mardi 22 août 2017

Myricaria




Les immeubles poussent comme du myricaria
depuis 1972, date hystérique,
depuis, celle qu'on nomme T46
nage comme elle vit
avec sa famille - en survivante.

Elle a survécu aux pêches
sans scrupules
aux traques maladives
la grande maladie humaine
de l'aliment beau
de la nourriture forte
la famille de T46
prise dans les repérages de la grande faim
qui pousse comme le myricaria

Elle prenait sa respiration en surface
elle a survécu et doit le dire à ses fils
ses petites-filles, leurs descendantes,
la prochaine matriarche à venir
après elle - dans la baie entre les deux pays
qui poussent comme le myricaria
depuis 167 ans.

Elle dit "il était une fois ces géants,
ces bateaux, ces villes, aux rues de sang,
du sang des miens..." elle sanglote et chante...
"Ces rues en sang, aux cris d'écorchés
d'échoués, tout un peuple saigné en filets.
Il était une fois, mes enfants,
l'homme chasseur
irrespectueux, furieux, sanguinaire,
il poussera, poussera encore, vous savez
comme le myricaria qu'on ne trouve plus
qu'au plus loin de ces immeubles qui poussent
à la surface folle

sans ces furies lointaines, les chants de l'air expulsé,
la symphonie des surfaces s'apaise
même dans le fracas puissant du sel
même dans les éclats d'eau
les rugissements des grands mouvements
le langage du fond des gouffres
le peuple, la famille, le clan de T46
la suit
nage derrière une vieille nageoire
survivante.

Aquascutum





Bienvenue au pays de Big Brother
La mer salie de tankers les plages vides pulsent
sous surveillance
Big B vadrouille sur Aquascutum
clignotements
et des bruissements mécaniques sucent l'oreille
au pays des drones

le mot ici défile au pas, ceinture vissée oui
casquette clouée oui
boutons renforcés aussi
le visage endurci dans la pierre
pour arborer le long de la promenade
un bel et fort manteau de pluie
Big B veille au grain, au grain de brouillard
à tousser l'usine le marché le monde
Aquascutum sommeille
de force


Respirations précises des bottines
des képis fièrement
portés des gants enfoncés des képis
encore
engoncés pour cacher le sang
le long de la promenade sur la mer d'A...
ici la moustache pour les riches
le long-col portant les mille secrets
des corridors habités de châteaux
de sable
de force

- car au loin sur les chaluts éventrés
on compte encore sur l'oralité
qui échappe, tradition
millénaire, tradition
interdite au regard total de Big B.

les sous-sols laissent surgir
depuis les entre-fosses, les interstices
des tours
des poches décousues, les yeux
déteints par la brume
polluée par le sel
détrempé le poisson ivre
irradié
ça laisse émerger, revenir
à la surface
le goût perdu du faible cri d'une antique

rébellion

ancienne écrasée

puis formatée / moulée / vissée / enfoncée
renforcée
surveillée le long de la douce promenade
parmi les familles les naissances les mains rouges timides
frappées
les heures avant le typhon
plongeant
la guerre en musique

sous l’œil du chef qui fume près des canons des avions
des tanks
les pluies fines font des silences entendus
d'autres pluies sourdes et chaudes - elles arriment
sur les manteaux de pluies ici imperméables
ou si peu,
ou si rares, d'Aquascutum



Un poème pour pleurer





Voici un poème pour pleurer
Il n'écrit pas ton histoire
Il ne dit aucune vérité
Il va - sans étoiles et sans soirs.

Un texte pour verser - juste
Quelques douleurs méritantes,
De joie, peut-être - il ajuste
Le bonheur aux larmes lentes

Du souvenir - il est nostalgique ;
mais il avance vers ton futur.
Un avenir sûrement prolifique
De larmes douces sur des mots sûrs

Qui furent si durs, et tristes
Autrefois, pour pleurer pour de vrai,
Car la poésie - si elle attriste
Ne chagrine pas longtemps. Elle sait

Qu'une larme vaut bien un baiser,
Efface les traces par l'horloge,
Tue tendrement le sentiment rimé
- Et la mort patiente en loge...

Voici un poème pour pleurer
Qui ne dit rien - qu'il le faut -
Parfois - au désespoir se délester
Et rester heureuse en peu de mots

Un poème pour pleurer.

dimanche 20 août 2017

Message personnel




- Dieu des humbles, sauvez cet enfant de colère !





*



Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares ?
Du moins as-tu cueilli l'ennui, puisqu'il est mûr,
Toi que voilà fumant de maussades cigares,
Noir, projetant une ombre absurde sur le mur ?

Tes yeux sont aussi morts depuis les aventures,
Ta grimace est la même et ton deuil est pareil :
Telle la lune vue à travers des mâtures,
Telle la vieille mer sous le jeune soleil,

Tel l'ancien cimetière aux tombes toujours neuves !
Mais voyons, et dis-nous les récits devinés,
Ces désillusions pleurant le long des fleuves,
Ces dégoûts comme autant de fades nouveau-nés,

Ces femmes ! Dis les gaz, et l'horreur identique
Du mal toujours, du laid partout sur tes chemins,
Et dis l'Amour et dis encor la Politique
Avec du sang déshonoré d'encre à leurs mains.

Et puis surtout ne va pas t'oublier toi-même
Traînassant ta faiblesse et ta simplicité
Partout où l'on bataille et partout où l'on aime,
D'une façon si triste et folle, en vérité !

A-t-on assez puni cette lourde innocence ?
Qu'en dis-tu ? L'homme est dur, mais la femme ? Et tes pleurs,
Qui les a bus ? Et quelle âme qui les recense
Console ce qu'on peut appeler tes malheurs ?

Ah les autres, ah toi ! Crédule à qui te flatte,
Toi qui rêvais (c'était trop excessif, aussi)
Je ne sais quelle mort légère et délicate ?
Ah toi, l'espèce d'ange avec ce vœu transi !

