vide
à reculons, ouais,
Trakanova


Silencée dans un asile,
The Voice World
soirée Poetry, incurvée, dif-
formée par manque de donations
sains, sains, saints forcément très hauts
Les tous-actionnaires
aux Editions
du Silence


au syndicat sans grande lutte
sans grand soir
sur les écrans
sur tous les feux de planches
à se viander
sur les tricoteurs de peaux
les lettres mortes des entreprises
poétiques
le gaz a fait sauter les fondations
depuis un chant de ruines finit les combles
des flambeurs
virent tristes sires


pour assister au dernier séminaire
sur machin-un-peu-connu
avec le bristol, le costard, le pc
on l'avance
la fait avancer à reculons,
Trakanova
encore la pub la fait culpabiliser autour
de son cul
des nouvelles religions
de mises en confiance
inventées entre un bagel
la dernière info twittée instée
policée vérifiée surveillée sur logiciel
étatique


tester la dernière capsule de survie
Nespresso
incompatible avec le reste
de la gamme
à reculons, Trak
on l'avance en mitraillant les smileys
spam d'insultes, hashtags
humanistes
psychanalyse face à la foudre - une intelligence
artificielle
qui te met au fond des arrières-cages
sur le goban et sur la nouvelle map de Starcraft II


mais faisons encore causette sur la puissance du ciel
jamais sa reversibilité


laisser s'envahir de cynisme
de ridicule au second degré
donne envie de sauter
quelque part à pieds joints dans la mort


Nu, à se chercher
une métaphysique
ou un régime
dans la diminution volontaire de trucs et astuces théâtraux
s'il faut respecter la mise en vente
de soi la vitrine
corporelle, intellectuelle, sociale
et pardonnons-nous
nos beuveries
Pousse-au-cul au parvis
des temples
de la fonte et de la descente
de la montée sur ta colonne vertébrale
le dérèglement de contrebande survol de parachutes
on l'avance encore
en surmise, Trakanova
en soumise


Passes, passages, impasses du soi en sueurs
le travail comme torture de loisir
elle fricote avec le clavier
On la surveille
on l'épie
champ du monde
à l'avancer à reculons, Trakanova

Lonesome Tovaric







Le gros nez de clown Tovaric
Moulin Rouge Windsor
dernier tsar du roman-
-tisme
à refaire la Baltique en bohème
occupé tou
-jours occupé

la migration
inversée, césure patrie
nature
hémistichiant le bit
-ume
mystifiant la misère kilométrage in-
fini
à grande écoute
sans rétro plein gaz les narines
en feu
récital dardant depuis la lointaine Blonde Lagune
lui ? Pavarotti de cirque
Papageno dressage con-
-tinu sur un fil
funambule snifflant les ailes d’épandeurs
mains prêtes à renverser l’Europe
toxiques blanchies

les animaux mugissent au près
rugit la grande catastrophe
là psaument quatre dragons jumeaux
avec l’aile en parapente au-dessus
pivotent
les trapèzes = les villes
les artistes sans filets
docu fiction haute défi
-nition
écroulement des réseaux
domaine de la finition départ-
-ement collapsie
où partent les prières depuis le gros nez
rouge de clown Tovaric
les aveugles tapent des sms
= novlangue sur des mots possédés
par les plus ...


erreur réseau


la lutte en chaussons le feu
induction
révolte toute équipée
slogans de mags pubs
dégueu-
-lasses
le sexe avide béant vulga
riant
pénétrant le subtil
insulte suprême à toute la face
le doigté nexte les sex-
-tos affadis
images re-touchées re-travaillées re-images de re-réel-re-faire
re-inventer
re-volution-
ner rouge Tovaric
dans l’argent blanc de manque
la banque gémit

passer ses codes
arriver à toucher la profon-
-deur de la pensée simple
le signe est maintenant limité
rire micro-ondé
options
caisses-femmes cartons-hommes
courbes connus les angles
déjà-vus
personne à loupe ne craint son malheur
tous expulsent malaise des nerfs
vibrant plus vite la rotation
planétaire


éclaboussement fataliste
dernier sketch à la mode
Tovaric son gros nez de clown
en vente à partir

la bourse ou la vie

jeudi 31 mai 2018

Monstruosité(s)






La poésie est une affaire de monstres

l'homme découvre le silence
se rencontre lui-même et s'insulte
les poignets brisés par l'alchimie
de la laideur
de la transformation
de l'âme vers le corps
l'âme et le corps
son refus de se reconnaître horrible
patchwork de désirs, de rêves et d'envies
[insérez la liste]

disponible alors dans le regard du vers
des peuplades poètes
à maudire le plongeon du corps
l'inversion du bas et du cerveau lancinant
entêtant - c'est le mot - le temple profond de l'esprit fort
baptisé dans l'acide et la soude
enfermé dans les soutes long-courriers des soigne-touts

la poésie est une géographie du son de soi
une cartographie de sang et d'eau
d'huile et de métrique débordée par l'inondation perpétuée
ainsi allons-nous, piquants et glacieux
hautains et rancuniers de ne jamais connaître les cours royales
nos voix portantes sur les radios des déserts
là où la vie s'active sous les voûtes

pour y voir clair, la spéléologie de l'âme recrute
emploi stable, cdi, temps plein, poètes recherchés
à contre-emploi, l'emploi-poète

mordorés ils vont, les mutilés du stylo par trop de piqûres de rappel
que la beauté est une inquisition
qui te casse la gueule par l'écrit et la calligraphie en tatouages
la gueule inversée par la poésie, l'hérétique poésie nouvelle
la gueule déchirée par la césure dictature qui te traque
au nom qui fait se dérouler les tapis rouges : la poésie-dogme
la pire des monstruosité(s)

quand on s'abandonne au dernier désir d'être page blanche
vidé de sa laideur, expulsé de sa sottise, purgé de son horreur
pour s'éveiller en mortel comme plage finie
les paupières humectées par le vent qui déferle juste pour un visage
le vent originel, celui qu'on doit remonter
accompagnés par tous les avatars de tous les costumes véntiens
amours, amis, parents, familles, connaissances, enfants lâchés, vieillards en fuite
les costumes des monstres qui ne comprennent rien au réel
pas plus que vous
et qui, la nuit, flippent encore de ce qui respire et vivote sous les lits
les rêves de vérité

pour ouvrir en deux la posture abjecte du créateur
l'humain et sa religion vénitienne qui refuse bien sûr toujours la guerre
jamais le conflit, la laideur dans l'empoignement la sueur le sang et la terreur des larmes
le refus comme alarme devient une conviction politique
(SE) REFUSER, C'EST COMMENCER A (SE) CREER

les monstres contre les monstres
les contes en vers de l'ennui de l'enfance des villes des goûters de la chaleur
de quelques instants à la con qui rendent philosophes
pour mieux croire parfois à sa beauté en puissance
à s'en faire sauter le doigt sur la gâchette
goûter l'attraction du vide
morbide la gueule pleine, la gueule cascadante, la gueule grande pour dévorer
l'avalanche de bombes qui sautent en vol
se prendre pour une balle dans les têtes et pour l'anus de Dieu
puis se finir ramassé contre un cinq tonnes

Tu es placé avant-centre dans l'équipe qui croit en toi
au-dessus des défenses friables des foules en fureur le feu dans les veines
la foi dans le sang, l'horreur à chaque poil qui finit découpé au couteau
carpaccio de rêves au restaurant du grand carnage
des tribunes populaires pour les turfistes sur l'avenir
avec des poker-poèmes vécus comme des prises d'otages
un jour, un jour seulement, en partance pour le plongeon vers l'intérieur des terres

à voir les monstres des visages usés des prolos en survêt complet
la fin des mots, l'absence du sens, la confiscation de la pensée par la langue
(spoiler de dernière saison : ça a déjà commencé)
la Légende en rimes hurle en meutes, dans une grande posture
à ne plus savoir qui parle, pourquoi, comment
là où les luttes finissent

Ils "inventeront" le poème continu - on lance des pistes
audios bien sûr, dans toutes les radios qui amènent nos voix sur la surface des choses légères
ils "feront" la poésie H24, le laudate en rime religieuse
le générateur de vers, le Wikipoète,
l'encyclopédie inutile de nos meilleurs babillages enfantins
les balbutiements des paumés d'envergure

A souiller le fragile
le travail infernal des monstres

Laine de Joie (Poker-Poème)






Elle couve des dragons
des enfants purifiés de la colère des siècles
à l'écoute de la brèche du monde
la main prise dans l'utopie

reposant sur des œufs d'indigo
sang elle materne l'avenir
de la Grande Cité des étoiles
le sang du Prince de l'air

dans la coquille fragile et souple
les premiers battements grésillent
dans les dos poussent les ailes
et sur les gueules, le feu sacré



