mardi 12 décembre 2017

En finir




Notre rôle est su depuis l'enfance -
Ses grandes personnes en décor
De toutes évitons leur ignorance
Puisque nous veillons les morts

L'humain respire inspire la haine
Que l'on doit reléguer sur les bords
Des nos âmes fleuries par la berne
Puisque nous veillons les morts

D'autres arriveront du feu des crises
Par tous les cauchemars en renfort ;
Nul ne fuit si nul ne se déguise,
Puisque nous veillons les morts

Trollage de deux enfants du siècle




C'est une déclamation nouvelle
pour dénouer le nu de ses peurs

au bout de dix ans
le temps se fait plus long pour ce qu'on est
devenir ce que nous sommes :
un bijou qu'on s'offre
à l'autre
pour mieux polir le goût du jour

durant ces jours de réinventions
ce qui nous ressemble
nous ressemblera :
vieillir heureux
vieillir à deux vieillir vieux
à deux comme jamais deux oiseaux
jamais n'ont vécu

Si les lendemains ne chantent pas
ils jouissent
réveillent l'enfant sauvage qui gambade
l'entre nous seul

J'ai passé ma vie à lui écrire
dans une langue inconnue
pour qu'elle me reconnaissance
comme sa somme
un écrivain privé et sa dernière lectrice
une âme perdue
pour mieux caresser
la sienne qui attendait son jumeau

nous sommes de toutes les époques
chaque famille retenue
réunies à l'heure grave qui tinte sur toutes les horloges
traversées hideuses
dans la minute fabuleuse solitaire avant la belle apocalypse
nos heures sont de rire
l'espoir s'y accroche
nos heures sont de vivre

Elle commence à parler dans mon patois
avec des gants chauds autour de mes mots
l'élégance dans l'émotion
crème suprême
pleine et entièrement riche
exactement riche dans l'amour' comme on va simple
de libertés

Jusqu'à devenir vitale
depuis mes vols mondiaux
et les envois artificiels sur le globe de mes feuilles verdies
à mes caviars de braise
la conscience neutre qui mue et me crie
dessus comme une vieille femme désabusée par mes mondes
si je hurle et déclame la joie
d'être quintessence

Elle rougira encore sous son chapeau d'Albion
avec son rire soudain, un éclair et l'éclat pur de l'Arcady
nature de ma jungle, elle
nudité de mon eden, elle

Voici une déclamation pour annoncer
le trollage poétique de deux enfants du siècle

Nous serons un typhon de présences,
d'amitié, de joie cousue, créations dans de l'amour
toujours en haut-parler : la conférence poétique :
nos chants de fusion, nos chants au loin
sont les mêmes partout à la surface du monde
et des choses légères et dures
qui font baisser la tête, d'une larme d'un sourire
d'une danse infinie pour fêter la mort le jeu

PS. Juste à nous, au secret au chaud
sauvages

dimanche 3 décembre 2017

Mon dancefloor est sa peau de succube






De la merveille relèvent les stars-sorcerez
pour la démonologie &  chaque mystère
des lunettes noires, effrayer d'un cri
seulement les corbeaux-sms messagers

Des marabouts ont rêvé en silence coi
de ses mains gelées-guérisseuses-de gare
trempées dans la salive magmatique solaire
au fer de ses yeux, feu et glace - d'enfers

à fondre sur les pistes bicolores les azurs
les tarmacs de contrebandes au marché désastre
les habits gouttent en semences de cétacés
quand les rêves avortés trémoussent l'étouffement

Si mon dancefloor est sa peau de succube
la parole en rires devient une lyre de D-
-J et de joie et pour ses genoux - "oh..
..elle ne guérit pas tout à fait de toi".

J'entends ailleurs brûler les pieds des femmes
dans la logique d'un poème policé sur l’âme ponce
l'enfer poudroie la saveur d'une sueur nacrée
une lueur d'eau-vive comme perle de transe

Elle était seulement une pierre qui coule
au fond parmi les sinistrés les tempêtes du style
les genres, faibles caresses froides de passion
Puisque le démon lui donnait tout son or

Elle le sait, les mains illuminées sur la ville
Sont des mains d'assassin de sa propre vie
Celui qui va la tuer année après année après
l'enterrer comme on enfouit son étoile

Le diamant pur qui fait hurler le cœur-klaxon
sur toutes les murailles de tous les châteaux-morts
de cartes il s'envole sous la lune jaune - loupe
à l’œil de loup - ton obsession sublime

Nulle leçon, les oreilles placées près du sein
dialoguent et refont la philosophie des pores
celle du carnaval, celle des monstres, des masques
Une symphonie de réveils en médaille

Mon dancefloor catapulte mes lèvres
accroche mes ouvertures à tous les feux
qu'elle entrouvre d'un seul sortilège mortel
La petite mort qui palpite au même chaudron

Penché sur le gin infernal servi dans le coin
qui la remplace un peu et fait pousser le vice
je la laisse conduire seule mes nuits : "oh..
..tu sais, elle se soigne encore de toi".

Des morsures infligées dans le sombre nous
le sang ruisselle comme une belle déclaration
Si mon dancefloor est sa peau de succube
je danse en gardant secret son joli surnom


envoi


Dehors des fourgons font la révolution des vers
Et ne comprennent pas l'entendement de l'enfer

mercredi 29 novembre 2017

Granville Street

(kanaka)




de l'autre bout sale de la baie 
toujours l'autre bout de la sale baie 
des totems viennent prier
des orques font défont en plongeons 
la grammaire du rêve
au vent, au vent 
sur le rail de Granville Street

roulent deux perroquets, foutus 
piafs enfoncés de folie 
ils jactent jamaïcain les soirs de match 
à côté
le jukebox crache à côté
le barman racle 
le sol 
sous la voix rauque de Johnny Cash

la ville éteint 
ses errements dans le noir
elle laisse les clés aux tankers 
embargo sur l'horizon
privation de la ligne 
flottaison
marchandisation 
des meilleurs weed shops du pays

ils laissent mûrir derrière les cales 
les soleils qui jouent des cors 
décor entre les îles :
montagnes mauves qui plongent 
entre les orques
les hauteurs sous-marines 
brumes de sel fracas touristique
les stations balnéaires des survivants 
de la grande chasse

bleues les montagnes comme des notes graves 
célestes
enveloppées de l'american dream
porté en étendard par une jeunesse camée 
de la rue 
emparée 
à quelques nombres de la Trump Tower
on placarde le rêve sans aucune syntaxe
qu'importe la façon...
les squats ont la gueule blanche ridée de la vieille 
liberté anonyme 
occidentale
ramassée à la seringue

la parole de deux perrots tarés sur Granville St. devient un rap

à se tordre le cou en passant au port
raisonner sur le verre bleuté 
reflèter l'élégance 
quand la CBD décline toutes les soldes 
du rêve 

au bon souvenir rouge et blanc
le tabac
la fumée magique 
de Swanee-Gee depuis s'étire 
l'oeil des perroquets
comme le piment en pommade de la Jamaïque 
croqué sur Granville St.

sur un canapé noir, effacer l'ardoise complète du ciel
couper ses propres rêves au couteau
des poèmes en paiement
à un oiseau nommé Louis XXX qui jacte une langue 
de fou tout droit en feu 
sur le rail de la Granville Street

mercredi 15 novembre 2017

Vanikoro





Le travail s'étale sur les plages de Vanikoro
surtout les plages
confondues avec le paradis sous
des feuillages du ciel
en sauce sous
lequel paissent les plus insulaires

insolés moulus par les bouches des anges

le travail s'étale sur les plages
bonnes bouteilles à la mer :
les gamins boxent la houle
apportent les fruits salés
le jus miraculeux d'un remugle d'algues rouges