Mais maintenant les plans, les buts ? Es-tu de force,
Ou si d'avoir pleuré t'a détrempé le cœur ?
L'arbre est tendre s'il faut juger d'après l'écorce,
Et tes aspects ne sont pas ceux d'un grand vainqueur.

Si gauche encore ! avec l'aggravation d'être
Une sorte à présent d'idyllique engourdi
Qui surveille le ciel bête par la fenêtre
Ouverte aux yeux matois du démon de midi.

Si le même dans cette extrême décadence !
Enfin ! — Mais à ta place un être avec du sens,
Payant les violons voudrait mener la danse,
Au risque d'alarmer quelque peu les passants.

N'as-tu pas, en fouillant les recoins de ton âme,
Un beau vice à tirer comme un sabre au soleil,
Quelque vice joyeux, effronté, qui s'enflamme
Et vibre, et darde rouge au front du ciel vermeil ?

Un ou plusieurs ? Si oui, tant mieux ! Et pars bien vite
En guerre, et bats d'estoc et de taille, sans choix
Surtout, et mets ce masque indolent où s'abrite
La haine inassouvie et repue à la fois...

Il faut n'être pas dupe en ce farceur de monde
Où le bonheur n'a rien d'exquis et d'alléchant
S'il n'y frétille un peu de pervers et d'immonde,
Et pour n'être pas dupe il faut être méchant.

- Sagesse humaine, ah ! j'ai les yeux sur d'autres choses,
Et parmi ce passé dont ta voix décrivait
L'ennui, pour des conseils encore plus moroses,
Je ne me souviens plus que du mal que j'ai fait.

Dans tous les mouvements bizarres de ma vie,
De mes « malheurs », selon le moment et le lieu,
Des autres et de moi, de la route suivie,
Je n'ai rien retenu que la grâce de Dieu.

Si je me sens puni, c'est que je le dois être.
Ni l'homme ni la femme ici ne sont pour rien.
Mais j'ai le ferme espoir d'un jour pouvoir connaître
Le pardon et la paix promis à tout Chrétien.

Bien de n'être pas dupe en ce monde d'une heure,
Mais pour ne l'être pas durant l'éternité,
Ce qu'il faut à tout prix qui règne et qui demeure,
Ce n'est pas la méchanceté, c'est la bonté.




Paul Verlaine, Sagesse, 1881.

dimanche 6 août 2017

La chinoise bleue




Sortie d'une flûte en porcelaine
la chinoise bleue est une fleur de nuit

une étoile de fièvre en lapis-lazuli
comète tricotant l'espace mental du malade

Invoquée par la sueur et les visions les délires
venue à pas de spectre par le chant du grillon

dans les incantations violentes des pluies
de l'eau-forte dans les tornades comme expression

c'est un typhon qui dévore tout avec son fantôme
en finit avec les migrations des merveilleux nuages

tard dans la nuit la femme persiste au miroir
soliste à  l'orchestre de sifflements pointus

elle se dévêt alors pour mieux envelopper
dans ses châles où bruissent des villes fortes

immenses et froides qui portent l'enseigne
du cœur vaporeux de la chinoise bleue


Radio Beijing

Qingdao centre




Des rues vides des rues grises
Des hauteurs illimitées
Des espaces sans barrières
Le possible est là - à perte, de vue.

Où l'horizon s'épuise dans le bâtiment
je suis la fourmi dans Qingdao
comme le grillon chante dans le parc
comme les klaxons courent sur les toits
de l'échangeurs à étapes
balcons sur autoroutes
chambres sur pots d'échappement
salons sur gaz
à tutoyer le ciel la vue la ville
je suis la fourmi dans Qingdao

j'erre d'échoppes en échoppes
mille odeurs, la friture, le gaz, tortues vivantes prêtes
à quoi au fait...odeurs de viande, de crasse, misère
et sourires, l'odeur des sourires, des billets de Mao
dix mille odeurs, en fond le gaz la fumée comme relent
ingrédient éternel de la marche
je suis la fourmi dans Qingdao

des rues vides des rues grises
elles sentent le neuf et le déjà fatigué
elles respirent à l'agonie leur inauguration
dans leurs néons du soir, pour faire claquer le ciel
pour donner dans la guirlande cache-misère
je suis la fourmi dans Qingdao
au travail dans l'usine du Tiers-Monde
même si elle devient banque
aux billets qui voltigent sur les terrains vagues
au quatre coins de nulle part

De la beauté expire ici au bout
d'une rue où des vieilles dansent ensemble
deux chiens obéissants attendent du coin de l’œil
la fin des pas la fin de la nuit la fin des lumières
je suis la fourmi dans Qingdao
qui parfois danse, parfois sourit, mange toujours
et marche
et continue
et marche
dans l'horreur et la fascination soudaine
véritable révélation
du bonheur entre les tours

je suis la fourmi dans Qingdao


Qingdao port




Prise par la moiteur qui fusionne dans l'air
la ville croît dans le ciel épais
à ce point précis où les nuages
s'étouffent
toussent
zigzaguent entre les tours de blocs bétons

D'une caresse sur les vitres les foyers
le vent se venge des montagnes doubles
des impasses des murailles
et la mer toisée se calme et s'irise
immobile et conquise
elle étouffe
tousse
délaisse des épaves crevées pêcher

Les containers du monde entier - le nôtre
vient s'armer pour la grande guerre de productions-
consommations-transports-démolitions
D'un trait on traverse des pays de produits
des caisses multicolores
étouffent
font tousser

Prisonnier de la moiteur
Le chant de la Chine croît dans son ciel.