*



après avoir évoqué en patient incurable
l'infatigable désert du Poème
entre le soleil fracassant et la mort en écharpe
j'ai fait le jeûne du monde
pour la révélation : les secrets de la Vie
puis reposer en squelette insatisfait toujours
une pierre solitaire aux frissons soudains

à des coups de vents de la divinité



*



Temps Bruyant


Le temps s'agite dans sa patience
son bruit provoque là des orages
ici ouragan, là-bas des pluies rouges
juste pour ses plaisirs migratoires

au sud de l'horloge, à l'est du nihil world
à la station de bus en attente
vers le prochain...

on a oublié le mot dans les sons vains
les échecs commerciaux des étés puissamment
entre le goudron mou et l'étang
un bikini a le goût d'un tempo bruyant d'un soir d’août

vers le prochain bruit
nous n'avons que l'Amour et ses sujets
à la bouche, jusqu'au matin partagé, âgé
laissant les paupières résonner la nuit
tiré entre ta vulve chaude et le bleu toujours présent toujours
sans un bruit
le bleu parfait de ton profond-ciel

à se tricoter la peau à la laine de la joie




*



Insulte

sur les pavés le ciel nu s'est donné
semblable à l'origine du monde
censuré bien sûr, par l'orage
abandonné encore, dans la fureur
et l'insulte à la foudre

le petit matin avec son bâillement de nacre
les humains relevés au milieu de la rage
comme des fumerolles de bijoux
laissés comme des moins que rien
sur la terre atroce qui porte le chant des pierres
des cétacés ou l'humus comme meilleur
tombeau pour ceux qui y ont cru
les insultes adressées à la foudre

en psalmodiant des pèlerinages intérieurs
l'infini jihâd de l'homme recommencé
pour les illumi-nations, notifications du vide,
connectivité des gouffres, les routes des peuples
cracher sur les ventres des citoyens
arracher le céleste où on gouverne de rire
pour y laisser les insultes à la foudre




*




Jugar
(la poésie est une combustion spontanée)


Il est important de s'aimer
(évidence vitale)
en pleine apocalypse (de sable)
avec des douleurs au dos
avec les quêtes en couleurs
avec les jours en son et lumière
puisqu'il faut bien trouver des alliés
nous ne retenons du temps
que des mazurkas rousses
la profondeur du musicien yiddish
la mélancolique souffrance
rarement sur scène, rarement
la pureté des âmes touche
criblées de quoi ? d'images mirages
le portrait du grand charnier humaniste
qui balbutie des anges sans trop capter
toutes les chaînes qui nous retiennent
aux bassesses des jardins d'eden
puis le silence sous la pluie sur la place
l'empire nouveau du silence
il soulève la naissance des énergies
toutes nouvelles, on veut y croire
le combustible de l'univers
la vie passée par tous les états de l'être
(le combustible de l'Histoire)




*




Blanc d'espace


j'ai demandé asile à l'espace
à la blancheur de l'espace
là où dans le poème se trouve ce qu'on aime
le silence, les pollutions de ponctuations
ce qui se dégage
ce qui supplante la page blanche
l'opposition entre ce qui noircit
et ce qui révèle
quand les mots forment quelque chose
un nouveau métal en fusion
dans la bouche un chewing-gum
nouveau goût,  nouvogou
à former des polyphonies
pour ma chambre-phare de tempête
l'asile de l'espace entre les mots
observateur et arbitre

pour entendre se murmurer les mystères
les réponses tant attendues
le vrai et le faux de l'avenir
les questions suspendues en échos allongés
parfois crucifiés
parfois oubliés
sur le blanc de touche




*




Silencée


à Rémi.



Elle est  - quoi ?
Balancée
La voix qui s'étire
(guimauve chaude d'écouteurs
métal en fusion des baffles
mitrailleuse et fumigène en méga
phones cabines téléphoniques
sphériques tracés dans la gorge
qui rallie l'abysse de toute naissance
à la dernière extinction
l'évaporement doux, la mort tranquille
la contemplation parfaite)
ataraxie poétique de l'âme

S'il faut croire en un miracle
l'eau bénite ruisselant dans la rimeruisseau
la foi coule, vers elle, vers...quoi ?
balancée


C'est le silence
mêlé au supplique

dimanche 8 avril 2018

Le Dernier Navire





Ils appareilleront ! les mousses du dernier navire
Quand sur la passerelle, leur beauté flagrante
D'une candeur tannée de sel du soleil du pire,
Clignera de l’œil sous la voile battante

Au petit matin, d'une prière bien râlante
Ils parleront des peurs, des nuits, les familles
Tout bas pour eux, tout bas ce qui hante
Quand avec les amarres on largue les filles

Vers l'autre promesse, nue et sauvage
Vers les sirènes des orgues ouragantes
La rade s'éloigne, et le cœur au large
Retrouve à l'horizon la seule unique amante...

Ils rêveront, dans les écumes ébleuissantes
Comme le poisson saute dans le filet creux,
Comme on se soigne de la pensée délirante
Des terres disparues sous l'océan radieux !

Ils appareilleront ! les mousses du dernier navire
Pour sortir des cartes sobres et vialactantes
En échappée leur glisse au goût du vivre
Tranchera la mer par sa plus belle fente !

Insulteront la foudre, trombe démente
Dans les cruelles cascades du ciel en sauce
Au bouillon, les noyés ! parmi la vague hurlante
Qui s'ouvre en deux avec les bulles de fosse

La survie tient du hasard qui s'ignore
Question sans réponse, ce qu'il faut contente
Puisqu'après, le ciel cireux se dore
D'un éternel été sur la houle errante

Le bois grincera la gloire de la charpente
Défiant la Nature impériale et sacrée
Déifiant sa rage, l'humanité surprenante
Espère encore la joie sous la mort nacrée

Ils appareilleront ! les mousses du dernier navire
A l'approche des insulaires libres la pente
Revient à la vue comme un rêve chavire
Jusqu'à la plage...la plage, la plage charmante !

Ainsi d'archipels d'âmes en passe-menthes
(un alcool local pour une île de feu)
Leur vie mûre élargit la voix patiente
La corde accordée juste pour le jeu

Bouffer la sève, le sable comme une peau
Si une peau peut sauver ceux qui ressentent
Marins, pirates, sauvages sans oripeaux
S'habillent "ici" d'une profondeur latente !

La veste de l'homme : les amours restantes
Qui couvrent le froid, la nuit, le mystère,
Le divin dont l’inquiétude est garante
Les restes des hommes et ce qui reste à faire

Ils appareilleront ! les mousses du dernier navire
Vérifier si les sciences se ratent ou se mentent
Si la Terre est folle, si Dieu est un rire
Et de conclure à la fin d'une ronde dansante

Invocations rythmées par la mer envoûtante
Qui attire dans l'inconnu les rides voyageuses
Celles des mousses de jadis soit disant importantes
Après les traversées de solitude furieuse

Les grandes heures passées sur les planisphères
A créer de nouvelles cartes apparentes
Aux noms nouveaux, vitaux, sans dictionnaire
L'appellation du monde à la foi innovante

Ils crieront sur les villes en attente
De la rime officielle selon l'état des ports
Un cri comme un hymne fort à la vente
Un hymne de vers qui résiste à la mort

Départ

Ils appareilleront ! les mousses du dernier navire
Vers toutes ces destinations abracadabrantes
Erromango ! Vanikoro ! Maracaïbo ! Partir,
Partir jeune, partir à la vie sonnante-ante-ante
Ils appareilleront ! les mousses du dernier navire










Alice au jardin






Il y a la poésie des jours auprès des fleurs
celles qui rassurent d'un parfum
les plus subtiles, qui vivotent
légères, tendres affolés
à la commissure des soleils

la poésie alicienne aux senteurs des bois
pétales sonores, d'allongement
d'épanchement des cœurs qu'on butine -
quand la chaleur repose fière dans la tiédeur
une fin de journée d'été l'air ambiant
à la commissure des soleils

la vie passe en coup de vent sur la feuille
simple et douce une caresse un moment
puisque Alice au jardin est un dieu léger
l'oiseau de bonne augure au capitole
aux frontières du mal, le soleil embrase
la commissure qui prononce un mot

endormi au hamac du jardin d'Alice

Poker (VII)





"Nous ne mourrons jamais de honte..."

son murmure creva la pièce perlée de soleil
transperça le voile du lit
le feu tenaillait les fibres de l'ébène
il se déposa comme une rosée dure
à la mousse des boucles
enflammée, allongées

la ville brûlait parmi les grains et la folie
des armes cuites à même la pierre
les cris, au loin ces cris parlants
toujours les mêmes cris
ils semblaient pourtant arrêter leur attaque
sur les perles jaunes balancées dans la chambre
par pudeur
respect
et un petit miel de gourmandise

elle jouait aux échecs sur un coussin sucré
son dos en dune crépusculaire faisait
les derniers péchés ultimes promesses
de la saveur du mal avant la catastrophe

se retournant, vêtue de sa séduction seule
elle plongea ses yeux comme on tue
dans mon regard
les feuilles de l'état attendaient, ivres mortes
inutiles, futiles et remplies d'importance,
le tout valsa sur le jeu d'échecs, renversé

il y eut plusieurs renversements ce jour là
mais le plus implacable fut le couperet
de ses hanches sur la fin du monde

"Nous ne mourrons jamais de honte..."'