Mami-Ga prépare sous les palmes rafraîchies
les marmites de titan
bouillonnement venu des temps les plus reculés
burinés entre les pierres
avec la paresse comme encens océanique
l'ivre balancement des astres
- divinités nourries au sein laiteux de Vanikoro -

elle sourit et ouvre une faille sans
discussion possible et douce
elle referme en renfermant les secrets
Mami-coffre régale, le tablier sur l'épaule

On revient du large, le travail s'étale partout ailleurs
à la barque d'Enesco
une fois le crépuscule servi
la nuit s'allonge sur les dos courbés les épaules
ravagées par la langue suave du soleil

la peau cuivrée accueille la phosphorescence du rêve

se couvent les histoires aux paupières repues
le monde devient un matelas de sens
où la mer se tend et se détend
comme le drap d'une étoile douce en terminal
qui laisse fuir des regards, des regards qui s'échappent
se concentrent sur le cristal de l'âme
en diminuant le rugissement
progressif

une braise cajolée

les plus belles choses s'étalent sur les flancs de Vanikoro
du côté de l'autre-douceur
vers les criques les retraites lentes
les astres viennent prier - seuls témoins
du sable, du sel, du son mêlés en offrandes
d'un bonheur rare car jamais tout à fait  su

en descendant la dynastie du soleil

mercredi 8 novembre 2017

Radio du Miracle

Deuxième radio, en duo avec Alice.






Bienvenue dans la poésie haute fréquence
à gueuler dans des cors de chasse l'exaltation
l'oreille des paumés, moins que rien, rimailleurs revenus
des excavations
étouffés dans l'oreiller, terre des morts

morts morts dans morts morts dans morts...[problème technique]

les rades éclairés à la bougie à l'encens les parades de call girls
et les paillettes qui font star system au fond d'une boîte
de nuit de misère et ces choses-là filent des gueules
de bois d'extinction de l'espèce
quand vous tournez le mauvais
bouton


oui, vous ! tas de rampants, nuisibles, vermines, insectes
variés les suceurs d'énergie, ta vitalité contre un menu maxi best of
raclures inhumaines du moindre bon mot qui fleure
bon la posture du poète désespéré bon
glorifié dans son ridicule, bon à la contemplation bavante -
œnologues bien-tarés d'la paille, ceux-là boivent tous nos sangs de
poètes artistes inlassables bons
pompistes des nœuds de petits chefs
petits costards, grands bureaux, chaises
renaissance pause café à 4 balles

la différence entre vous et moi, je vais vous le dire
à coup de détox salace
à la roulette russe les desperados
à ce casino misérable de l'espèce littéraire en vue d'une succion totale des talents
ils sortent des bouquins - ignorent tout
de la virtuosité du son
quelques flots de bière
déconnent et meurent las seuls dans un linceul de satiété

loin de la révélation poétique d'envergure planétaire
qui boit patiemment des gouttes d'eau sur des corolles en chaleur
dans l'enfouissement d'une jungle - les œuvres de chaque artiste interpénétrées -
éclairée uniquement par un unique dieu


La mort avec un grand M, bienvenue chez Mac Donald
Votre menu est-il assez bien dosé pour l'atteindre ?
Où en sont vos yeux, font-ils l'extincteur ?

Quels chefs d'empire vous ont-ils arraché et surtout
Quelle gloire vous ont-ils arraché ?
A quel nombre avez-vous craqué ?


La loi a-t-elle affirmé le contraire ?


Ne regardez-vous pas l'usure et le temps mis ?
Éteignons les gaz. Plus de questions.


Écrivez.


Il n'y pas de mal à tendre la main
La grossièreté du geste ne peut contenir du doute
Tendre la main.

Je ne sais plus quoi poser comme question !
Il est inconcevable d'hésiter
Hésiter est le signe que vous vous questionnez
Et que la question ne vous plaît pas
Que vous êtes ridicules
Qu'il est difficile de revenir au niveau beta
Que la soumission à l'autre est à la fois vaine et probante !


Revenons en au cas !


Existe-t-il de la patience dans cet entremettoir conceptuel ?
S'il s'agit d'un sursaut de question, quelle est donc cette question ?

Dois-je réexpliquer l'histoire
Dois-je répéter pourquoi je suis là à écrire


J'écris d'autant mieux que tous vents
Je ne vous rends que la vie plus belle
Et sans rancunes, sans rançon
Non plus pour moi vraiment

Mon cœur est en raison de plaies, béantes
L'amas-ci étoilé comme ceux qui n'ont qu'un
Patient ancien à dévoiler
Il est toujours guerrier
A ses mains se dessine l'âge
Amer de ses refus
Le monde l'a eu et il n'y voit
Jamais obsolescence

Et puis Dieu criant ses signes, l'ultime radio
L'existence même naquit de lui
Accommodée aux fluctuations de la nature

Noir continent toujours en peine
Les vents creusent en vous la certitude de mourir bien trop jeunes
Dans un corps ne vous appartenant pas, c'est facile, expliqué
Du à rien parait-il, même pas à nos mères pour certains.


Prenons l'instinct,
J'échappe à ce mystère, pas pour bien longtemps,
Le sort l'emporte : JE NE SUIS PAS UN AUTRE.
Je meurs sans avoir été, peut-être demain
Lorsque la radio aura recouvert le monde
Chacun entendra le miracle.


Qui sera chanté en gospel draconique, la chair-d'écaille
lancé à l'armée chauffée à blanc par les autodafés des derniers mômes
martyrs la fleur dans la plaie du fusil
brisés, ouverts en deux par la foi poétique
les voix des prêcheurs qui incantent à toutes les radios de tous les siècles
de s'emparer du trône
la voix de vérité
la puissance
l'absence de remords devant les charniers d'arbres
Le discours du grand Miracle sur tous les canaux auditifs de la Société
La Science Poétique et le diktat des poétariats tardifs
unifiés par la douleur dans le dernier mot

Dans l'ère sacrée de la poésie comme meilleure publicité
en affiches sur tous les miroirs courant les mers
elle fait vendre les mots et les choses, les trucs, les bidules, les machins
inutiles et nécessaires
la pub-poésie, le poker-poème, le pognon-vers comme miracle insensé
pour racheter des conduites
dont nous n'avons pas besoin encore pour produire
des slogans d'étendard
punchlines, postures, allures, silhouettes, des vêtements
d’apparats sur une ligne
pour bien paraître et beau et bon au grand défilé des chochottes vides
vides vides vides dévi dévi dévi de dévidesdévide
au champ d'honneur

[problème technique]

Répétez après moi
J'écris
Sans autre forme de conjugaisons
J'écris
Répétez encore une fois

Oui. Écrivez dans des patois connus de vous seuls
L'élan des mots dans les respirations vendues à 2 billets bon marché
fast-foods immenses de l'écrit-ratures
les ratés font la queue et les soleils tournent sur eux-mêmes
en claquant des langues à l'encéphalogramme écrit de soubresauts
survivances
survivalisme face aux hagards qui tentent
en vain misérables
néantiens-tiens-néant tiens-tiens
le retour aux sources

Le Miracle n'attend pas, nous crions dans les micros
- puisant l'ultime énergie -
ils descendent du ciel et répètent dans les saintes ratures
Écrivez ! Foutreciel !
à toutes les radios de communiquer sur haute fréquence
les chroniques d'espérance, les tubes musicaux oubliés
au fond des bacs les poètisants mis sur cd-rom re-re-re
rewritable les premiers re-re-re-ressuscités

sortir nu de ses peurs et de ses afflictions
pour mieux fréquenter dans la crasse des mots vidés
les affligés qui pleurent
les sourds qui arrachent les boutons des livres
les croyants qui songent à leur salut
emplis de ténèbres, la masse auditrice en avance
avance en attente
attend

qu'un problème technique sur-
vienne que le prochain invité
soit la réponse à toutes les questions laissées en plan
un jour de grande écoute
le miracle n'est pas de ce monde, enfants qui surfent sur le tonnerre
des langues en attendant la suite après la pub la thune les matos et les followers
après ma mort même, après ma religion même
même après l'apocalypse comme un grand magasin de luminaires en feu

J'écris sans négation

Sang nez gars Sion !
Les pages vides attirent le gros lot
L'infanterie à soif.