Erhu




Comme un bâton tenu au bord d'un lac
épais et pollué
Le récit se fait lentement
dans la patience moite du ciel blanc immuable
blanc toujours
par idéo-
grammes
l'autre écriture, enfin une autre, une possible
une autre un autre monde enfin
l'univers autrement

l'histoire est longue, de passage
des fumées âcres rejoignent le ciel impassible et lourd
rarement transpercé

seul au milieu de quelques travaux
un violon chinois
l'erhu, de son nom autre,
lui seul transperce sans aucune violence ni tendresse
il chante fort
parmi les grillons
sur la surface du lac
les rampes en insignes secrets paraissent répondre
à quelques mots inconnus du poète
pourtant

la mélancolie parvient, impalpable
on s'absente étrangement, nulle part, le visible s'étend s'allonge s'éprend
dans le choc des larmes cisaillées
des tristesses coupantes
déchirantes d'élégance, de retenue
à quelques émotions connues du poète
l'émotion langage unique, elle transpire dans la moiteur légère
au vol fougueux des moustiques fous

la politesse froide touche l'artiste et l'artiste
le musicien à l'erhu et l'écrit du musicien
d'un rire franc, celui qu'on camoufle, celui qu'on sait
celui qu'on partage sans rien dire
entre les verres qui nous donnent à voir
le monde autrement
sans le son peut-être
avec nos mélodies intérieures

celles qui résonnent en boucle dans nos hauteurs naturelles

qui se touchent en échos

puis disparaissent

chacune portée par des courants contraires

Le blues de J.




Glaciale fut la ville aimée,
Aimée malgré ses froids murs,
Dans ses frissures écartelées,
Oui...Glaciale fut la ville dure...

J'allais, promenant mon blues en peau
Mon visage noir mon sang frais
Mon indigo sang, comme oripeaux,
Oui...J'allais partout où ça vivait.

Fière, à ses genoux dans le supplice
Que tambourinait mon cœur fanfare !
Supplier en soumise est un vice...
Oui ! Fière enrougie, sous plein de fard.

J'entrais en guerre, dans la paix,
La plus intense, de toutes mes vies,
La plus immense, un feu de forêts,
Oui ! J'entrais liquide dans l'incendie.

Brûlée, à jamais pour la bonne
Cause, la bonne poésie, l'amour
La bonne affaire qui toujours sonne...
Oui !! Brûlée gueulante à l'arrière-cour

Je restais au palais emmuré(e)
Prisonnière, et toujours volontaire...
La visite d'une âme amourachée,
Oui...Je restais transie jusqu'à tout taire.

Amoureuse des pièces et de l'art,
L'art divin de la langue plurielle...
Oh...elle m'embrassait de mots, le soir,
Oui, Amoureuse meurtrie d'une Citadelle.





vendredi 16 juin 2017

Radio Tandem

Chemins


Dix-sept ans

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin
- A des parfums de vigne et des parfums de bière...




*




Impasse 

J'ai décidé de vivre libre
Je pousserai partout
Je serai l'imprévu sur la route
Et je monterai les marches
J'ai le temps




*



Phare


*





Autoportrait sur eau



*





Relief




*




Expression


Je n'ai rien à dire
Et ce sera dit dans un musée
dans les galeries dans les expos
Je n'ai rien à dire
et tout le monde le saura

Le blanc finalement
est peut-être trop bavard ? 

Eden


Le bout de la ligne

- Et toi ça mord ? 
- Je ne pêche pas. 


*



Secret

Dmitri Shostakovich - Waltz No. 2



*




Jour de marché

Derrière les stands Paris remue
comme en coulisses d'une pièce 
un peu entendue, puis un peu fatiguée

derrière le rideau, quels paysages ? 


*



Ville lumière

Juste pour faire concurrence
Un peu au hasard des vallées
et du soleil qui brille pour tout le monde



*




Croire




*


Monk Chill

Un cloître devient rapidement une baignoire 
de lumière, prières, et ces choses puissantes
autour partout de la Joie




*


Mystique de l'insularité 

De loin - L'île accueille le divin
De près - Odeurs des restaurants
Intra-muros - Centre commercial









Lignes de vie


Palette

Reflets de ciel : les écrans de vie
Alimentés par voie express
ont carrés célestes
sur avenue


*


Cernée

La foi avance comme un cargo
Par-delà les cimes et les blocs
posés ça et là sans rien demander d'autre
qu'un peu de...en plus. 


*





Nervures

Un navire de veines se dirigent vers le ciel
La tête étouffée dans la pollution
vire au rêve sur la planche



*






"J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse."

jeudi 25 mai 2017

Maracaïbo







Les fleuves ont les cuisses noires
des bas-résilles en feu, deltas rouges
depuis l’espace la course est terminée
allez - à l’estuaire du rêve
relâchez – les souvenirs
mêmes gestes savants
mêmes techniques lointaines
d’éclusier
seul sur l’émotion à niveaux, à niveaux
par vagues.

Oubliées – forêts bleues enfouies
contre le temps
Des motifs floraux posés sur les yeux
d’enfants
aux peaux tirées
du ciel au reflet de l’onde forte
Se contemplent les cargos qui pulsent comme des villes
fortifiées forteresses au large, assiégées
au large long-courriers à la lenteur soyeuse,
au large sur le toucher rude, liquide
délicats passants des creux ridés au large
des léchures sacrées sur le sillon des océans

Armes pourrissantes, s’aiguise en forgeron
sur le ciel, se fait avaleur de moissons,
six mois d’eau
corps liquidé, corps vidé,
corps de ruissel-
lements
Laissant valises et bouteilles, flasques
rayées pages arrachées de Pes-
soa
le mal de Fondane, des bibles historiennes
pour un peu oublier les ravages
des ponts les gabiers
hurleurs la rage des mers qui tournent
prédatrices sans repos
au bord des quais déserts
des pieds des pas
des ronflements de peur


Les fleuves s’arrêtent un jour
de passer dans les villages
connus, ils délaissent les cimetières de bateaux,
mêmes gestes
dans le remugle choisi
élu d’une coque laissée au sable


Eau porteuse pourtant des plus grands bras du monde
les containers valsent sans poésies
dans les poches, caisses conforts du monde
équipé
à tous contre tout et les mémoires vont sans les
vers
se baignent ailleurs – mare de rires
gras