*




le vieil homme tapait trois poèmes par soir
depuis trente ans sans coup férir
trois poèmes, une toilette rapide, au lit

il filait rejoindre les pages qu'on garde pour soi

plus proches de son oeuvre quotidienne
à savoir les rêves ces réveils dans le noir mental
angoisses silence insomnies luna fatal !

il filait ses nuits comme un linge maudit

trois poèmes par soir, toute l'oeuvre parlante
du monde du temps qui passe, sous l’œil
de sa femme qui le lisait pour l'endormir

il filait ses vers pour remonter sa mémoire




*




Les tristes sires du Ah dis donc !


Sur le puissant autel du poème
Ils posent des émotions quelconques
Sans parler la langue de qui sème
Vaquent les sires du Ah dis donc !

Tristes malgré leur bien superbe
Vocabulaire d'exilés sur la jonque
De la syllabe honorée en gerbe
Signée des sires du Ah dis donc !

Onques un vers nouveau tenté !
Se trouver dans le danger...onques !
Tout doit aller vers la sécurité
Celle des sires du Ah dis donc !

Surpris par le moindre petit signe
Un peu au-dessus de ce qui tronque
Avec la conforme copie et l'insigne
Des louables sires du Ah dis donc !

Ils écrivent si bien le déjà-vu
Qu'à leurs places se remplace quiconque
Au lieu commun est parvenu
Comme tous les sires du Ah dis donc !

L'extase simple est simple réussite
Des tristes sires qui vont donc
Partout au monde où l'on pohésite
Au nom des sires du Ah dis donc !






*




Ui-Da !


Ui-Da ! La vie accorde
ses grâces positives
sur la platine on record
la mer et ses rives

Ui-Da ! A tous les mots
d'amour les bras ouverts
l'accueil est juste et beau
quand le seuil est sincère

A dire "Ui-Da !" toujours
à chaque heure, chaque homme
faire résonner le oui-jour
là où ton "non !" assomme

Accepter le monde : Ui-Da !
espère le meilleur de nous
Comme l'idéal dit "Ui-Da !"
Le don du bien, oui partout







dimanche 11 mars 2018

Houle Heureuse






L'océan est un moteur de vies
la Road 333 en décapotable sur la houle
heureuse de rouler sur les rivages d'envies
d'une humanité remplacée par foules

le cheveu rouge en châle tempête
aux reflets de sel les relents de foi
parcourent les phares des îles de tête
un morse de poèmes en vers de soie

Hokusaï soupire de mille bleuités bulles
s'accroche au remous des hanches-mers
la noyade se respire d'ambre et l'ambul-
anse accueille la surface comme l'envers

écrasé par la face sur les rochers polis
par les flots jetés comme des sorts secrets
l'autre miroir de sable, jumeau épris
envoie son eau par-delà les parapets

du monde à l'horizon de la Road en feu
la 333 au palpitant enlacé sur le bitume
puisque le sable devient un matelas heureux
et la houle danse, et elle boit, et elle fume

Hors d'Elle



Le savoir se cache dans l'anneau de la bague
l'ancestral connaissance dans l'envol
suspendu extendue

propulsée depuis les plaines catastrophes
quelque part entre ciel et loup
morsure d'oiseau

elle navigue au-dessus des remparts salis
tirée par une horde d'ailes
une armée de plumes

la troupe de son amant qui convoque les canons
les charges sabre au clair la horde
rude qui s'abat soudain

fait naître une nuée de spectres curieux brûlés
ses yeux de buvard de feuilles douces
ensemble en fantômes

quand elle sort hors d'elle et lévite sur le monde
à ne plus savoir si l’œil est ouvert
ou fermé par l'extase



s'ouvrir de nouveau à la voix
qui appelle depuis l'autre peau abouchée
pour mieux atterrir sur le tarmac de son regard vert

vendredi 2 mars 2018

Dunk Place







La fin du monde était à cette époque en nous
programmée
sur les transmédias les alertes smartphones
nos mégaphones comme bouches
d’existence larvaire éprise
en stagnation totale
pour des luttes qui s’amputent juste des segments
fracassés de présences
sans ressentir exactement la puissance de nos handicaps

les H-hommes chargeaient de tous leurs sexes
masques à tous les visages
vous-ils s’éteignaient, ô lampions
ô mascarades ! Parmi les longues routes isolées
en voie d’étouffement
de la voix qui baissait, baissait, baissait à la fin d’une joie soliste

Nous suffoquions à tous les étages
ici-bas ville-campagne en feu, ici-bas cultures en feu
même Kokopelli vendait les allumettes pour mettre du rouge rebelle
sur le ciel strié des éclats de monnaie
(même le virtuel fait son estampe sur les murs)
- impressionnisme terroriste – culture de la bombe cérébrale – tag de ruelle à camés

seuls les alters ultra ulcérés hurlaient à la terre brûlée – ô cons !

et nos feuilles ? Ici nos feuilles psaumaient encore
dehors s’ambiançant  quasiment religieuses
en quête d’une identité divine puisque
après nos m.pères-pairs nous chassions les étoiles
baleiniers stellaires enfin dressés pour ramener la graisse des poèmes
le cœur huileux du monde
la dernière sensation issue de notre
outre dernière pulsation dernière pulsation dernière
hier nous chassions les étoiles sans réfléchir voilà
là les mettant dans nos filets à papillons
on gave nos paniers qui comptaient naïvement les points de la Dunk Place

ô ces feuilles, excitations
les corps frénésies
insurmontables les corps
lâchés à tous les vents sur la peau des buvards
sans voir les tâches sans voir l’écoulement au-dedans des fibres
puisqu’il fallait trouver un dieu
quelconque quiconque nous définirait en tant que poètes

oh une définition acceptable bien sûr
pour affirmer sa présence dans la sacro-sainte
littérature des vainqueurs

les êtres et leur sublime dépassement
les mégaphones bouchés de paie ont crié / les masques ont tenté le moule
que des têtes sortant d’un immense charnier à la mode
de sages de mots laissés ça et... / bouteilles à la mer flottant pour les cargos
d’alcools frelatés d’amours contrebande

la fausseté comme arrière-boutique des couturiers du vers
la marque des grands brûlés
puisque tout est fini maintenant
sur le toit du pick-up
des filles quantiques achetables pour quelques dolls
au marché noir de l’émotion


Nous disions alors, avant les écritures proto-policées-algorithmes du vers
avant la random-poetry, avant les mouvements littéraires de l’échec
l’art de la défaite rehaussée par les claviers rongés
avant de prononcer l’exil et la fuite
la ruine facile, convenue
l’acide des cerveaux
nous disions que la fin du monde reconnaîtrait la vérité
dans la sensation, l’émotion, l’amour
toutes les obscénités balancées sur le vers
la poésie de bandits
le seul vrai plaisir de la contrebande

il est loin le temps des ailes étoilées qu’on cueillait en fruits mûrs
le soir dans les gradins saoulés de la Dunk Place.



cette nostalgie maquillée vous sera facturée 
selon le ressenti total – carte fidélité en promotion jusqu’à la première
mini nuke qui saluera votre fenêtre

Rousse-Douceur



Dans la mousseline des sorcières
Cousent les sorts infiltrés de sens
La cohérence se saisit d’amères
Tumeurs brodées d’arborescences

Les arbres élancés aux cieux patients
Chantent les sorts de sève éblouie
Les nuages d’énergies en riant
Passent en secret sur les vies

Prises par la mort sans artifices
Sans lancinante passion folle
Quand le risque rejoint le vice
La foule mourante s’affriole

En bordures de ficelles moussent
Les baisers fiévreux et acculent
La puissance tenue de la Rousse-
Douceur en vêtements de bulle

mardi 23 janvier 2018

Discussion

Nous nous versons à ressentir toute l'étendue 
du silence
puis exprimer sa portée en mots battus
ce qui est un peu con
avouez-le - Faites silence
(impératif de désobéissance)

*

Les expressions du théâtre devraient être utilisées pour la poésie
"brûler les planches
être en scène
jeu d'acteur
le lever de rideau"
tout ça dénonce bien joliment les poètes
et assez souvent, les salauds

*

Ne parler que de soi a un avantage : on oublie  les autres- pour un temps
Ne parler que des autres revient au même 
ça fait bon chic bon genre
la société réagit aux louanges.
Les crachats de mendiants pavant notre passage 

*

La poésie relève de la pesée des âmes 
celle des morts à chaque génération.
Les mots, eux, évoluent selon
leur poids varie sous l'intensité des êtres denses