Allô Docteur des miracles
Ou range t'on nos sabots ?
L'amour, l'amour, l'amour !
Ma gorge a perdu non sans indifférence le fameux moment important dans
Le passage aux aveux des champions
Le repère astral.

Il ne suffit plus de déposer à charge une contradiction
Il faut aussi en adopter les supplices
De la corde raide que je tiens du fond du trou
Je vais remonter comme une pâquerette
Et vomir des fleurs de magnolias...

C'est aberrant d'accepter encore de nos douleurs
Quelles aient une cohérence !

Je puis ce soir convenir aux réponses
Il est tard désormais c'est la longue
Nuit qui se propose, jusqu'à la rive lointaine comme le vent
A cette heure calme nous irons,
Que lune soit pleine ou ivre.
Le miracle toujours se produit
Il est lumière et le reste
Mais un garçon c'est bien souvent un abruti...

Les moucherons suivent eux aussi la radio
Et ça capte pas mal de choses les moucherons,
C'est pas pour rien l'expression je vous le dis !


La parole se diffuse depuis les antennes des comptoirs
des happy hours de la poésie
sans majuscule

C'était un instant miraculeux chopé hors de toute connaissance
un poème haute fréquence
sur la station spatiale de nos vocalises

envoyées ça et là aux quatre coins de l'univers pour clamer en radio libre
nos beautés en révolution
miraclantes

C'est là que nos chairs espèrent se prendre à la roue
Prises à regretter ce que leur cœur disait à leur caveau
Voici les Djinns en quatre temps ou de la facilité donnée par le maître
Ainsi alors, voyons comment se déroulent codex et foi sans compter.
Le tout a frôler par miséricorde puisque s'obtient ainsi le pardon
Que je gagne à soumettre au large spatial
Sans radeau de probation.
Miracle, puis-je avoir une nouvelle part ?

Le gâteau fût parfait et la cerise en faîte
Avait le goût du rubis des royautés
Je narguais la plèbe, enrhumée au balcon de ma plaine
Les rocailles internes grondaient et remontaient pour garnir ma bouche
De la putréfaction des haleines de ces gens !
De cette interrogation tardive (de menant-allant), comment pourrais-je mourir ainsi
Telle, puisque, ce gars de merde, je puis encore en accepter le réalisme ?
De fait
Je suis
Une merde.

Étrangeté des masques, ma vie se faufile
Je n'ai plus de marques
C'est le cœur en grande partie qui me mène
J'ai plus de sentiments que si j'avais mille ans
Je ne dis plus mon nom
Je ne dis plus sans planches : "à qui saura  l'entendre" sans penser à ce passage
Que toujours se souviennent : la radio est monarque
Et que le soleil se plaigne ou qu'il ouvre les bras
Il sera votre repos.

Nerudina





La concierge disait toujours
"votre poésie est un tango douze"
le pied alerte
la cuisse forte signe des femmes
un peu libres
de ces nerudinas dont on causait
entre deux voisins
un verre pour parler de nos nuits
si jeunes, en éveil - en idiot, fier et fort

- Petite nerudina
Tu t'habillais de mes rideaux éclaircis
transparents dans la chaleur
transpirants d'une passion
d'une seule heure, une heure vive
brûlés nous étions par le soleil
transperçant
le store qui étouffait l'amour
en vocalises
d'une cantatrice de la vie

à faire râler le quartier assemblée
de fenêtres ouvertes
de linges suspendus entre l'orage
nos débats dansaient sur les cordes d'or
au-dessus de la misère à cris de mômes
des cours intérieures

- Maruca !
- Neftali !

Maintenant
les râles résonnent sur l'étagère
à côté des tiens signés Nerudina

J'ai arrêté d'écrire des tangos douze
le long des marelles sur les doigts
de la société poétique en crevance

L'alexandrin défait, vaincu
a délaissé les nuits dansantes au bras des jupes
maintenant si l'éveil s'installe en confort
dans l'allure de l'ami et du confident
désormais les parquets connaissent mes rythmes

maintenant, je tape ton nom du pied

vendredi 27 octobre 2017

Inktober (troisième jet)




Trail



Sur le chemin de son âme
j'ai croisé des sorcières en débat
sur les sortilèges d'une époque
et la potion légendaire d'un gin ancien


Sur le chemin de son âme
j'ai croisé des esquisses vivantes
des estampes de ses nus pudiques
le portrait de son jardin de couleurs


Sur le chemin de son âme
j'ai croisé les femmes fatales fumeuses
du siècle dernier, les muses enfouies
dans les poèmes des hommes minables


Sur le chemin de son âme
j'ai croisé les rires francs et généreux
les sourires faciles ou profonds ou bien
quelquefois, mystérieux et célestes


Sur le chemin de son âme
j'ai croisé des histoires et des rêves
en sang en joie en pleurs en éveil surtout
la conscience et les arbres au ventre


Sur le chemin de son âme
j'ai croisé des voyageurs et des poètes
des drogués, des géantes, des artistes
des fêtes de la vie, des carnavals du bonheur


Sur le chemin de son âme
j'ai croisé un miroir de jade ancien
exotique et pourtant si familier si proche
que j'ai remonté la route tout entière


vers le chemin de mon âme






Juicy



J'aime boire à ta pulpe
comme on boit une liqueur
de fruits mûris au soleil d'amour
aux rayons puissants
de nos baisers qui rayonnent
éclairent un peu mieux le monde
triste et fade en ses ténèbres


J'aime boire à ta pulpe
comme on boit l'eau de pluie
se rafraîchir les pensées nos fleurs
de méninges, nos soucis, nos fleurs
quotidiennes, nos coquelicots
rougissant sur nos joues
dans le noir dans les draps dans le flou


J'aime boire à ta pulpe
comme on boit une absinthe
forte en herbes en arômes fols
puisque te voilà sucrée, de sourires
confite de joie contre ma peau à rires
mes lèvres chaudes qui te goutent
fentes émeraudes qui se retrouvent


J'aime boire à ta pulpe
comme on boit un bénitier
un blasphème au mieux oui
une impolitesse à voir, peut-être
si tu fais de ton coeur une religion
si je fais de nos regards une nation
et si, fusionnés en cascade de chaleur
nous devenons un océan juteux de joie






Blind


Chaque moment de création
doit se faire dans la plus complète cécité
pour ne plus voir
les obstacles les remparts les murs les héritages
tout ce qui nous ceint
tout ce qui nous tue
petit à petit si nous gardons les yeux ouverts


être aveugle, créer avec les mains
une sculpture sans voir le monde autour
plonger dans le noir profond et intime de son être
pour faire émerger, sans le savoir
la nouvelle couleur qui changera le spectre du monde
au royaume des borgnes
les aveugles n'ont pas de roi


mais des reines s'emparent des trônes parfois
les muses impériales sont des étoiles
et nos lunettes
ne voient pas plus loin que la fin du dernier vers








Ship



Un jour nous partirons en clandé
sur les cargos d'Arthur Guinness
nous gouterons à la première classe
comme des aristocrates anglais
nous ferons la traversée des bars
la tournée avec une bonne centaine
d'escales de tournées de verres pleins
nous chargerons les soutes, nos cabines
et avec un équipage d'oenologues
tous plus pintés les uns que les autres
mais professionnellement - enfin !
nous découvrirons le monde sur la langue
dans un baiser sur le ponton supérieur
avec une bière brassée supérieure
une stout noire comme la nuit
puissante comme un cri positif
brune comme un sexe qu'on tire
la mousse sur les lèvres dépose
une petite mort en bouche tourne
autour de nos verres d'amour s'allonge
le temps sur les cargos d'Arthur Guinness






Squeak



Quand le parquet grince en rythme
les deux enfants du siècle s'agitent


C'est la devise de quelques voisins
qui râlent un peu pour la forme mais...