Voguer pour un peu, encore un petit peu, à la bouée
dans la baie tapissée par les chaluts des mémoires
laissées pour mortes
dragage du sable des années
se vide l’océan puissant
d’une vie
S’amarrer au silence et à l’absence
au frétillement de l’instant, tremblement des inquiétudes
douces encore, pour un peu
Oublier jusqu’aux noms des choses sublimes
sentir sur la langue la profondeur en moins de rien
de cette ville ancienne, chantée à une époque, selon la formule…
cette ville commence par un M…
par un M...et puis...et-


-et ce nom perdu lui va encore
si bien, si bien,
que tout s’enfonce et coule – anonymat
final

mercredi 26 avril 2017

Radio Caval


Sable Rouge





- d'évasement  -




Ses pleurs ont la chaleur du sable
le toucher du sable
brûlé par tous les feux
à toutes les chapelles
carnage livré aux chiens 
des doigts forts
- stylos éternels enroulés 
par la moiteur d'un ciel brut
les dégâts ont le goût de la pluie
drue -

Les grains se déversent en nappes lacrymales
pages nouvelles d'accents du sud
du sud vers le sud de nulle part
vers le plus grand
désert connu / trouver dans la chair
du soleil
les objets des anciens corps laissés ça et là :
musiques anciennes, transes
abandonnées
livrées quand les deux
hémisphères s'écartent
pour  loger les constellations
l'enfant sauvage et le rire du fou
et l'espoir porté entre les mains de chaque humanité
recommencée sans
cesse sans cesse
et encore une fois de plus, puisqu'on renverse
les sabliers

ils se pâment d'avance
lacs souterrains enfin ! oasis de pureté enfin !
le ciel déverse des prisons d'orages
l'infini alors devient deux mains
qui s'étreignent
qui palpitent qui pulsent au rythme terrible
de la soif qui s'éprend au fond des vases
quand on s'évade
derrière la dernière dune qui dormait paisiblement
quand on relâche
les fruits mûrs des rochers
impassibles et durs

Je reviens toujours ici, ma peau se tient
correctement
dignement parce je suis
ici
ma peau est
un paysage
de sable, de rouille, de rayons et d'un cri
dans la nuit
un blues qui porte un prénom murmuré à voix basse
respiration en grains pourpres, à la file du langage
malin
un secret bien gardé au bord
de nos cavernes
qui sont des plages vivantes, des cœurs
en phase terminale 
d'indigo sang



mourir entre tes bras, à l'insu du jour

mardi 11 avril 2017

Villa Chiragan






pars rustica : Les radios du siècle se sont éteintes laissées
pour mortes écoutille
comme hublot, micro
comme gueuloir
les vinyles passent encore sur des bécanes
lassées de tout
revenues de tout
Il s'oublie un monde d'artisans, commis, apprentis
grand détenteur
les secrets, mystères, techniques
art fabuleux, détenteur aussi
des noms des rues
jusqu'aux égouts
Compilation, discussions dans les cours
de fermes
référencements indices index
les généalogies comptent encore
pour les champs des morts moissonnés
On répète a cappella dans des opéras-bouffes
et dans les pailles en feu des soirs d'enfouissement
arrosés d'oubli
Fantasio
porte un monde en nous

pars urbana :
à la Villa Chiragan les saisons avaient disparu
les portes laissées ouvertes
donnent liberté au monde, dire parler discuter
devient une politesse
la moindre des choses - peut-être
moins évidente
Chiragan, langage vieilli en fût d'un moretum fameux
guetté par les fées, par les alchimistes
jusqu'à partir au bûcher
d'hérésie poétique
Villa des soirs-rumeurs, au loin, au loin, remuement
légers de quelques rayons bienveillants
yeux-soleils, fumée tendresse, discours perdus
avec pignon sur rue
S'entend enfin, derrière la foule ligne d'horizon
la foule toujours saisie dans le grill du printemps
la cloche méchante du peillarot
vieux métier laissé pour mort
Il ramasse, à Chiragan, les brouillons les croquis
les dessins, calligraphies et toute la cuisine des poètes
sans distinction
pour partir avec les moins sages
c'est-à-dire pratiquement tout le monde
à l'aventure comme à l'échafaud
brûlé

mercredi 1 mars 2017

Radio Stella (scope)







Elles t'appellent quand tu t'éveilles
pour que tu rejoignes à la fin des temps
Toi l'immortelle, toi revenue de tout
A la grande cité des étoiles

Ni maison ni toits ni meubles futiles
Il n'y qu'une chambre donnant sur l'espace
Des balcons toujours en révolution
A la grande cité des étoiles

Couchée dans une transe en danse
sur le vieux lit du fou qui prend tes cheveux
comme le feu d'un dernier soleil t'embrasse
A la grande cité des étoiles

samedi 18 février 2017

Tournefeuille



après ce long voyage à travers le ter régional Toulouse-Auch
m’est venu cette image tout à fait
exquise encore parfaitement
délicieuse encore qui parle à la place
du chauffeur des rails
des avions dans le ciel vers d’autres destinations
depuis Tournefeuille

comme dans un romantisme occidental
traversée des cloisons traversée
des mers de béton buildings attachés par le sol
et des foules rassemblées dans la roseur
pour tourner comme une révolution
rassemblée en galaxie

car si le rythme des jours et des nuits
vient cycliquement donner une impression du voyage
il n’y a bien que les feuilles du symbole
écriture, populo, démago, carte tgv première pro
qui donnent aux cercles sublimes de Tournefeuille
ses nervures d’automne et ses beautés

les Pyrénées au loin jouant les murailles éternelles




vendredi 17 février 2017

Croquis Queyrassins




I.