*

Parler de poésie, ce n'est pas de la poésie
Parler de musique ne fait pas musicien
Pourtant on peut parler en vers 
comme on envoie le son draguer là-haut les anges

*

raisonner et ressentir
raisonner ou ressentir
raisonner pour ressentir
raisonner puis ressentir

*

Poétique de la surprise - esclave
et parfois dépendante 
de l'instinct primaire et conservateur de la consommation

*

Les tueurs de la création
forment des ensembles puis des listes
des ordres d'idées
sans aucune idée à sucer la moelle
épinière

*

Bien des poètes répriment les poétologues
se faisant juges et parties
d'idées des idéologies 
leurs manifestes perdent l'innocence d'une foi
alors le discours saigne des lèvres saigne du nez saigne des yeux
semble un désert de peaux mortes

*

LA PAROLE TUE 
les feuilles, les murs, l'art, le livre
tous coupables
J'ouvrirai les Editions du Silence
avec une assemblée de télépathes 

*

User de sa honte, de ses crimes, de ses horreurs, de sa colère
versifier la violence putride, vois là la signature
des mutiques rimés, les pires 
spectateurs de leurs agonies passagères 
forcément livrées au regard

*

L'écriture se fait principe de précaution
dans l'ego trip malade
bercé d'illusions sereines sur la faiblesse du monde

*

L'image éloigne de l'écriture
Photos / avatars / profils / clics 
 abaissent l'état du mot
A la place ? Des ersatz d'âmes légères
tutoient d'un ricanement la profondeur
qui subsiste...maladroite, inquiète
 impulsive de dangers

*

Que les gens mal me jugent et me détestent
est un bon signe 
Bien m'entendre avec vous ? L'idée m'horrifie

*

On confond célébrité avec notoriété
en mélangeant ce que les gens nous apportent 
avec ce qu'on peut apporter aux gens

*

Le pire de la colonisation américaine totale
c'est la comptabilité
On apprend à respecter les chiffres
que les chiffres
jamais à les comprendre

*

Le thermomètre à connerie ? L'instinct des foules

*

La maîtrise deviendra telle qu'on saura
qu'entre elle et la folie 
ne suffoque qu'une respiration de mystère

*

Plaire aux troupeaux
Paître aux troupeaux

*

Mes poèmes sont empreints de violences
juste dire les mots, la guerre, le sang est violent
c'est un constat plus qu'une idée fixe
La Terre jamais ne fût en paix
(cette conclusion m'empêche de dormir)

*

Tout se passe sous la couverture
sans couverture
sous couverture
sans la couverture
selon les variations de vos hobbies
avec les saisons d'amour

*

Les médias n'ont qu'un seul rôle
Dire quand, comment, où va le pion
poussé par qui ? Pourquoi ? Et donc...
s'achève ici le rôle. Il se tait et meurt

*

mardi 12 décembre 2017

En finir




Notre rôle est su depuis l'enfance -
Ses grandes personnes en décor
De toutes évitons leur ignorance
Puisque nous veillons les morts

L'humain respire inspire la haine
Que l'on doit reléguer sur les bords
De nos âmes fleuries par la berne
Puisque nous veillons les morts

D'autres arriveront du feu des crises
Par tous les cauchemars en renfort ;
Nul ne fuit si nul ne se déguise,
Puisque nous veillons les morts

Trollage de deux enfants du siècle




C'est une déclamation nouvelle
pour dénouer le nu de ses peurs

au bout de dix ans
le temps se fait plus long pour ce qu'on est
devenir ce que nous sommes :
un bijou qu'on s'offre
à l'autre
pour mieux polir le goût du jour

durant ces jours de réinventions
ce qui nous ressemble
nous ressemblera :
vieillir heureux
vieillir à deux vieillir vieux
à deux comme jamais deux oiseaux
jamais n'ont vécu

Si les lendemains ne chantent pas
ils jouissent
réveillent l'enfant sauvage qui gambade
l'entre nous seul

J'ai passé ma vie à lui écrire
dans une langue inconnue
pour qu'elle me reconnaissance
comme sa somme
un écrivain privé et sa dernière lectrice
une âme perdue
pour mieux caresser
la sienne qui attendait son jumeau

nous sommes de toutes les époques
chaque famille retenue
réunies à l'heure grave qui tinte sur toutes les horloges
traversées hideuses
dans la minute fabuleuse solitaire avant la belle apocalypse
nos heures sont de rire
l'espoir s'y accroche
nos heures sont de vivre

Elle commence à parler dans mon patois
avec des gants chauds autour de mes mots
l'élégance dans l'émotion
crème suprême
pleine et entièrement riche
exactement riche dans l'amour' comme on va simple
de libertés

Jusqu'à devenir vitale
depuis mes vols mondiaux
et les envois artificiels sur le globe de mes feuilles verdies
à mes caviars de braise
la conscience neutre qui mue et me crie
dessus comme une vieille femme désabusée par mes mondes
si je hurle et déclame la joie
d'être quintessence

Elle rougira encore sous son chapeau d'Albion
avec son rire soudain, un éclair et l'éclat pur de l'Arcady
nature de ma jungle, elle
nudité de mon eden, elle

Voici une déclamation pour annoncer
le trollage poétique de deux enfants du siècle

Nous serons un typhon de présences,
d'amitié, de joie cousue, créations dans de l'amour
toujours en haut-parler : la conférence poétique :
nos chants de fusion, nos chants au loin
sont les mêmes partout à la surface du monde
et des choses légères et dures
qui font baisser la tête, d'une larme d'un sourire
d'une danse infinie pour fêter la mort le jeu

PS. Juste à nous, au secret au chaud
sauvages

dimanche 3 décembre 2017

Mon dancefloor est sa peau de succube






De la merveille relèvent les stars-sorcerez
pour la démonologie &  chaque mystère
des lunettes noires, effrayer d'un cri
seulement les corbeaux-sms messagers

Des marabouts ont rêvé en silence coi
de ses mains gelées-guérisseuses-de gare
trempées dans la salive magmatique solaire
au fer de ses yeux, feu et glace - d'enfers

à fondre sur les pistes bicolores les azurs
les tarmacs de contrebandes au marché désastre
les habits gouttent en semences de cétacés
quand les rêves avortés trémoussent l'étouffement

Si mon dancefloor est sa peau de succube
la parole en rires devient une lyre de D-
-J et de joie et pour ses genoux - "oh..
..elle ne guérit pas tout à fait de toi".

J'entends ailleurs brûler les pieds des femmes
dans la logique d'un poème policé sur l’âme ponce
l'enfer poudroie la saveur d'une sueur nacrée
une lueur d'eau-vive comme perle de transe

Elle était seulement une pierre qui coule
au fond parmi les sinistrés les tempêtes du style
les genres, faibles caresses froides de passion
Puisque le démon lui donnait tout son or

Elle le sait, les mains illuminées sur la ville
Sont des mains d'assassin de sa propre vie
Celui qui va la tuer année après année après
l'enterrer comme on enfouit son étoile

Le diamant pur qui fait hurler le cœur-klaxon
sur toutes les murailles de tous les châteaux-morts
de cartes il s'envole sous la lune jaune - loupe
à l’œil de loup - ton obsession sublime

Nulle leçon, les oreilles placées près du sein
dialoguent et refont la philosophie des pores
celle du carnaval, celle des monstres, des masques
Une symphonie de réveils en médaille

Mon dancefloor catapulte mes lèvres
accroche mes ouvertures à tous les feux
qu'elle entrouvre d'un seul sortilège mortel
La petite mort qui palpite au même chaudron

Penché sur le gin infernal servi dans le coin
qui la remplace un peu et fait pousser le vice
je la laisse conduire seule mes nuits : "oh..
..tu sais, elle se soigne encore de toi".