Pas assez fort contre leurs grincements







Climb



L'homme qui escaladait toutes les montagnes
ne se tournait que vers les multitudes à ses pieds
sans voir juste au-dessus de son petit crâne
les anges se moquer de lui à quelques mètres


Au-dessus du ciel où personne n'habite
sinon nos rêves d'ascension séraphique



Fall



Au dessus du ciel où personne n'habite
sinon nos rêves d'ascension séraphique


les anges se moquait de l'homme supérieur
sans voir que les étoiles sciaient sciemment le ciel
ils ne se tournaient que vers la multitude à leurs pieds
et l'homme qui chutait avec eux sur le versant


(the end)











United


La poésie est un mégaphone dans une manifestation débilitante
on entend encore, entre la vie, les substances et l'orgueil
"Poètes de tous les pays, unissez-vous"
et la foule d'enfants avides comptait ses sous pour son propre compte
dans l'unité sacrée et indiscutable bien sûr
du tout pour ma gueule et le reste aux rats



ou comment distinguer le talent de la tendance très actuelle
de compter ses followers, viewers, lecters, announcers, trailers
puisque l'unité s'ignore quand on doit en compter le plus possible
des uns plus uns plus uns plus uns plus uns plus uns
qui sont tous au bord d'une solitude qui crève devant un miroir







Found



Un mec avait créé un jour
un livre des poèmes trouvés
comme les objets trouvés dans les transports
ou sur les plages, les forêts, ces lieux
où la contemplation fait oublier l'essentiel
enfin presque, on se comprend


un livre, un boîte des poèmes trouvés
abandonnés, déchirés, laissés pour morts
ça leur donnait une nouvelle vie
une deuxième naissance une fois guéris


loin des êtres qui laissent quelque part des oeuvres
après la laisse, la mort
après le nom, le vide
et après le livre des poèmes trouvés
la postérité moqueuse et sans doute un petit peu
justicière ?









Mask



Tout ce que j'ai écrit
est une invention
une fiction
qui porte mon nom
qui est une décision
une émotion

tout ce que j'ai écrit

samedi 21 octobre 2017

Inktober (deuxième jet)




Shattered



Au bout du tableau
sur la pointe des cheveux laissés en désordre
sur les avenues noires de la folie
du châle noir aux cheveux noirs d'Hepzibah
vivaient encore des pulsatilles brisées

des bouts de choses enfouies au sous-sol de l'impensable
l'émotion encavée le déferlement du mal
et ces petits riens qu'on cache à la vue du monde impossible
sans drapeau
sans étendard
que des fétiches fracassés, cassés en deux

pour avancer malgré les félûres, visibles presque
invincibles presque
qui rayent l'âme et l'illuminent comme un vitrail qui aurait trop vécu
sur le châle noir d'Hepzibah

les pulsatilles ont le goût du sang au contact du couteau
des lames qui pénètrent si fort le coeur
qu'il devient interdit de vivre
et pourtant,
sur les routes noircies de la folie les émotions pulsatillent
la mer alors à le goût des bracelets qu'on garde autour du coeur
en souvenirs de cure
à la mémoire des astres filants dans l'espace illimité
du temps qui fait blanchir les mots
comme des mèches bouclées furieuses enflammées
ont pu malgré toutes les brisures intimes
dans l'infime, aimer la souffrance

être vivant au bout de ces choses qu'on enfouit au sous-sol
dans l'orage éternel d'un ciel impossible
les cheveux noirs d'Hepzibah






Teeming



Les rues débordent d'une vitalité en voie d'extinction
dans le cynisme, le nihilisme, les réseaux sociaux
la télévision, le système, les verres à la chaîne
l'absence de tout alimentée par les plus absents, les plus
désespérés de ne rien faire
ce monde grouille de vide
et le vide le lui rend bien

Les immeubles s'éclairent de vies en voie d'extinction
patiemment, dans un long travail de sape
il s'agit pour les supérieurs hiérarchiques, les dirlos
les commandeurs, les décisionnaires, ceux qui tiennent un truc
quoi que ce soit pourvu de tenir un truc
de tuer dans l'oeuf ce qui remue, ce qui bouge, ce qui ressent
on envoie la guerre sociale sous d'autres formes

mais
ce monde définitivement grouille de vie
et le vide le lui rend bien

par vertige, dans l'éveil de la conscience
les rythmes lents des jours furieux prennent consistance dans les nuages
comme un boléro soudain qui va renverser
ces gens éteints qui nous confisquent les clés du bonheur




Fierce


Je mords comme j'écris
Je mords comme je chante
Je mords comme je parle
Je mords comme je ris
Je mords comme je joue
Je mords comme je pense
Je mords comme j'imagine
Je mords comme je rêve
Je mords comme je marche
à décliner à l'infini

Je mords comme j'invente la vie
dans le goût d'une peau
et la férocité puissante qui garde en bouche
l'instant où son cri résonne
l'instant heureux
l'instant exquis
que je mords avec tendresse




Mysterious


Engoncée dans son chapeau d'Albion
ses cheveux incendiaires n'éclairent plus mon monde

Enfoncée dans son manteau d'or d'émeraude
de tous les motifs de mes synesthésies d'amour

elle part en voyage, un instant hors de moi
de ma présence et de mes regards

un mystère surgit entre deux âmes, à un moment
coupe le lien, renoue les solitudes de naguère

un mystère que l'on voit bien s'allonger sur la plage
lointaine qu'on ne comprend pas

qu'on ne voudra jamais tout à fait comprendre
puisque elle est l'unique rose de ma jungle

secrète et mystérieuse





Fat


La grosseur est parfois flatteuse
quand elle en parle depuis son porte-cigarette et son boudoir
comme d'une sucrerie interdite
qui colle un peu trop aux dents




Graceful


J'ai donné des cours d'élégance
à l'assemblée des âmes en présence
option théâtre et option danse
j'ai donné pour plusieurs licences

J'ai donné des cours d'élégance
des heures de poésies avec insistance
on en réclame chez les instances
les hautes sphères en révérences

J'ai donné des cours d'élégance
la tenue et le maintien qu'on avance
le regard qui rêve et puis qui balance
du rêve au réel les mots et la chance

J'ai donné des cours d'élégance
Entre Louise Brooks et toute ma France
Poètes, chanteurs, cette maintenance
Des mots de l'âme du coeur des panses

J'ai donné des cours d'élégance
Honoraires libres et sans dépenses
Master de la vie revue si elle s'élance
Vers l'horizon et quelques vacances

J'ai donné des cours d'élégance
Si l'humanisme un jour ensemence
Les terres et les générations en partance
Allez, une nouvelle heure avant le silence





Filhty



J'ai aussi donné des cours d'insultes
Mais ça devenait un peu trop culte
Les ignares adorent pourrir l'inculte
Or l'insulte mérite mieux
qu'une culbute





Cloud



Ils passent en silence pour nous faire rêver
se perdre en eux, à deux parmi leurs nuées
Ils passent en troupeaux pour nous faire aimer
La transhumance patiente des illimités
D'une grande migration éternelle, de mystères
chargée, de contemplation ravie, le lointain
en coton magnifié, drapeaux impossibles aussi
de quelques états célestes aux anges de guerre