l'écho de l'équipée habille les monts
il roule et repose, lac de frissons tendres, passifs presque
au bas, la vallée
par le mouvement des gouttes

les pas à pas observés depuis la lunette
immense, solaire de Dieu
(ou des dieux, quelque part dans le temps
et la nature qui écrase)

le soir, au milieu des roches le monde y trouve un refuge
un agrume de vieux bois
alors le ciel offert sans nuages à l'odeur fortejaune, mauveronde
du cèdre bleu lavé par la pluie
les flocons et le trait sonore des skis perdus
au milieu, comme un intrus
bien vite parti, rapidement effrayé

sous les parapluies de neige passent bien de rares enfants
aux pas-parapentes, en cordée sur le rire
le rire sans danger
le rire du froid
étrange, qui nous rend à nos faiblesses
à quelques simplicités
tout à fait étranges
oubliées

en escalade sur les étoiles premières
(pour toi mon neveu
extraordinaire bénédiction de la pente)

en escalades sur les peaux noircies par le gel
le soleil qui tanne, qui frappe comme un bon salaud
fait les rides rougies
les feux du fond des crevasses humaines
les soupirs d'égarement sur les hauts sommets
les horizons à hauteurs d'aigle

on parle doucement aux lumières des forts
à Château-Queyras, la Forteresse insulaire parmi le ciel,
comme tant d'autres -
pour ces sommets silencieux qui dans notre attention extrême
expirent lentement frottés dans l'azur



II


Le paysage est figé dans l'averse
peinture pointilleuse/iste/ce que vous voudrez
ici nous laissons les touristes décider, après tout

le silence porte le blanc
au repos des heures - brille
sans nulle attention aux ombres
visiteur isolé
unique transport
passé en marge - au bout des temps

tout disparaît sous le frais manteau
recommencé
on pense que tout disparaît encore
avec un peu de hauteur

chemine, dans la brume chemine
parmi les branches transies
monte encore un peu, oui monte aux cimes
seul dans le craquement infini
d'un versant qui bavarde peu
dans le denivelé, la solitude en rayons poudroie
comme une peinture qui poudroie
le danger sous la glace
des points, des points de beauté, des points qui prélassent
qui dévient sans prévenir

un trait passe sur la toile immaculée
et le crampon du pinceau tombe sans un cri
vers les bas-fonds de l'âme
gelées depuis la nuit des temps



III


L'homme enclavé par la nature
est rendu humble
rendu homme car prisonnier
à jamais

il se tient, lucide, tenu sous le regard
d'une église perchée
la plus haute tour avant les montagnes
bien sûr
pistée par les loups

il y a là-haut les phares du ciel
on y guette les minuscules prodiges
la beauté ignorée
secrète
en confiance

survient parfois un grondement lourd
sévère des pierres
et des morts pris un peu au hasard
et un peu d'orgueil

il gagne toujours, oui
parfois un peu en avance, parfois
d'une nuit passée avec inquiétude
au belvédère qui veille sur vos rêves
loin des bassesses, le recueillement du monde

traversé par un snowboarder qui vit là
par obligation
sa folie n'accepte que les sauts dans la poudre
jusqu'au soleil, mettre son corps dans le plus joyeux danger
puis en rire
dans un respect mutuel 

mercredi 15 février 2017

Aspie





Visiter les radios du rêve
pour approcher, de passages
entre les courants marins de la poésie, les stations, bivouacs à rimes
feux de camps phrygiens, barricades modernes
aux effigies tristes et fades rimbaldiennes
un peu trop à la mode
les stations hurlent encore dans les tunnels vides
les stations haute fréquence
envoient dans les voûtes ancestrales du son
leurs échos de belle légèreté, pour dire...

Traverser les murs des villes, les tranchées des villes
les océans spasmodiques, modestes des âmes anciennes
à cheval sur l'inconscience
qu'on possédât à l'aube, aux premières jeunesses
dans le diable du détail et les jambes de feu des savanes
primitifs mes frères
quand les peaux cuivrées s'allongeaient dans la clarté
auprès des arbres sombres et mauves
le ciel avait le goût du gaz

Avancer au bord des gouffres
pour mieux sortir en sueur des embouchures des labyrinthes
ô bibliothèques d'expériences, cellules de prisons, promesses d'églises
et les primogénéités fabuleuses du palais mental
de la grande Forteresse
toi mon âme, vous ma vie, toi mes vies
physiquement dépendante du grand chaos lavé à la face du mot
oui, tu me tiens, pêchu, charnu, de plus en plus complet
dénuement quand pèle le soleil bleu
aux tâches de naissance - héritage - qui font crier tous les livres écrits
depuis la première bouche
rayon simple des soleils bleus

Habiter pleinement les cataclysmes
l'apocalypse qui surviendra durant notre retraite dernière
dans les monastères de la folie à grands renforts de millions de corps
tout cela n'est qu'un seul et même poème
être en soi face au monde
être au monde
saisi - stop - dans le plus grand silence des mouvements universels, qui nous dépassent
mais se donnent à voir - stop - 
pour pleurer des larmes qui oscillent, indécises, à chuter
en salut
de la joie d'être là, et la tristesse au sublime

Blonde Lagune




Encore quelques miles à moto
à conduire
sans casque
le vent d'eau ruisselle
des chevelures affolées, gouttes douces
galopantes sous la houle
le grondement des grains
d'eau furieuse la pluie folle tempête
aux mille morsures
mur d'eau

passe la pancarte gangrénée
par la sale maladie
du temps
les algues s'amourachent des pierres
s'installent en forêts
baignées tendrement des mousses
blessées des maelstroms, déchets, noyés
enlacés au bord de la Blonde Lagune

Assis sur la bordure, un vieux
banc attend la dernière
descente - goûter - à l'élément comme dans un fruit
croqué infini, le jus porte les saisons
bouches éternelles, les ombres et les forces
du ciel profond qui plonge sur l'onde