Des morsures infligées dans le sombre nous
le sang ruisselle comme une belle déclaration
Si mon dancefloor est sa peau de succube
je danse en gardant secret son joli surnom


envoi


Dehors des fourgons font la révolution des vers
Et ne comprennent pas l'entendement de l'enfer

mercredi 29 novembre 2017

Granville Street

(kanaka)




de l'autre bout sale de la baie 
toujours l'autre bout de la sale baie 
des totems viennent prier
des orques font défont en plongeons 
la grammaire du rêve
au vent, au vent 
sur le rail de Granville Street

roulent deux perroquets, foutus 
piafs enfoncés de folie 
ils jactent jamaïcain les soirs de match 
à côté
le jukebox crache à côté
le barman racle 
le sol 
sous la voix rauque de Johnny Cash

la ville éteint 
ses errements dans le noir
elle laisse les clés aux tankers 
embargo sur l'horizon
privation de la ligne 
flottaison
marchandisation 
des meilleurs weed shops du pays

ils laissent mûrir derrière les cales 
les soleils qui jouent des cors 
décor entre les îles :
montagnes mauves qui plongent 
entre les orques
les hauteurs sous-marines 
brumes de sel fracas touristique
les stations balnéaires des survivants 
de la grande chasse

bleues les montagnes comme des notes graves 
célestes
enveloppées de l'american dream
porté en étendard par une jeunesse camée 
de la rue 
emparée 
à quelques nombres de la Trump Tower
on placarde le rêve sans aucune syntaxe
qu'importe la façon...
les squats ont la gueule blanche ridée de la vieille 
liberté anonyme 
occidentale
ramassée à la seringue

la parole de deux perrots tarés sur Granville St. devient un rap

à se tordre le cou en passant au port
raisonner sur le verre bleuté 
reflèter l'élégance 
quand la CBD décline toutes les soldes 
du rêve 

au bon souvenir rouge et blanc
le tabac
la fumée magique 
de Swanee-Gee depuis s'étire 
l'oeil des perroquets
comme le piment en pommade de la Jamaïque 
croqué sur Granville St.

sur un canapé noir, effacer l'ardoise complète du ciel
couper ses propres rêves au couteau
des poèmes en paiement
à un oiseau nommé Louis XXX qui jacte une langue 
de fou tout droit en feu 
sur le rail de la Granville Street

mercredi 15 novembre 2017

Vanikoro





Le travail s'étale sur les plages de Vanikoro
surtout les plages
confondues avec le paradis sous
des feuillages du ciel
en sauce sous
lequel paissent les plus insulaires

insolés moulus par les bouches des anges

le travail s'étale sur les plages
bonnes bouteilles à la mer :
les gamins boxent la houle
apportent les fruits salés
le jus miraculeux d'un remugle d'algues rouges

Mami-Ga prépare sous les palmes rafraîchies
les marmites de titan
bouillonnement venu des temps les plus reculés
burinés entre les pierres
avec la paresse comme encens océanique
l'ivre balancement des astres
- divinités nourries au sein laiteux de Vanikoro -

elle sourit et ouvre une faille sans
discussion possible et douce
elle referme en renfermant les secrets
Mami-coffre régale, le tablier sur l'épaule

On revient du large, le travail s'étale partout ailleurs
à la barque d'Enesco
une fois le crépuscule servi
la nuit s'allonge sur les dos courbés les épaules
ravagées par la langue suave du soleil

la peau cuivrée accueille la phosphorescence du rêve

se couvent les histoires aux paupières repues
le monde devient un matelas de sens
où la mer se tend et se détend
comme le drap d'une étoile douce en terminal
qui laisse fuir des regards, des regards qui s'échappent
se concentrent sur le cristal de l'âme
en diminuant le rugissement
progressif

une braise cajolée

les plus belles choses s'étalent sur les flancs de Vanikoro
du côté de l'autre-douceur
vers les criques les retraites lentes
les astres viennent prier - seuls témoins
du sable, du sel, du son mêlés en offrandes
d'un bonheur rare car jamais tout à fait  su

en descendant la dynastie du soleil

mercredi 8 novembre 2017

Radio du Miracle

Deuxième radio, en duo avec Alice.






Bienvenue dans la poésie haute fréquence
à gueuler dans des cors de chasse l'exaltation
l'oreille des paumés, moins que rien, rimailleurs revenus
des excavations
étouffés dans l'oreiller, terre des morts

morts morts dans morts morts dans morts...[problème technique]

les rades éclairés à la bougie à l'encens les parades de call girls
et les paillettes qui font star system au fond d'une boîte
de nuit de misère et ces choses-là filent des gueules
de bois d'extinction de l'espèce
quand vous tournez le mauvais
bouton


oui, vous ! tas de rampants, nuisibles, vermines, insectes
variés les suceurs d'énergie, ta vitalité contre un menu maxi best of
raclures inhumaines du moindre bon mot qui fleure
bon la posture du poète désespéré bon
glorifié dans son ridicule, bon à la contemplation bavante -
œnologues bien-tarés d'la paille, ceux-là boivent tous nos sangs de
poètes artistes inlassables bons
pompistes des nœuds de petits chefs
petits costards, grands bureaux, chaises
renaissance pause café à 4 balles

la différence entre vous et moi, je vais vous le dire
à coup de détox salace
à la roulette russe les desperados
à ce casino misérable de l'espèce littéraire en vue d'une succion totale des talents
ils sortent des bouquins - ignorent tout
de la virtuosité du son
quelques flots de bière
déconnent et meurent las seuls dans un linceul de satiété

loin de la révélation poétique d'envergure planétaire
qui boit patiemment des gouttes d'eau sur des corolles en chaleur
dans l'enfouissement d'une jungle - les œuvres de chaque artiste interpénétrées -
éclairée uniquement par un unique dieu


La mort avec un grand M, bienvenue chez Mac Donald
Votre menu est-il assez bien dosé pour l'atteindre ?
Où en sont vos yeux, font-ils l'extincteur ?

Quels chefs d'empire vous ont-ils arraché et surtout
Quelle gloire vous ont-ils arraché ?
A quel nombre avez-vous craqué ?


La loi a-t-elle affirmé le contraire ?


Ne regardez-vous pas l'usure et le temps mis ?
Éteignons les gaz. Plus de questions.


Écrivez.


Il n'y pas de mal à tendre la main
La grossièreté du geste ne peut contenir du doute
Tendre la main.

Je ne sais plus quoi poser comme question !
Il est inconcevable d'hésiter
Hésiter est le signe que vous vous questionnez
Et que la question ne vous plaît pas
Que vous êtes ridicules
Qu'il est difficile de revenir au niveau beta
Que la soumission à l'autre est à la fois vaine et probante !


Revenons en au cas !


Existe-t-il de la patience dans cet entremettoir conceptuel ?
S'il s'agit d'un sursaut de question, quelle est donc cette question ?

Dois-je réexpliquer l'histoire
Dois-je répéter pourquoi je suis là à écrire


J'écris d'autant mieux que tous vents
Je ne vous rends que la vie plus belle
Et sans rancunes, sans rançon
Non plus pour moi vraiment

Mon cœur est en raison de plaies, béantes
L'amas-ci étoilé comme ceux qui n'ont qu'un
Patient ancien à dévoiler
Il est toujours guerrier
A ses mains se dessine l'âge
Amer de ses refus
Le monde l'a eu et il n'y voit
Jamais obsolescence

Et puis Dieu criant ses signes, l'ultime radio
L'existence même naquit de lui
Accommodée aux fluctuations de la nature

Noir continent toujours en peine
Les vents creusent en vous la certitude de mourir bien trop jeunes
Dans un corps ne vous appartenant pas, c'est facile, expliqué
Du à rien parait-il, même pas à nos mères pour certains.


Prenons l'instinct,
J'échappe à ce mystère, pas pour bien longtemps,
Le sort l'emporte : JE NE SUIS PAS UN AUTRE.
Je meurs sans avoir été, peut-être demain
Lorsque la radio aura recouvert le monde
Chacun entendra le miracle.


Qui sera chanté en gospel draconique, la chair-d'écaille
lancé à l'armée chauffée à blanc par les autodafés des derniers mômes
martyrs la fleur dans la plaie du fusil
brisés, ouverts en deux par la foi poétique
les voix des prêcheurs qui incantent à toutes les radios de tous les siècles
de s'emparer du trône
la voix de vérité
la puissance
l'absence de remords devant les charniers d'arbres
Le discours du grand Miracle sur tous les canaux auditifs de la Société
La Science Poétique et le diktat des poétariats tardifs
unifiés par la douleur dans le dernier mot

Dans l'ère sacrée de la poésie comme meilleure publicité
en affiches sur tous les miroirs courant les mers
elle fait vendre les mots et les choses, les trucs, les bidules, les machins
inutiles et nécessaires
la pub-poésie, le poker-poème, le pognon-vers comme miracle insensé
pour racheter des conduites
dont nous n'avons pas besoin encore pour produire
des slogans d'étendard
punchlines, postures, allures, silhouettes, des vêtements
d’apparats sur une ligne
pour bien paraître et beau et bon au grand défilé des chochottes vides
vides vides vides dévi dévi dévi de dévidesdévide
au champ d'honneur

[problème technique]

Répétez après moi
J'écris
Sans autre forme de conjugaisons
J'écris
Répétez encore une fois

Oui. Écrivez dans des patois connus de vous seuls
L'élan des mots dans les respirations vendues à 2 billets bon marché
fast-foods immenses de l'écrit-ratures
les ratés font la queue et les soleils tournent sur eux-mêmes
en claquant des langues à l'encéphalogramme écrit de soubresauts
survivances
survivalisme face aux hagards qui tentent
en vain misérables
néantiens-tiens-néant tiens-tiens
le retour aux sources

Le Miracle n'attend pas, nous crions dans les micros
- puisant l'ultime énergie -
ils descendent du ciel et répètent dans les saintes ratures
Écrivez ! Foutreciel !
à toutes les radios de communiquer sur haute fréquence
les chroniques d'espérance, les tubes musicaux oubliés
au fond des bacs les poètisants mis sur cd-rom re-re-re
rewritable les premiers re-re-re-ressuscités

sortir nu de ses peurs et de ses afflictions
pour mieux fréquenter dans la crasse des mots vidés
les affligés qui pleurent
les sourds qui arrachent les boutons des livres
les croyants qui songent à leur salut
emplis de ténèbres, la masse auditrice en avance
avance en attente
attend

qu'un problème technique sur-
vienne que le prochain invité
soit la réponse à toutes les questions laissées en plan
un jour de grande écoute
le miracle n'est pas de ce monde, enfants qui surfent sur le tonnerre
des langues en attendant la suite après la pub la thune les matos et les followers
après ma mort même, après ma religion même
même après l'apocalypse comme un grand magasin de luminaires en feu

J'écris sans négation

Sang nez gars Sion !
Les pages vides attirent le gros lot
L'infanterie à soif.