Aux soldats de vent pour des moussons sans fin
Les bancs merveilleux des cétacés grisonnants
Rugissements parmi les siècles, tableaux éternels
Ils passent en silence pour nous faire écrire encore
Encore dans le temps qui ravage le sol en souffrance
Loin des légèretés humaines et des bassesses sourdes
Le nuage joue de l'alchimie et sa métamorphose constante
provoque chez nous le rire de dieu et celui du fou





Deep



Chaque couleur porte en elle la profondeur
et la légèreté
l'approfondissement de son essence
ce qu'elle dit
ce qu'elle donne à ressentir
comme une épice
unique au monde

s'enfoncer dans les gouffres d'une couleur
est un travail pour le plongeur mental
le palais devient océan
les neurones une jungle
les yeux blanchis à la face du mot
nagent et se noient patiemment

pour fonder dans la chair des lettres une nouvelle couleur
dense et légère sur la langue échauffée




Furious



Écrire se fait furieusement
pour un enfant de colère qui jamais ne se calme
ni ne se calmera

La colère agite le bocal à rimes
où tournent, poissons fidèles, des poèmes rougis à la marque
des esclaves du mot

Avec furie, fureur des siècles
Qui connaissent chaque parcours du tatouage de guerre
brûlé au feu des batailles poétiques

Dans les forages minutieux
Puisque l'ardeur du dessein se fait au fond de la terre muette
au fond des tunnels, la rage

La mise en danger, l'énervement
Ont mis la beauté entaillée par nos ongles d'encre
des griffes endiablées

Sur nos Muses qui ne souffrent d'aucun vaccin véritable



mercredi 11 octobre 2017

Inktober (premier jet)




Swift 



Le vers est le sentier le moins rapide
pour aller d'un point a à un point final
quand fourche la langue
se manque la rime
s'enfuit au loin le train
du dernier poète
misérable et silencieux qui y croit encore
un peu
vite
plus vite encore
à la vitesse de sa parole
la puissance de son expression
la distinction la clarté et enfin
l'élégance dans la diction


tout cela meurt dans une patience infinie
qui laisse longuement éclater ses fruits
dans le long temps
et cruel
et dur, et fort, et lancinant
puisque le vers est le sentier le moins rapide
d'un point a a un point final.





Divided 




M - Es-tu là ?
LP - Je suis toujours là.
M - Oû ?
LP - Entre ton âme et la nuit qui se fait blanche.
M - Comme un spectre noir, tu reviens, toi mon frère, toi mon...
LP - Je ne suis jamais parti. Je somnole, froid et amer
M - Qu"as-tu fait ?
LP - A ton insu ? Mourir. Je suis mort plusieurs fois dans le même cataclysme.
M - Le jour reste ton ennemi, c'est cela ?
LP - Le jour est l'adversaire inévitable pour le rêve lucide. Tu es aveugle et tu peins des mondes qui n'existent pas. Ou plus.
M - Non, il s'agissait de nos mondes. Ton berceau. Ta voix. Ton corps.
LP - Que t'est-il arrivé ?
M - J'ai essayé de survivre à ma gueule brûlée d'encre.
LP - La chirurgie poétique, ton grand rêve.
M - La science poétique, mon dernier rêve fou.
LP - Le progrès, la science, l'évolution, la médecine poétiques. Toute cette cuisine ravalée plusieurs fois. Je l'ai vomie. Tu le savais avant : seuls comptent ce que nous étions.
M - Ce que nous sommes.
LP - Plus maintenant. Tu es parti, tu as fui loin. Comme fuit le soleil sous la mer.
M - Elle est retrouvée...
LP - Quoi ?
M - L'éternité, nous l'avons lue ensemble. L'éternité est retrouvée, et j'en reviens.
LP - Qu'as-tu appris ?
M - Que je n'ai plus besoin de ta voix qui portait dans le gouffre. Les tranchées de boue d'ombre d'eau-forte et de gnôles d'âmes, tout ça est terminé.
LP - Change ta majuscule, et Dieu crève un peu dans tes veines en feu.
M - Peut-être, mais tu es du voyage, que tu le veuilles ou non.
LP - Je ne veux plus rien. Je ne suis qu'un concept, une notion. Un apprentissage. Une déraison.
M - Alors tais-toi, mon autre reflet, et agonise lentement. La poésie se mange toute seule.
LP - Par cruauté.
M - Par vitalité. Du son.
LP - Par le mépris des escales passées. Les pavés battus meurent de t'avoir connu.
M - Rien ne meurt tant que je ne l'aurai pas décidé - dans et par les mots.
LP - C'est donc ça, ton secret ? Posséder le monde dans ton verbe ? Aporie !
M - Non. J'ai pour ambition de compresser l'univers. J'ai des respirations de galaxies furieuses dans chaque poumon. Je parle la langue des apocalypses cérébrales, de toutes les folies mentales, et j'ai créé des dialectes d'un instant. J'ai suivi les alchimistes, les altruistes du vers, les morts-de-tout, les affamés d'absolu, et les forçats des crânes. Ma peau est le réceptacle compatissant de ce monde malade. Mon cœur écoute et crache la bonne parole aux cétacés immenses, et dans la suspension des événements, je ris encore d'un regard présenté comme un ciel d'été. L'impasse est entre tes murs, jamais dans mes horizons.
LP - Alors tu n'as plus besoin de moi, ni de personne.
M - J'entre dans les rêves de tout le monde, sans que le mien l'ait su. Je ne connais qu'une seule division : l'originelle.
LP - J'ai terminé ici ma mission.
M - Jusqu'à la fin des siècles, la vie partagée.






Poison



Le vers est dans le fruit
et le lecteur croque volontiers dans la pomme
le poison se répand dans le sang des âmes
et crache quelque émotion maladive et étouffée
la poésie est une maladie du cerveau 


encore faut-il en disposer librement.







Underwater



Des bulles remontent des profondeurs
Les voyez-vous ?
Des airs s'échappent vers le ciel surface
Les entendez-vous ?
Des dialectes courent le long des golfes
Les parlez-vous ?
Nous parlons, nous l'autre peuple de la terre
Les langues qui passent dans les tempêtes
Dans les furies enfouies dans le fracas du sel
Et nous savons de vous, vous blêmes et froids
Les rictus pauvres et tendres des noyés


Des nageoires transpercent les ondes du monde
Les suivez-vous ?
Des évents soufflent la vie au vent des larges
Les respirez-vous ?
Des yeux vous guettent de voyage en voyage
Les voyez-vous ?
Nous allons, nous ne faisons qu'aller partout
Dans les villes abyssales qui s'enfoncent
Au bout de l'obscurité, au loin vers le fond
Le fond de la terre où l'eau se noircit toujours
Pour mieux garder nos secrets en coquillages




Long 



Il écrivait de longs vers pour y dire plus de choses, importantes et essentielles sans doutes
et puis il n'eut jamais assez de feuilles
pour tout dire




Sword



Un stylo vaut bien une épée
La feuille un bouclier
et on envoie des cohortes de poètes
d'écrivains armés pour la guerre
Ainsi bardés de belles figures pour prendre la pose
le poing levé jusqu'à ce qu'on vienne les
abattre tôt ou tard 


Une fois sur le champ de bataille
quand l'escroquerie apparaît
Ils ne possèdent que leur misère
D'autres leurs orgueils, ou la blessure
Puisque dans le miroir du sang
Ni la feuille ni la plume ne font bonnes
armes quand il faut se battre
Contre les chimères sorties des brumes
Et les éclats de la vie tapés des bombes


Le reste de la compagnie manquait de tripes
disait le soldat solitaire au milieu des morts
Alors qu'il retournait dans sa campagne insulaire
parmi la mer de blés mûrs, ses enfants
et il s'arrêtait en cassant son matricule
il pensait à sa femme il se disait
arrêter de penser à se battre pour une cause
puisque chaque homme ne dispose d'aucune arme
sinon une épée qui tranche le destin rieur