Si rien ne bouge, on attend devant
que passe le rehaussement
du moteur abandonné au Blonde Lagune
au repos, un concert
de souvenirs, sorties
des bars, des naissances,
insomnies, discussions, passions
cachées de nuits, seuils de portes
conjugales, la porte et ses murs aux mille morsures
cours d'enfant, écoles ouvertes, et rues blanches
tapées du soleil qui incurve les cambrures de l'âme
cuivre les paupières des amours oubliées
et puis
toutes ces anecdotes sans importance
sans définitions
qu'on porte pour les relâcher au ponton fragile
dans la musique hypnotique de soi
bicoque de solitude, la seule qui tienne encore debout
fière et ouverte, en descente mordante
sur les plages de fins de vie du Blonde Lagune

vendredi 13 janvier 2017

Radio Michaux








Un jour.
Un jour, bientôt peut-être.
Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.
Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien,
Je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.
Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînements « de fil en aiguille ».
Vidé de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.
A coup de ridicules, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes mes semblables.
Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime.
Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

CLOWN, abattant dans la risée, dans l’esclaffement, dans le grotesque, le sens que contre toute lumière je m’étais fait de mon importance.
Je plongerai.
Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert
à tous,
ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée
à force d’être nul
et ras…
et risible…



Henri Michaux – Clown

jeudi 5 janvier 2017

L’État Zapoï





L’État Zapoï est la république des pores
une démocratie constante
la politique de la joie
Chaque révolution met feu à la Grande Ourse
et au pêcheur de constellations
De frottements atmosphériques
entre les météores
quelques simples poèmes
provoquent des vœux nouveaux
pieux, qu'on enfonce, foncent
quelques simples poèmes
la politique de la joie


Au sein du silence, les couloirs d'amour exposent
dans tous les palais
présidentiels, plébiscités, unanimes
d'un soupir
échappé
abandonné
délivré
conduit et il s'écarte, s'écharpe, s'étripe et s'étire...
puisqu'on vit en république des pores, toujours, au bord
du bord des frontières
pour prendre de force les cités tenaces, les villes retenues
les murailles impossibles, et les hommes d'enfer,
pour créer dans un palpitant rythme emboîté

la grande cité des étoiles !


L'immense pays Zapoï, de son autre nom
il se déploie, il développe
des béances comblées qui se vident et qui rejoignent
dans l'océan grandeur, dans la plus belle fierté d'un profond
ciel d'abandon
dans les impasses aussi - où l'on fomente le crime
le crime parfait, le crime
de passion
les mains qui tiennent les mains
le poing levé vers les slogans en rimes légères
et tragiques
les musicalités vitales
les luttes et les rêves entrechoqués
sur les quais


on patiente comme des marchandises, allez
de containers de poèmes et, pour les nouvelles générations sans âge
nous deux nous parlons d'un État poétique totalitaire
ô Zapoïs

Hepzibah encore






Les jours noirs se collent au châle
noir d'Hepzibah
le son sous le vêtement
s'échappe et s'enflamme
comme un feu d'artifices en hiver
il refuse, par caprice, la fumée tendre du soleil
confidente
ascendante
donne aux tombeaux de quoi cueillir
sans rien dire les fleurs
dédiées aux - strictement -
déçues

Hepzibah, marchande de peaux humaines
du cinéma des âmes
où les souvenirs tapent les feuilles mortes
sur l'avenue qui décolore
la femme désunie
les épaules écroulées ne tombent jamais
tout à fait
vraiment
les os visibles, les orbites creuses
rien ne chute
tout à fait
vraiment
sur les avenues qui parlent en tableau de maîtres
le noir du châle exposé aux yeux-phares

la tristesse comme la compassion
est un muscle
la voilà sauvée, elle est sauvée
celle sombre qui voulait fuir

dans sa marche l'hiver noir
allonge encore les cils
au retour du couvent rempli par la grâce
de filles quantiques dont elle est la mère supérieure
elle allonge des yeux les branches des arbres givrés
emmitouflés d'hiver
le ciel de neige soupire et laisse errer

la féerie du soir
une pensée fleurie, sauvage
sur le regard noir d'Hepzibah

lundi 2 janvier 2017

L'Usine à rêves



Il faut détruire l'Usine à rêves
et tenir ses survivants dans nos éternelles valises.
Elle forme, sur les rives éprises de brouillards
les berges des moulins à vers
désertées, des vies manquées le long du quai des Sciences
Poétiques, éternel mot valise, son survivant
ciel de fumées en chaque saison, ciel de vents contraires
l'Usine à rêves

Le château est devenue usine de productions
à mesure cadencée, à mesure recrachée
à mesure sur mesure, par roulements fabuleux lancés aux lointains
à la forge forcée des révolutions de l'énonciation
des poches d'univers parmi les pauses cafés, toujours affamées
d'absolu, trouées, bruyantes, fumée liquide,
relents des feux -
puissance des pages forçats
où commence pour la Léproserie le jugement terminal
de la vie marquée
au noir des outils, casquettes camouflant les cérébralités prolos

Avec des baies vitrées jetées sur l'imaginaire
des mondes fabriqués de pièces vides
des murmures propulsés avec la violence du mouvement originel
primogène mouvement
les accidents tenus contre les murs, dans un silence
exquis à la saveur de la brûlure, dans les interstices des peaux
en fusion un silence
d'enfants transis de faim

Les laboratoires créent encore, avec les mains en cloques,
perdus parmi les jungles de l'île concentrationnaire,
de la Forteresse immense, inarrêtable, la demeure de la Poésie,
là où les farines des moulins à vers modèlent la beauté
en goûts, couleurs, textures - odeurs d'émotions
géo-métriques
Repaire dans l'abîme, contre des pores autorisés
Refuge dérisoire, face aux désillusions comme des chutes en chaînes
à provoquer les réactions des mots chimiques
les efforts déployés dans les formules
dans la guerre interminable contre l'immense haut-de-forme
l'immeuble de velours / le propriétaire universel
le temps qui réduit en ruines l'idéal de l'Usine à rêves