Allô Docteur des miracles
Ou range t'on nos sabots ?
L'amour, l'amour, l'amour !
Ma gorge a perdu non sans indifférence le fameux moment important dans
Le passage aux aveux des champions
Le repère astral.

Il ne suffit plus de déposer à charge une contradiction
Il faut aussi en adopter les supplices
De la corde raide que je tiens du fond du trou
Je vais remonter comme une pâquerette
Et vomir des fleurs de magnolias...

C'est aberrant d'accepter encore de nos douleurs
Quelles aient une cohérence !

Je puis ce soir convenir aux réponses
Il est tard désormais c'est la longue
Nuit qui se propose, jusqu'à la rive lointaine comme le vent
A cette heure calme nous irons,
Que lune soit pleine ou ivre.
Le miracle toujours se produit
Il est lumière et le reste
Mais un garçon c'est bien souvent un abruti...

Les moucherons suivent eux aussi la radio
Et ça capte pas mal de choses les moucherons,
C'est pas pour rien l'expression je vous le dis !


La parole se diffuse depuis les antennes des comptoirs
des happy hours de la poésie
sans majuscule

C'était un instant miraculeux chopé hors de toute connaissance
un poème haute fréquence
sur la station spatiale de nos vocalises

envoyées ça et là aux quatre coins de l'univers pour clamer en radio libre
nos beautés en révolution
miraclantes

C'est là que nos chairs espèrent se prendre à la roue
Prises à regretter ce que leur cœur disait à leur caveau
Voici les Djinns en quatre temps ou de la facilité donnée par le maître
Ainsi alors, voyons comment se déroulent codex et foi sans compter.
Le tout a frôler par miséricorde puisque s'obtient ainsi le pardon
Que je gagne à soumettre au large spatial
Sans radeau de probation.
Miracle, puis-je avoir une nouvelle part ?

Le gâteau fût parfait et la cerise en faîte
Avait le goût du rubis des royautés
Je narguais la plèbe, enrhumée au balcon de ma plaine
Les rocailles internes grondaient et remontaient pour garnir ma bouche
De la putréfaction des haleines de ces gens !
De cette interrogation tardive (de menant-allant), comment pourrais-je mourir ainsi
Telle, puisque, ce gars de merde, je puis encore en accepter le réalisme ?
De fait
Je suis
Une merde.

Étrangeté des masques, ma vie se faufile
Je n'ai plus de marques
C'est le cœur en grande partie qui me mène
J'ai plus de sentiments que si j'avais mille ans
Je ne dis plus mon nom
Je ne dis plus sans planches : "à qui saura  l'entendre" sans penser à ce passage
Que toujours se souviennent : la radio est monarque
Et que le soleil se plaigne ou qu'il ouvre les bras
Il sera votre repos.

Nerudina





La concierge disait toujours
"votre poésie est un tango douze"
le pied alerte
la cuisse forte signe des femmes
un peu libres
de ces nerudinas dont on causait
entre deux voisins
un verre pour parler de nos nuits
si jeunes, en éveil - en idiot, fier et fort

- Petite nerudina
Tu t'habillais de mes rideaux éclaircis
transparents dans la chaleur
transpirants d'une passion
d'une seule heure, une heure vive
brûlés nous étions par le soleil
transperçant
le store qui étouffait l'amour
en vocalises
d'une cantatrice de la vie

à faire râler le quartier assemblée
de fenêtres ouvertes
de linges suspendus entre l'orage
nos débats dansaient sur les cordes d'or
au-dessus de la misère à cris de mômes
des cours intérieures

- Maruca !
- Neftali !

Maintenant
les râles résonnent sur l'étagère
à côté des tiens signés Nerudina

J'ai arrêté d'écrire des tangos douze
le long des marelles sur les doigts
de la société poétique en crevance

L'alexandrin défait, vaincu
a délaissé les nuits dansantes au bras des jupes
maintenant si l'éveil s'installe en confort
dans l'allure de l'ami et du confident
désormais les parquets connaissent mes rythmes

maintenant, je tape ton nom du pied

vendredi 27 octobre 2017

Inktober (troisième jet)




Trail



Sur le chemin de son âme
j'ai croisé des sorcières en débat
sur les sortilèges d'une époque
et la potion légendaire d'un gin ancien


Sur le chemin de son âme
j'ai croisé des esquisses vivantes
des estampes de ses nus pudiques
le portrait de son jardin de couleurs


Sur le chemin de son âme
j'ai croisé les femmes fatales fumeuses
du siècle dernier, les muses enfouies
dans les poèmes des hommes minables


Sur le chemin de son âme
j'ai croisé les rires francs et généreux
les sourires faciles ou profonds ou bien
quelquefois, mystérieux et célestes


Sur le chemin de son âme
j'ai croisé des histoires et des rêves
en sang en joie en pleurs en éveil surtout
la conscience et les arbres au ventre


Sur le chemin de son âme
j'ai croisé des voyageurs et des poètes
des drogués, des géantes, des artistes
des fêtes de la vie, des carnavals du bonheur


Sur le chemin de son âme
j'ai croisé un miroir de jade ancien
exotique et pourtant si familier si proche
que j'ai remonté la route tout entière


vers le chemin de mon âme






Juicy



J'aime boire à ta pulpe
comme on boit une liqueur
de fruits mûris au soleil d'amour
aux rayons puissants
de nos baisers qui rayonnent
éclairent un peu mieux le monde
triste et fade en ses ténèbres


J'aime boire à ta pulpe
comme on boit l'eau de pluie
se rafraîchir les pensées nos fleurs
de méninges, nos soucis, nos fleurs
quotidiennes, nos coquelicots
rougissant sur nos joues
dans le noir dans les draps dans le flou


J'aime boire à ta pulpe
comme on boit une absinthe
forte en herbes en arômes fols
puisque te voilà sucrée, de sourires
confite de joie contre ma peau à rires
mes lèvres chaudes qui te goutent
fentes émeraudes qui se retrouvent


J'aime boire à ta pulpe
comme on boit un bénitier
un blasphème au mieux oui
une impolitesse à voir, peut-être
si tu fais de ton coeur une religion
si je fais de nos regards une nation
et si, fusionnés en cascade de chaleur
nous devenons un océan juteux de joie






Blind


Chaque moment de création
doit se faire dans la plus complète cécité
pour ne plus voir
les obstacles les remparts les murs les héritages
tout ce qui nous ceint
tout ce qui nous tue
petit à petit si nous gardons les yeux ouverts


être aveugle, créer avec les mains
une sculpture sans voir le monde autour
plonger dans le noir profond et intime de son être
pour faire émerger, sans le savoir
la nouvelle couleur qui changera le spectre du monde
au royaume des borgnes
les aveugles n'ont pas de roi


mais des reines s'emparent des trônes parfois
les muses impériales sont des étoiles
et nos lunettes
ne voient pas plus loin que la fin du dernier vers








Ship



Un jour nous partirons en clandé
sur les cargos d'Arthur Guinness
nous gouterons à la première classe
comme des aristocrates anglais
nous ferons la traversée des bars
la tournée avec une bonne centaine
d'escales de tournées de verres pleins
nous chargerons les soutes, nos cabines
et avec un équipage d'oenologues
tous plus pintés les uns que les autres
mais professionnellement - enfin !
nous découvrirons le monde sur la langue
dans un baiser sur le ponton supérieur
avec une bière brassée supérieure
une stout noire comme la nuit
puissante comme un cri positif
brune comme un sexe qu'on tire
la mousse sur les lèvres dépose
une petite mort en bouche tourne
autour de nos verres d'amour s'allonge
le temps sur les cargos d'Arthur Guinness






Squeak



Quand le parquet grince en rythme
les deux enfants du siècle s'agitent


C'est la devise de quelques voisins
qui râlent un peu pour la forme mais...