Shy



Elle prit son temps, roula ses yeux au fond du ciel
voulut se faire bois pour devenir la table qui servait
leur repas d'amoureux transis


Elle prit son temps, ses yeux descendus du ciel
palpitaient avec la tendresse de l'évidence à dire
juste à dire sans rougir


Elle prit son temps, ses billes d'azur s'allongèrent
d'annoncer l'émotion exacte, la faire jaillir enfin
un je t'aime timide et fou







Crooked



La peinture de la nuit
est un dos courbé traversé
d'entailles rondes
descendantes
profondes
sanglantes et bavardes


La peinture à l'arrache
est un dos pour une dessinatrice
qui utilise ses doigts précieux
en couteaux tirés
sème les étoiles
en tranchant dans le vif


La peinture couleur chair
prend les rondeurs des draps
chauds qui pioncent
comme une sculpture
antique et belle
qui ronfle peut-être un peu


Comme une peinture vivante qui brûlerait
d'infamies d'artiste





Screech



Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
Elle poussait ce cri pour faire semblant
mais ce qu'elle voulait
se situait exactement entre chaque lettre


comme un secret bien hurlé




Gigantic



Il passe au fond du ciel
A pas lourds de géant
Il passe du fond du ciel
Aux semelles de vent 


Encore assis au bar
Le fier Mongol poétise
De l'absinthe et de l'art
Quand le souvenir l'attise


Parmi les luttes et les rêves
Les discours à l'assemblée
L'exil et l'idéal sans trêve
Il écrit des vers par milliers


Trouver plus loin que le réel
Pour un groupe de rouges
Refaire les mondes en surréel
Si la liberté jamais ne bouge


Jouez, jouez une fois au moins
De toutes les façons possibles
Jouez avec vos vies sans fin
L'essence de l'univers en cible


Des paroles simples s'envolent
Sur des cahiers de mômes
Sur les cheveux noirs volent
La fumée du poète fantômes


ENVOI
Les géants rimailleurs nous laissent
Des traces de vers et de rimes vieillies
En vers d'ailleurs, libres et sans laisse
Leurs hauteurs attendent la prochaine poésie






Run



Les couleurs courent derrière les mélodies
Disait-on chez les poètes
Les formes courent derrière les couleurs
Le sens suit en soufflant, à la file
La compréhension tente de doubler le peloton
Et puis ça s'arrête
ça repart
ça fait une pause
ça discute fermement
et une échappée soudaine, inattendue
reprend la course folle qui continue sur les chemins
aléatoires de quelques joggeurs du dimanche
concentrés sur leur musique
solitaires exténués


Tout ce monde fuit en avant
la beauté en guise d'arbitre



mercredi 4 octobre 2017

Plan de travail




A l’heure où le ventre sonne
Le bas réclame bien son tour
Le monde s’abouche aphone
Au plan de travail de nos amours

Le repas chauffe rapidement
Quand on goûte juste pour voir
Pour savoir la chair avidement
Son âme fragile en abreuvoir

Quelques épices crépitent folles
Jusqu’à dresser les deux assiettes
Les couverts croisés s’envolent
Et la nappe n’est pas en fête

Mordre le plat de nacre doux
Est un passe-temps de gastronome
Un cuisinier sait en mettre partout
Si l’affolement vrille en arômes

A l’heure où l’appétit vient rôder
Comme un loup devant l’agneau
Les rôles s’échangent, les tabliers
S’échappent en coups de couteaux

A l’horloge résonne le beau crime
Le bas réclame toujours un tour
Le monde sourd revient d’une cime
Au plan de travail de nos amours



dimanche 1 octobre 2017

Demencial




Au début parcourent des pulsations de sortilèges
avec des recettes fabuleuses :
son rire qui chasse le malheur,
le cou, à l'ambre de mes dents affamées,
son regard qui brille dans la nuit,
son regard de ciel
devient mon azur de vie


l'horizon qui palpite de se coucher ailleurs sur la terre


la folie se fixe en divines punitions
dans la croyance des degrés, de perdition,
la foi dans l'ivresse
la feuille de vigne des grandes
largesses aux heures tardives
où résonnent la bonne promenade
légère et tendre, douce
mordue
pour peu que les feux tiennent à tenir la chandelle
pour une dernière leçon
entre le boudoir sérieux et l'alcôve
à clé
planquée


Arrive la compréhension de l'essence la plus simple
des mondes qu'elle garde aux fers
secrets, inconscients, murmures d'or
tenus hors du reste
du reste du réel
qui passe et se conduit au loin
sans trop chercher à répondre à quelque vague question
à son enchantement


sa langue traverse mon coeur en deux
parle à l'âme comme un feu de cheminée l'hiver
se confie de crépitements soudains
pour fondre à deux, dans le même sens,
vers la même route
sans être séparé, sans être ensemble, être là
là avec soi, avec l'autre
plonger naturellement dans la plus grande fragilité


comme le silence d'un chaudron d'herbes, de bois de pluies
qui transpire et qui maintient
l'eau chaude claire des nuits infimes
doucement folles, sortilège de démence
qui, dans sa dernière bonté humaine, donne le goût
de ses lèvres
du bonheur du déluge


une drogue qui se prend sans penser à mal
naïve et pure
innocente à travers les âges, toujours elle
se retrouve sur le chemin de la vie en rimes


alors je laisse le souhait, le discret souhait
de vivre encore en demencial, demencialement
ce qu'elle voudra


ce qu'elle voudra et aussi
qu'elle laisse parfois son âme dénudée juste pour moi
son âme, abandonnée et endormie
un trésor d'humanité
sur mon lit défait qui la nuit rêve d'avoir frôlé la vie

à l'ambre de son cou.

vendredi 22 septembre 2017

Promenade






Les trottoirs respirent légèrement
Les fleurs étourdissent de leurs corolles
D'un goût d'iode, amoureusement,
On se promène comme on décolle

Bras dessus, et les mains en rappel
Le long du rire qui surgit d'un coup
Les pas au ciel de nuit font l'appel
Des mots. Quelques baisers fous

Reviennent entre les feux patients
Les dépassements qui pétaradent ;
On se regarde de l'oeil lancinant
Qui veut aller vers le prochain rade,

La prochaine destination heureuse
Pour des genoux qui cicatrisent
Une autre absinthe ! Verte et fameuse
Au fond des gorges où l'envie frise

De la boisson à la promenade
Des yeux collés à l'âme piétonne
Oh, une bouche est une sérénade
Et dans la rue les lèvres résonnent...

lundi 11 septembre 2017

La Dryade





Un relevé d'âme au regard des arbres
passer le doigt dedans
comme on se frotte
frotte
aux lignes du temps
des millénaristes qui siègent hauts et silencieux
dans la plaine de nos croyances
infinies suspendues
dans le temps, entre les prières paiennes


elle passe, nue et folle, enfant
sauvage née du feu et de la pluie, de la création
pure
la Dryade portée par le feuillage
pudique
les lèvres comme des fraises au soleil, les cheveux
en essence profonde de son parfum brun
capiteux doux
un parfum de sortilège
un sort pour les deux hémisphères
du coeur qui pulse partout en nous

l'azur clair de nuit du sourire
de l'iris
qui palpite pour mieux vibrer avec le monde
quand le monde se pend
sur sa bouche partout en nous

la créature des feuillages
des envolées soudaines,
fille de la terre, amie de l'eau aux veines de feu
aux aspérités célestes,
la créature des feuillages noircis au fusain
parcourt comme un rituel la forêt du monde
cimes des hommes, cimetières médiévaux
des villes endormies qu'elle réveille
en hurlant en riant, l'âme en grelot
gueuleuse des rues
qui sont autant de bois calcinés
transis dans le temps
qu'elle porte au bras
au sourire
et dans les braises
que j'attise avec tendresse
pour mieux incendier tous les feux de joie

partout en nous

dimanche 10 septembre 2017

Des tours de brouillard




Tout un pays vit dans des tours de brouillard
La narine penchée au ciel 
absent, sans bleu, sans soleil, sans manque
et la fumée basse, et lourde, et blanche
envahit les pièces 
des grandes hauteurs 







*




Troupeau

Les immeubles paissent dans les prés vides
Au milieu du grand rien général
Seuls, solitaires, de grands troupeaux s'élèvent 
Il suffit d'habiter
la terre déserte 




*






Après la pluie on n'entend encore que de l'eau
la misère a le charme électrique
du silence qui sait se débrouiller




*






For Sale

Les fenêtres ont le charme des cimetières
des pays en guerre, des charniers d'architectes
La folie sans goût




*





Gardiennage

- On fait quoi dans ce job ? 
- On se fait surveiller. 