Au volant de la conduite de quelques fragments
de nos lignes de vie fracassées -
utilisées comme instruments de percussions dans un instant
nos morcellements de joie
dans le but de partager d'insouciance l'impuissance entre les pôles
et les secrets jamais entendus à la surface des flots des Lofoten
inédits - à la face du monde
les lendemains tout frais d'hommages
d'honneurs sales
avilis
l'avenir qu'on salue a tué l'Usine à rêves
le bâtiment pris dans la lente ponte du monde
fait d'attente et d'ennui

l'Usine forme encore sur ses bords des erreurs
elle se construira quand le rêve renaîtra, encore,
quand il sera pur
sera mûr
par / pour les soirs d'espérance éclairés de simples guirlandes
mêlant dans le travail le feu et le rire
mélangeant la forge et le lit - et les mouvements éteints reprendront
dans le cirque et dans le fer
pour puiser la chair-soleil, les yeux-sables, les mains-montagnes
et le ventre du désert et son nombril d'oasis
les impasses aux lignes de fuites célestes :
le poète annonçant l'énonciation
car il est celui qui pratique le mot plus qu'un autre, untel bien-portant
sans la quarantaine salutaire, programmée,
en dehors du papier de vers qui nettoie toutes les convictions connues
dangereuses à vivre
Il peut détruire, ou vendre, ou relever,
d'un étage ou d'une poche ou d'une nouvelle Science
l'Usine à rêves

Vous, barbares passifs, impassibles destructeurs !
la pire espèce d'indifférence
Entendez les appels du Syndicat des Vers !
La puissance retrouvée du son dans sa belle viscosité
L'échappée des moments - relâchements - reprises
mâchonnement continu - retenu,
vapeurs essentielles diluées dans le fer
La lutte finale de l'énergie pure qui se déploie dans une fumée de brouillard
noir, l'énergie qui est le plus beau et riche des produits de ce monde
de l'Usine à rêves
(en faillite)

Cheminées, marteaux-pilons, hommes noirs et bleus, outils, claviers, forces mentales
potentialités surnaturelles, toutes les belles œuvres sont convoquées
celles qui sont ravagées, les tâches de la terre, les vagues suffocantes terribles
de cet océan d'enfers organisés
sur les murailles planétaires, atmosphériques, seul au sein du champ des lunes
l'Usine à rêves
invente dans le gris le turquoise nouveau des tropiques ternes
fabrique les nouvelles couleurs, les autres formes, les hors-de-cartes, les hors-le-vers,
tourne les mondes qui tambourinent ailleurs
entre d'autres mains
nos sœurs, nos signes, nos mains qui sont les nôtres
de tous les pas, de tous les pays
et par tous les pavés des peuples
au turbin, au charbon, au raclement des laves qui nous raclent les gorges
des Usines à rêves


mardi 22 novembre 2016

Ma Fille de Joie







Toi l'héritière de Walt Whitman
Écoute du fond de tes doigts
Hérite de ses mots, ma Dame, 
Entame ton chant, ma Fille de Joie

Ta chanson plaintive, et morte, marine
Lancée des plages choquées d'absence, 
Frappe l'horizon, et sa langue saline, 
Lape des baisers, des vents de sens

De sens arrière, par vent contraire, avance
En longeant les cotes tempétueuses
Tu ouvres un rire, tes falaises dansent
Pour l'océan et ses houles heureuses ! 

Ma Fille, ô ma Fille de joie constante
Ta roche éclabousse un bonheur d'écumes
Ma Fille, si ta surface est consentante
Laisse donc rugir la mer qui fume...




II



J'ai demeure à l'Impasse des Plaisirs
Là où travaille ma Fille de Joie 
J'habite où elle habite, à loisir, 
Dans sa mansarde là sous son toit. 

A chaque palier je l'appelle fort
La voix tonne dans la cour intérieure...
Elle me répond parfois qu'elle dort
Mais je sais qu'elle est d'humeur.

D'humeur à quoi ? A la promenade
Pour me croiser comme chaque jour
Pour simuler une belle sérénade
Et monter ensemble, toujours, toujours, 

Monter pour toucher le profond-ciel
Trouver le rire caché parmi les draps
De ses cheveux et de feu et de miel
On brûle et on coule, en bas, tout bas, 

Mon argent a le son du mot clair
Qui illumine et conte tout son foyer 
Oh, elle ne vit pas en solitaire 
J'habite sa Joie, elle mon loyer. 

samedi 19 novembre 2016

jeudi 17 novembre 2016

Hepzibah







Il s'enroule le jour
dans le châle noir des cheveux
noirs d'Hepzibah

secouée par le vent
la ville d'arbres noirs se plie durant des nuits
infinies - on entend s'élever
les incantations d'enfants
fous - langages familiers
rire en fusée
et l'argot pendu aux branches

secouées par le vent et le châle
noir d'Hepzibah - la ville est bordée d'une douceur
inépuisable
toute discussion est définitive
avec cette femme éprise du jour
enrôlée de noir
et armée seulement, en pleine tempête,
par sa tendresse 

mardi 1 novembre 2016

Radio Polis




Sable Rouge








d'enforageusement - 



L'écart creuse cruellement le désert aride 
puisque, sur les grains, sur la peau d'attente, sur la surface des choses
lointaines qu'on sent crépiter de larmes
demeurent dans la sécheresse, dans l'éloignement continu des pluies
du remous du fracas des vagues de fer - océanopolis 
puissante déchaînée aux plis soudains d'une mer infinie, indéfinie 
par le nombre
par le sang laissé en suspension 
soudaine par le fond des flots qui s'échouent, échos profonds
ancre oubliée sur les lèvres des abysses
d'abandon et de silence

l'eau a déserté ici-tout-bas le sable mouillé de nuit
rouge comme un phare, une colère tonne, sonne, pulse dans le vide
Il se creuse encore parmi les roches 
les pierres précieuses
les pierreries perforées de performances, soleils poétiques -
brillantes, où jamais tout autour la joie ne renonce
jamais ne se couche au lit des mers des lassitudes 
mathématiques appuyées
de lasses guerres, de l'air qui délasse le goût salé des galets 