Pas assez fort contre leurs grincements







Climb



L'homme qui escaladait toutes les montagnes
ne se tournait que vers les multitudes à ses pieds
sans voir juste au-dessus de son petit crâne
les anges se moquer de lui à quelques mètres


Au-dessus du ciel où personne n'habite
sinon nos rêves d'ascension séraphique



Fall



Au dessus du ciel où personne n'habite
sinon nos rêves d'ascension séraphique


les anges se moquait de l'homme supérieur
sans voir que les étoiles sciaient sciemment le ciel
ils ne se tournaient que vers la multitude à leurs pieds
et l'homme qui chutait avec eux sur le versant


(the end)











United


La poésie est un mégaphone dans une manifestation débilitante
on entend encore, entre la vie, les substances et l'orgueil
"Poètes de tous les pays, unissez-vous"
et la foule d'enfants avides comptait ses sous pour son propre compte
dans l'unité sacrée et indiscutable bien sûr
du tout pour ma gueule et le reste aux rats



ou comment distinguer le talent de la tendance très actuelle
de compter ses followers, viewers, lecters, announcers, trailers
puisque l'unité s'ignore quand on doit en compter le plus possible
des uns plus uns plus uns plus uns plus uns plus uns
qui sont tous au bord d'une solitude qui crève devant un miroir







Found



Un mec avait créé un jour
un livre des poèmes trouvés
comme les objets trouvés dans les transports
ou sur les plages, les forêts, ces lieux
où la contemplation fait oublier l'essentiel
enfin presque, on se comprend


un livre, un boîte des poèmes trouvés
abandonnés, déchirés, laissés pour morts
ça leur donnait une nouvelle vie
une deuxième naissance une fois guéris


loin des êtres qui laissent quelque part des oeuvres
après la laisse, la mort
après le nom, le vide
et après le livre des poèmes trouvés
la postérité moqueuse et sans doute un petit peu
justicière ?









Mask



Tout ce que j'ai écrit
est une invention
une fiction
qui porte mon nom
qui est une décision
une émotion

tout ce que j'ai écrit

samedi 21 octobre 2017

Inktober (deuxième jet)




Shattered



Au bout du tableau
sur la pointe des cheveux laissés en désordre
sur les avenues noires de la folie
du châle noir aux cheveux noirs d'Hepzibah
vivaient encore des pulsatilles brisées

des bouts de choses enfouies au sous-sol de l'impensable
l'émotion encavée le déferlement du mal
et ces petits riens qu'on cache à la vue du monde impossible
sans drapeau
sans étendard
que des fétiches fracassés, cassés en deux

pour avancer malgré les félûres, visibles presque
invincibles presque
qui rayent l'âme et l'illuminent comme un vitrail qui aurait trop vécu
sur le châle noir d'Hepzibah

les pulsatilles ont le goût du sang au contact du couteau
des lames qui pénètrent si fort le coeur
qu'il devient interdit de vivre
et pourtant,
sur les routes noircies de la folie les émotions pulsatillent
la mer alors à le goût des bracelets qu'on garde autour du coeur
en souvenirs de cure
à la mémoire des astres filants dans l'espace illimité
du temps qui fait blanchir les mots
comme des mèches bouclées furieuses enflammées
ont pu malgré toutes les brisures intimes
dans l'infime, aimer la souffrance

être vivant au bout de ces choses qu'on enfouit au sous-sol
dans l'orage éternel d'un ciel impossible
les cheveux noirs d'Hepzibah






Teeming



Les rues débordent d'une vitalité en voie d'extinction
dans le cynisme, le nihilisme, les réseaux sociaux
la télévision, le système, les verres à la chaîne
l'absence de tout alimentée par les plus absents, les plus
désespérés de ne rien faire
ce monde grouille de vide
et le vide le lui rend bien

Les immeubles s'éclairent de vies en voie d'extinction
patiemment, dans un long travail de sape
il s'agit pour les supérieurs hiérarchiques, les dirlos
les commandeurs, les décisionnaires, ceux qui tiennent un truc
quoi que ce soit pourvu de tenir un truc
de tuer dans l'oeuf ce qui remue, ce qui bouge, ce qui ressent
on envoie la guerre sociale sous d'autres formes

mais
ce monde définitivement grouille de vie
et le vide le lui rend bien

par vertige, dans l'éveil de la conscience
les rythmes lents des jours furieux prennent consistance dans les nuages
comme un boléro soudain qui va renverser
ces gens éteints qui nous confisquent les clés du bonheur




Fierce


Je mords comme j'écris
Je mords comme je chante
Je mords comme je parle
Je mords comme je ris
Je mords comme je joue
Je mords comme je pense
Je mords comme j'imagine
Je mords comme je rêve
Je mords comme je marche
à décliner à l'infini

Je mords comme j'invente la vie
dans le goût d'une peau
et la férocité puissante qui garde en bouche
l'instant où son cri résonne
l'instant heureux
l'instant exquis
que je mords avec tendresse




Mysterious


Engoncée dans son chapeau d'Albion
ses cheveux incendiaires n'éclairent plus mon monde

Enfoncée dans son manteau d'or d'émeraude
de tous les motifs de mes synesthésies d'amour

elle part en voyage, un instant hors de moi
de ma présence et de mes regards

un mystère surgit entre deux âmes, à un moment
coupe le lien, renoue les solitudes de naguère

un mystère que l'on voit bien s'allonger sur la plage
lointaine qu'on ne comprend pas

qu'on ne voudra jamais tout à fait comprendre
puisque elle est l'unique rose de ma jungle

secrète et mystérieuse





Fat


La grosseur est parfois flatteuse
quand elle en parle depuis son porte-cigarette et son boudoir
comme d'une sucrerie interdite
qui colle un peu trop aux dents




Graceful


J'ai donné des cours d'élégance
à l'assemblée des âmes en présence
option théâtre et option danse
j'ai donné pour plusieurs licences

J'ai donné des cours d'élégance
des heures de poésies avec insistance
on en réclame chez les instances
les hautes sphères en révérences

J'ai donné des cours d'élégance
la tenue et le maintien qu'on avance
le regard qui rêve et puis qui balance
du rêve au réel les mots et la chance

J'ai donné des cours d'élégance
Entre Louise Brooks et toute ma France
Poètes, chanteurs, cette maintenance
Des mots de l'âme du coeur des panses

J'ai donné des cours d'élégance
Honoraires libres et sans dépenses
Master de la vie revue si elle s'élance
Vers l'horizon et quelques vacances

J'ai donné des cours d'élégance
Si l'humanisme un jour ensemence
Les terres et les générations en partance
Allez, une nouvelle heure avant le silence





Filhty



J'ai aussi donné des cours d'insultes
Mais ça devenait un peu trop culte
Les ignares adorent pourrir l'inculte
Or l'insulte mérite mieux
qu'une culbute





Cloud



Ils passent en silence pour nous faire rêver
se perdre en eux, à deux parmi leurs nuées
Ils passent en troupeaux pour nous faire aimer
La transhumance patiente des illimités
D'une grande migration éternelle, de mystères
chargée, de contemplation ravie, le lointain
en coton magnifié, drapeaux impossibles aussi
de quelques états célestes aux anges de guerre

Aux soldats de vent pour des moussons sans fin
Les bancs merveilleux des cétacés grisonnants
Rugissements parmi les siècles, tableaux éternels
Ils passent en silence pour nous faire écrire encore
Encore dans le temps qui ravage le sol en souffrance
Loin des légèretés humaines et des bassesses sourdes
Le nuage joue de l'alchimie et sa métamorphose constante
provoque chez nous le rire de dieu et celui du fou





Deep



Chaque couleur porte en elle la profondeur
et la légèreté
l'approfondissement de son essence
ce qu'elle dit
ce qu'elle donne à ressentir
comme une épice
unique au monde

s'enfoncer dans les gouffres d'une couleur
est un travail pour le plongeur mental
le palais devient océan
les neurones une jungle
les yeux blanchis à la face du mot
nagent et se noient patiemment

pour fonder dans la chair des lettres une nouvelle couleur
dense et légère sur la langue échauffée




Furious



Écrire se fait furieusement
pour un enfant de colère qui jamais ne se calme
ni ne se calmera

La colère agite le bocal à rimes
où tournent, poissons fidèles, des poèmes rougis à la marque
des esclaves du mot

Avec furie, fureur des siècles
Qui connaissent chaque parcours du tatouage de guerre
brûlé au feu des batailles poétiques

Dans les forages minutieux
Puisque l'ardeur du dessein se fait au fond de la terre muette
au fond des tunnels, la rage

La mise en danger, l'énervement
Ont mis la beauté entaillée par nos ongles d'encre
des griffes endiablées

Sur nos Muses qui ne souffrent d'aucun vaccin véritable



mercredi 11 octobre 2017

Inktober (premier jet)




Swift 



Le vers est le sentier le moins rapide
pour aller d'un point a à un point final
quand fourche la langue
se manque la rime
s'enfuit au loin le train
du dernier poète
misérable et silencieux qui y croit encore
un peu
vite
plus vite encore
à la vitesse de sa parole
la puissance de son expression
la distinction la clarté et enfin
l'élégance dans la diction


tout cela meurt dans une patience infinie
qui laisse longuement éclater ses fruits
dans le long temps
et cruel
et dur, et fort, et lancinant
puisque le vers est le sentier le moins rapide
d'un point a a un point final.