*




Attention école

Partout les enfants apprennent 
quelles leçons donner ? Que dire au futur ? 
La fumée, les tours, l'identique

Malgré tout, les rires sursautent toujours autant
dans les récréations du monde
Le bonheur peut bien faire trente étages
nos élèves vivent d'insouciance

mon espoir s'accroche - encore un peu


*






Another Brick in the Wall - Pink Floyd. 




*





L'Amazone

Dans le no man's land des routes 
la jeunesse chinoise s'enroule
d'une certaine élégance qui vit dangereusement


*







Pause






*





Fascination

jeudi 31 août 2017

Estivité





Ô vous qui fûtes mon cœur
réveils solitaires au bout de la tranchée bleue
la nuit s'alourdit au fil du rêve, tenue
nue encore dans la clarté de l'opale
elle est affaiblie seulement de jour
quelques pétales, ces impressions floues

Ô vous qui fûtes mon cœur
pas lancés à la conquête du monde
quand les ailes d'avions font recettes d'anges
passer au dessus de la foule muette, fermées
les hautes montagnes soupirent d'azur d'eau
ce typhon hurle et se consume de ses mots

Ô vous qui fûtes mon cœur
sommeils enfouis dans les châles voyageurs
les broutilles des bagarres tellement sordides
les fins de bouteille aux douanes des ports
des quais rencontrés des yeux d'esquive et
partout l'art de la fugue et de la dissimulation

Ô vous qui fûtes mon cœur
rêves dans les fièvres quand l'air crève
en pirouette sur le crâne pour mieux fléchir
les toupies les girouettes guident nos choix
empruntés, toujours de l'élégance
la mode de l'âme, l'écharpe au ventricule

Ô vous qui fûtes mon cœur
violons divins, sonneries lancinantes, lointains
archets furieux, percussions sinistres
les symphonies de nos dernières et fameuses
amours vantées comme des oisillons pris là
à la tempête qui déclare la guerre à la vie

Ô vous qui fûtes mon cœur
passants, familles, échoppes, marchés, bruits
dites-moi vos plus belles histoires à la rade
les soirs de danses folles et les rondes magiques
les sorts qu'on lance lorsqu'on s'enlace pour de
bon, les sorts d'espérance et les prières vertes

Ô vous qui fûtes mon cœur
voix d'outre-tombe, chanteurs à textes oubliés
cantatrices ravagées par l'alcool et les concerts
les poèmes les vers et la recherche, tout en quête
s'enfuir vers l'autre-monde et puis répéter
pour réussir sa sortie s'incliner et boire, il faut

Ô vous qui fûtes mon cœur
modèles vivants déposés à la surface attiédie
du regard émeraude et sans détours sans failles
sans fissures sans frissons sans escales et sans
le sel qui donne la soif au milieu du globe, le sel
qui offre les dialectes anciens du Gulf Stream en feu

Ô vous qui fûtes mon cœur
langages des hauteurs, patois des profondeurs, langues
juvéniles, langue engluée dans les secrets noirs
langues où la bouche vend avec ses derniers billets
le dernier départ pour un long-courrier sans retour
où le mutisme à la contemplation sourde s'accoude

Ô vous qui fûtes mon cœur
villes ouvertes en deux par les caprices humains
villes d'enfer, villes de feu, villes d'éléments fous
cerveaux d'architectes malades de la démesure
cerveau de poésies fleurissantes aux coins cardinaux
villes-poèmes ouvertes par les caprices soudains

Ô vous qui fûtes mon cœur
amours anciennes qu'on renfloue, vieille carcasse
placardée sur le mur aux mille morsures aux étoiles
aux mèches blondes qui dépassent du casque
cela se passait dans l'histoire des rivages grecs
les arènes romaines aux prisons  actuelles

Ô vous qui fûtes mon cœur
aventures en funambule entre les néons des jeux
les boîtes à filles, les déambulations dans l'horreur
la saleté typique de la crasse viscérale des états
les hypocrisies rondes et souriantes sur la route
des barrières des barbelés et des camps d'usines

Ô vous qui fûtes mon cœur
mers enchaînées déchaînées variétés du large
îles inquiètes au loin dans les brumes en marge
des bateaux délabrés, cimetière de corps repeints
défaits comme ramenés du fond du sable
arrêtés pour affabulation entre les mailles du filet

Ô vous qui fûtes mon cœur
familles lancées dans l'attente des événements
le divertissement est installé à tous les étages
pour les tas de mioches, marmaille dénudée
dans la misère et les terrains vagues de la folie
la jeunesse pousse et l'avenir grandit

Ô vous qui fûtes mon cœur
poisons qui circulent dans les grandes artères
les volontés, vœux du soir, visions claires
les sorcelleries jamais éteintes et les satanismes
glorieux, fameux, les chancellements de l'âme
pour basculer dans l'ébullition de la conscience

Ô vous qui fûtes mon cœur
enfants rieurs, enfants joueurs, enfants cloués
le bruit éternel des jeux dans les cours cloutées
la rumeur infini des pas dans les couloirs et là
l'attente les regards l'attente la marche forcée
du futur qu'on saisit à bout de tout ce qu'on a

Ô vous qui fûtes mon cœur
héritiers de qui, de quoi, de rien, d'un mot
un geste pour une bulle portée sur un buvard neuf
un tapement frénétique sur les claviers forçats
sur les encres dépassées par le reste d'un monde
qui ignore vos battements passés, impérissables

Ô vous qui fûtes mon cœur




mardi 22 août 2017

Myricaria




Les immeubles poussent comme du myricaria
depuis 1972, date hystérique,
depuis, celle qu'on nomme T46
nage comme elle vit
avec sa famille - en survivante.

Elle a survécu aux pêches
sans scrupules
aux traques maladives
la grande maladie humaine
de l'aliment beau
de la nourriture forte
la famille de T46
prise dans les repérages de la grande faim
qui pousse comme le myricaria

Elle prenait sa respiration en surface
elle a survécu et doit le dire à ses fils
ses petites-filles, leurs descendantes,
la prochaine matriarche à venir
après elle - dans la baie entre les deux pays
qui poussent comme le myricaria
depuis 167 ans.

Elle dit "il était une fois ces géants,
ces bateaux, ces villes, aux rues de sang,
du sang des miens..." elle sanglote et chante...
"Ces rues en sang, aux cris d'écorchés
d'échoués, tout un peuple saigné en filets.
Il était une fois, mes enfants,
l'homme chasseur
irrespectueux, furieux, sanguinaire,
il poussera, poussera encore, vous savez
comme le myricaria qu'on ne trouve plus
qu'au plus loin de ces immeubles qui poussent
à la surface folle

sans ces furies lointaines, les chants de l'air expulsé,
la symphonie des surfaces s'apaise
même dans le fracas puissant du sel
même dans les éclats d'eau
les rugissements des grands mouvements
le langage du fond des gouffres
le peuple, la famille, le clan de T46
la suit
nage derrière une vieille nageoire
survivante.