Les forges sont forées encore à l'orée des échouages forts
pris, surpris, inouïs, dans les paumes bruyantes des tempêtes folles
elles ferment les yeux, les cavités secrètes des empires
des clandestins en partance
en fugue vers l'autre bout d'une vie 
elles ferment les sentiers, les impasses de jadis, 
les quais des pores qui débordent de marchandises
tapissés de jades, des basaltes d'élégance, lapis dans les mots 
émeraude en tête, au cœur de la verdure des châteaux laissés pour compte
les portes fermées, vitres brisées, les ronces et les orties
des feuilles et des herbes en folie coupantes comme des lames 

Des ruisselets fabuleux coulent pour les chercheurs d'or en faillite
on annonce là, dans la rage des forages 
comme il s'agit de chercher, de trouver, de rencontrer, de s'enrichir
sans aller s'éloigner au loin sans oasis, sans 
la puissance de tous les renoncements 
les serments fidèles portés en bracelets divins
comme la puissance d'une douceur retrouvée
accueillie et réchauffée 
la tendresse inconscience dans sa plus profonde inhumanité
inexistence
intangible et instable

Les premières pluies reviennent à la saison des mots 
et verte et chaude, la végétation luxurieuse riante palpite et s'agite
chante tel le madrépore, séduit telle la sirène 
ou raconte, solitaire dans la musique, du désert d'océans plein de vie


la romance des béances outragées  

Glissement





J'ai fait la chanson de la rime triste
Annoncé la fin du vers, du vers soliste
Je termine le show des mots artistes
Ils s'aiment et sonnent au long d'une liste

J'ai fait la chanson de la rime triste
Je termine le show des mots artistes
La musique résonne et, comme améthyste
Brillait, correspondait puisqu'elle assiste

J'ai fait la chanson de la rime triste
La musique résonne et, comme améthyste
Même jouée pour les ignares et les touristes
Le son du sens chantonne ou insiste

J'ai fait la chanson de la rime triste
Même jouée pour les ignares et les touristes
Sans plaire à tous ses spécialistes
La chanson joyeuse maquille en triste

J'ai fait la chanson de la rime triste
Sans plaire à tous ses spécialistes
L'écrire a toujours, parfois, ce petit myst-
-Ère incompris, exquis et doux tel un délice

La Rivale





Je doute d'une oreille 
Passée aux vers sublimes
Criblée de sons-merveilles
Je doute de l'oreille intime

Celle qui entend plus la rime
Que le langage quotidien 
Celle qui croit toucher la cime
De l'émotion, de son satin 

Celle qui éveille la chair en fleurs
La peau lissée de mots doux
Les partitions qui n'effleurent 
Qu'un savoir de roudoudous

L'oreille bercée des charmes fous
Qui balancent les larmes au rire
Les vers un peu, un peu beaucoup
Qui passionnent jusqu'à souffrir 

lundi 3 octobre 2016

Assiégé







La constance est le mouvoir des peaux
même dans l’épée
dans le sacré du serment
et au sein des pensées les plus fortes elle se dévoile
la conviction d’aimer

c’est une guerre perdue, mais de victoire en victoire
une forteresse abandonnant ses murs
enfin d’accueillir en liesse
dans les poussières de la survie
le grain de soleil ou
les deux grains de beauté offerts au monde

ils ont ouvert les grilles du refuge
en tant que yeux impériaux, yeux conquérants, yeux téméraires
militaire de génie qui s’effondre dans les largesses de l’univers oui
mais s’effondrent davantage
devant l’étendue du cœur
la pulsation rythmique constante
elle donne du sang stretto, et des mots décents
ainsi que ses lettres de noblesse à l’architecte
dépossédé certes – conquis certes
mais libre du nouvel air entre les cloisons frénétiques
une nouvelle odeur, elle dure et elle s’installe
pour tapisser les reflets des tableaux du serment
signés dans le boudoir des mots

oh ces yeux frivoles, ces yeux de fraîcheur
qui osent poser des campagnes douces au milieu des saisons pleines
oh ces grains de beauté saisis, ignorant l’intensité d’une patience
la tendresse dans la sagesse
ignorant aussi qu’elle n’est pas dramatique
la constance qui ne peut avoir, mais elle fait être, elle fait naître, elle fenêtre
son sourire n’est qu’un horizon bleu
ceint à sa poitrine haletante
son bonheur est de siéger là parmi les pierres
les réchauffer contre sa peau qui bouge, nuit après nuit
pour nourrir les lotus pâmés sous les lunes

dans ce mouvoir des peaux
fragiles et pures
l’éternité est une étreinte
la constance l’amour
et les pores perdurent encore dans l’enlacement
dans la forme la plus intime de postérité
ici la constance a rendu ces deux mots
qui s’appellent, qui s’emmêlent
qui s’engueulent et s’affrontent
qui questionnent ou déchirent
- ces verbes précisément qui vivent puisqu’on est deux -
ces deux mots immuables


revendication : nous aimons l’autre
homme femme, la poésie est une Joie
Uniquement Joie, éternellement Joie
puisque l’amour est chez nous une langue vivante
qui se déclame à voix basse
dans le haut-parleur
d’un livre
d’un regard
d’un cœur
et puis des lèvres bavardes qui déposent un rire
et quelques feuilles tranquilles sur le bord de l’existence

Actualités



Il demeure un son, un écho vibrant de ce que les gens furent, ce qu'ils étaient dans les mots et dans les notes. Les chansons entamées le matin, quand personne n'est à l'écoute d'eux, les musiques qui passent et repassent durant le travail, au bureau, pendant les lectures du dimanche après-midi, accompagnant les charges de playmobils. Les airs qui restent en tête, qui ont vécu dans leurs esprits, à mes proches qui m'ont appris la richesse de la musique, et à me souvenir, en chansons, du temps qui passe sans s'arrêter, mais qui s'arrête parfois, dans la magie de la mémoire, au plus profond des notes douces et chaudes de l'enfance. Pour les faire revivre, ces instants sacrés qui finissent par ne plus nous quitter.







La grandma




Les paternaux








La soeur