Divided 




M - Es-tu là ?
LP - Je suis toujours là.
M - Oû ?
LP - Entre ton âme et la nuit qui se fait blanche.
M - Comme un spectre noir, tu reviens, toi mon frère, toi mon...
LP - Je ne suis jamais parti. Je somnole, froid et amer
M - Qu"as-tu fait ?
LP - A ton insu ? Mourir. Je suis mort plusieurs fois dans le même cataclysme.
M - Le jour reste ton ennemi, c'est cela ?
LP - Le jour est l'adversaire inévitable pour le rêve lucide. Tu es aveugle et tu peins des mondes qui n'existent pas. Ou plus.
M - Non, il s'agissait de nos mondes. Ton berceau. Ta voix. Ton corps.
LP - Que t'est-il arrivé ?
M - J'ai essayé de survivre à ma gueule brûlée d'encre.
LP - La chirurgie poétique, ton grand rêve.
M - La science poétique, mon dernier rêve fou.
LP - Le progrès, la science, l'évolution, la médecine poétiques. Toute cette cuisine ravalée plusieurs fois. Je l'ai vomie. Tu le savais avant : seuls comptent ce que nous étions.
M - Ce que nous sommes.
LP - Plus maintenant. Tu es parti, tu as fui loin. Comme fuit le soleil sous la mer.
M - Elle est retrouvée...
LP - Quoi ?
M - L'éternité, nous l'avons lue ensemble. L'éternité est retrouvée, et j'en reviens.
LP - Qu'as-tu appris ?
M - Que je n'ai plus besoin de ta voix qui portait dans le gouffre. Les tranchées de boue d'ombre d'eau-forte et de gnôles d'âmes, tout ça est terminé.
LP - Change ta majuscule, et Dieu crève un peu dans tes veines en feu.
M - Peut-être, mais tu es du voyage, que tu le veuilles ou non.
LP - Je ne veux plus rien. Je ne suis qu'un concept, une notion. Un apprentissage. Une déraison.
M - Alors tais-toi, mon autre reflet, et agonise lentement. La poésie se mange toute seule.
LP - Par cruauté.
M - Par vitalité. Du son.
LP - Par le mépris des escales passées. Les pavés battus meurent de t'avoir connu.
M - Rien ne meurt tant que je ne l'aurai pas décidé - dans et par les mots.
LP - C'est donc ça, ton secret ? Posséder le monde dans ton verbe ? Aporie !
M - Non. J'ai pour ambition de compresser l'univers. J'ai des respirations de galaxies furieuses dans chaque poumon. Je parle la langue des apocalypses cérébrales, de toutes les folies mentales, et j'ai créé des dialectes d'un instant. J'ai suivi les alchimistes, les altruistes du vers, les morts-de-tout, les affamés d'absolu, et les forçats des crânes. Ma peau est le réceptacle compatissant de ce monde malade. Mon cœur écoute et crache la bonne parole aux cétacés immenses, et dans la suspension des événements, je ris encore d'un regard présenté comme un ciel d'été. L'impasse est entre tes murs, jamais dans mes horizons.
LP - Alors tu n'as plus besoin de moi, ni de personne.
M - J'entre dans les rêves de tout le monde, sans que le mien l'ait su. Je ne connais qu'une seule division : l'originelle.
LP - J'ai terminé ici ma mission.
M - Jusqu'à la fin des siècles, la vie partagée.






Poison



Le vers est dans le fruit
et le lecteur croque volontiers dans la pomme
le poison se répand dans le sang des âmes
et crache quelque émotion maladive et étouffée
la poésie est une maladie du cerveau 


encore faut-il en disposer librement.







Underwater



Des bulles remontent des profondeurs
Les voyez-vous ?
Des airs s'échappent vers le ciel surface
Les entendez-vous ?
Des dialectes courent le long des golfes
Les parlez-vous ?
Nous parlons, nous l'autre peuple de la terre
Les langues qui passent dans les tempêtes
Dans les furies enfouies dans le fracas du sel
Et nous savons de vous, vous blêmes et froids
Les rictus pauvres et tendres des noyés


Des nageoires transpercent les ondes du monde
Les suivez-vous ?
Des évents soufflent la vie au vent des larges
Les respirez-vous ?
Des yeux vous guettent de voyage en voyage
Les voyez-vous ?
Nous allons, nous ne faisons qu'aller partout
Dans les villes abyssales qui s'enfoncent
Au bout de l'obscurité, au loin vers le fond
Le fond de la terre où l'eau se noircit toujours
Pour mieux garder nos secrets en coquillages




Long 



Il écrivait de longs vers pour y dire plus de choses, importantes et essentielles sans doutes
et puis il n'eut jamais assez de feuilles
pour tout dire




Sword



Un stylo vaut bien une épée
La feuille un bouclier
et on envoie des cohortes de poètes
d'écrivains armés pour la guerre
Ainsi bardés de belles figures pour prendre la pose
le poing levé jusqu'à ce qu'on vienne les
abattre tôt ou tard 


Une fois sur le champ de bataille
quand l'escroquerie apparaît
Ils ne possèdent que leur misère
D'autres leurs orgueils, ou la blessure
Puisque dans le miroir du sang
Ni la feuille ni la plume ne font bonnes
armes quand il faut se battre
Contre les chimères sorties des brumes
Et les éclats de la vie tapés des bombes


Le reste de la compagnie manquait de tripes
disait le soldat solitaire au milieu des morts
Alors qu'il retournait dans sa campagne insulaire
parmi la mer de blés mûrs, ses enfants
et il s'arrêtait en cassant son matricule
il pensait à sa femme il se disait
arrêter de penser à se battre pour une cause
puisque chaque homme ne dispose d'aucune arme
sinon une épée qui tranche le destin rieur




Shy



Elle prit son temps, roula ses yeux au fond du ciel
voulut se faire bois pour devenir la table qui servait
leur repas d'amoureux transis


Elle prit son temps, ses yeux descendus du ciel
palpitaient avec la tendresse de l'évidence à dire
juste à dire sans rougir


Elle prit son temps, ses billes d'azur s'allongèrent
d'annoncer l'émotion exacte, la faire jaillir enfin
un je t'aime timide et fou







Crooked



La peinture de la nuit
est un dos courbé traversé
d'entailles rondes
descendantes
profondes
sanglantes et bavardes


La peinture à l'arrache
est un dos pour une dessinatrice
qui utilise ses doigts précieux
en couteaux tirés
sème les étoiles
en tranchant dans le vif


La peinture couleur chair
prend les rondeurs des draps
chauds qui pioncent
comme une sculpture
antique et belle
qui ronfle peut-être un peu


Comme une peinture vivante qui brûlerait
d'infamies d'artiste





Screech



Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
Elle poussait ce cri pour faire semblant
mais ce qu'elle voulait
se situait exactement entre chaque lettre


comme un secret bien hurlé




Gigantic



Il passe au fond du ciel
A pas lourds de géant
Il passe du fond du ciel
Aux semelles de vent 


Encore assis au bar
Le fier Mongol poétise
De l'absinthe et de l'art
Quand le souvenir l'attise


Parmi les luttes et les rêves
Les discours à l'assemblée
L'exil et l'idéal sans trêve
Il écrit des vers par milliers


Trouver plus loin que le réel
Pour un groupe de rouges
Refaire les mondes en surréel
Si la liberté jamais ne bouge


Jouez, jouez une fois au moins
De toutes les façons possibles
Jouez avec vos vies sans fin
L'essence de l'univers en cible


Des paroles simples s'envolent
Sur des cahiers de mômes
Sur les cheveux noirs volent
La fumée du poète fantômes


ENVOI
Les géants rimailleurs nous laissent
Des traces de vers et de rimes vieillies
En vers d'ailleurs, libres et sans laisse
Leurs hauteurs attendent la prochaine poésie






Run



Les couleurs courent derrière les mélodies
Disait-on chez les poètes
Les formes courent derrière les couleurs
Le sens suit en soufflant, à la file
La compréhension tente de doubler le peloton
Et puis ça s'arrête
ça repart
ça fait une pause
ça discute fermement
et une échappée soudaine, inattendue
reprend la course folle qui continue sur les chemins
aléatoires de quelques joggeurs du dimanche
concentrés sur leur musique
solitaires exténués


Tout ce monde fuit en avant
la beauté en guise d'arbitre