Aquascutum





Bienvenue au pays de Big Brother
La mer salie de tankers les plages vides pulsent
sous surveillance
Big B vadrouille sur Aquascutum
clignotements
et des bruissements mécaniques sucent l'oreille
au pays des drones

le mot ici défile au pas, ceinture vissée oui
casquette clouée oui
boutons renforcés aussi
le visage endurci dans la pierre
pour arborer le long de la promenade
un bel et fort manteau de pluie
Big B veille au grain, au grain de brouillard
à tousser l'usine le marché le monde
Aquascutum sommeille
de force


Respirations précises des bottines
des képis fièrement
portés des gants enfoncés des képis
encore
engoncés pour cacher le sang
le long de la promenade sur la mer d'A...
ici la moustache pour les riches
le long-col portant les mille secrets
des corridors habités de châteaux
de sable
de force

- car au loin sur les chaluts éventrés
on compte encore sur l'oralité
qui échappe, tradition
millénaire, tradition
interdite au regard total de Big B.

les sous-sols laissent surgir
depuis les entre-fosses, les interstices
des tours
des poches décousues, les yeux
déteints par la brume
polluée par le sel
détrempé le poisson ivre
irradié
ça laisse émerger, revenir
à la surface
le goût perdu du faible cri d'une antique

rébellion

ancienne écrasée

puis formatée / moulée / vissée / enfoncée
renforcée
surveillée le long de la douce promenade
parmi les familles les naissances les mains rouges timides
frappées
les heures avant le typhon
plongeant
la guerre en musique

sous l’œil du chef qui fume près des canons des avions
des tanks
les pluies fines font des silences entendus
d'autres pluies sourdes et chaudes - elles arriment
sur les manteaux de pluies ici imperméables
ou si peu,
ou si rares, d'Aquascutum



Un poème pour pleurer





Voici un poème pour pleurer
Il n'écrit pas ton histoire
Il ne dit aucune vérité
Il va - sans étoiles et sans soirs.

Un texte pour verser - juste
Quelques douleurs méritantes,
De joie, peut-être - il ajuste
Le bonheur aux larmes lentes

Du souvenir - il est nostalgique ;
mais il avance vers ton futur.
Un avenir sûrement prolifique
De larmes douces sur des mots sûrs

Qui furent si durs, et tristes
Autrefois, pour pleurer pour de vrai,
Car la poésie - si elle attriste
Ne chagrine pas longtemps. Elle sait

Qu'une larme vaut bien un baiser,
Efface les traces par l'horloge,
Tue tendrement le sentiment rimé
- Et la mort patiente en loge...

Voici un poème pour pleurer
Qui ne dit rien - qu'il le faut -
Parfois - au désespoir se délester
Et rester heureuse en peu de mots

Un poème pour pleurer.

dimanche 20 août 2017

Message personnel




- Dieu des humbles, sauvez cet enfant de colère !





*



Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares ?
Du moins as-tu cueilli l'ennui, puisqu'il est mûr,
Toi que voilà fumant de maussades cigares,
Noir, projetant une ombre absurde sur le mur ?

Tes yeux sont aussi morts depuis les aventures,
Ta grimace est la même et ton deuil est pareil :
Telle la lune vue à travers des mâtures,
Telle la vieille mer sous le jeune soleil,

Tel l'ancien cimetière aux tombes toujours neuves !
Mais voyons, et dis-nous les récits devinés,
Ces désillusions pleurant le long des fleuves,
Ces dégoûts comme autant de fades nouveau-nés,

Ces femmes ! Dis les gaz, et l'horreur identique
Du mal toujours, du laid partout sur tes chemins,
Et dis l'Amour et dis encor la Politique
Avec du sang déshonoré d'encre à leurs mains.

Et puis surtout ne va pas t'oublier toi-même
Traînassant ta faiblesse et ta simplicité
Partout où l'on bataille et partout où l'on aime,
D'une façon si triste et folle, en vérité !

A-t-on assez puni cette lourde innocence ?
Qu'en dis-tu ? L'homme est dur, mais la femme ? Et tes pleurs,
Qui les a bus ? Et quelle âme qui les recense
Console ce qu'on peut appeler tes malheurs ?

Ah les autres, ah toi ! Crédule à qui te flatte,
Toi qui rêvais (c'était trop excessif, aussi)
Je ne sais quelle mort légère et délicate ?
Ah toi, l'espèce d'ange avec ce vœu transi !

Mais maintenant les plans, les buts ? Es-tu de force,
Ou si d'avoir pleuré t'a détrempé le cœur ?
L'arbre est tendre s'il faut juger d'après l'écorce,
Et tes aspects ne sont pas ceux d'un grand vainqueur.

Si gauche encore ! avec l'aggravation d'être
Une sorte à présent d'idyllique engourdi
Qui surveille le ciel bête par la fenêtre
Ouverte aux yeux matois du démon de midi.

Si le même dans cette extrême décadence !
Enfin ! — Mais à ta place un être avec du sens,
Payant les violons voudrait mener la danse,
Au risque d'alarmer quelque peu les passants.

N'as-tu pas, en fouillant les recoins de ton âme,
Un beau vice à tirer comme un sabre au soleil,
Quelque vice joyeux, effronté, qui s'enflamme
Et vibre, et darde rouge au front du ciel vermeil ?

Un ou plusieurs ? Si oui, tant mieux ! Et pars bien vite
En guerre, et bats d'estoc et de taille, sans choix
Surtout, et mets ce masque indolent où s'abrite
La haine inassouvie et repue à la fois...

Il faut n'être pas dupe en ce farceur de monde
Où le bonheur n'a rien d'exquis et d'alléchant
S'il n'y frétille un peu de pervers et d'immonde,
Et pour n'être pas dupe il faut être méchant.

- Sagesse humaine, ah ! j'ai les yeux sur d'autres choses,
Et parmi ce passé dont ta voix décrivait
L'ennui, pour des conseils encore plus moroses,
Je ne me souviens plus que du mal que j'ai fait.

Dans tous les mouvements bizarres de ma vie,
De mes « malheurs », selon le moment et le lieu,
Des autres et de moi, de la route suivie,
Je n'ai rien retenu que la grâce de Dieu.

Si je me sens puni, c'est que je le dois être.
Ni l'homme ni la femme ici ne sont pour rien.
Mais j'ai le ferme espoir d'un jour pouvoir connaître
Le pardon et la paix promis à tout Chrétien.

Bien de n'être pas dupe en ce monde d'une heure,
Mais pour ne l'être pas durant l'éternité,
Ce qu'il faut à tout prix qui règne et qui demeure,
Ce n'est pas la méchanceté, c'est la bonté.




Paul Verlaine, Sagesse, 1881.

dimanche 6 août 2017

La chinoise bleue




Sortie d'une flûte en porcelaine
la chinoise bleue est une fleur de nuit

une étoile de fièvre en lapis-lazuli
comète tricotant l'espace mental du malade

Invoquée par la sueur et les visions les délires
venue à pas de spectre par le chant du grillon

dans les incantations violentes des pluies
de l'eau-forte dans les tornades comme expression

c'est un typhon qui dévore tout avec son fantôme
en finit avec les migrations des merveilleux nuages

tard dans la nuit la femme persiste au miroir
soliste à  l'orchestre de sifflements pointus

elle se dévêt alors pour mieux envelopper
dans ses châles où bruissent des villes fortes

immenses et froides qui portent l'enseigne
du cœur vaporeux de la chinoise bleue


Radio Beijing